Tambour battant

Publié le par Sassia

  

 

données 2009 croissance annuelle du PIB BMCarteStat 

L’Afrique est bien partie  

 

La croissance économique à l’échelle du continent sera de près de 7 % en 2012, avec des taux à deux chiffres au Ghana, en Ethiopie et en Angola

 

 

La publication par la Banque mondiale de ses perspectives de croissance pour l’économie mondiale ne saurait le cacher. Au-delà d’une prévision globale de 3,2 % pour la planète, un véritable découplage se poursuit à l’échelle du monde entre Occident et monde émergent. Les pays du Nord, souvent qualifiés de "pays riches", tardent toujours en effet à sortir franchement de la crise économique mondiale née de celle dite des subprimes.

Qui plus est, ils doivent faire face également aux conséquences économiques de la catastrophe de Fukushima, ce qui handicape encore plus des sorties de crise déjà bien difficiles à trouver. Au total, la croissance occidentale devrait s’établir à quelque 2,2 % cette année – en diminution par rapport à la dernière estimation réalisée. À l’inverse, le PIB des pays émergents devrait lui progresser de 6,3 % en moyenne sur l’année. Chez ces derniers, la crise n’est plus en effet qu’un très vieux souvenir.

L’activité industrielle en Asie de l’Est atteint ainsi, par exemple, un niveau supérieur de près de 40 % à ses points hauts observés en 2008, tandis que celle de l’Europe, des États-Unis et du Japon, si on prend ces pays collectivement, reste toujours très en deçà de ce qui prévalait à la même époque. Cette évolution différenciée explique pour beaucoup la poursuite de la flambée des prix des produits alimentaires, du pétrole et des produits de base industriels que l’on observe actuellement. Toujours selon la Banque mondiale, rien ne semble pouvoir la contenir à court terme.

C’est dans ce contexte que l’Afrique subsaharienne fait un retour remarqué sur la scène mondiale. Bien sûr, au titre de plusieurs évolutions démocratiques récentes, qui attestent que démocratie et africanité peuvent être compatibles. Ce dont on ne peut que se féliciter. Surtout, la machine économique africaine est en marche. La Banque africaine de développement prévoit ainsi une poursuite vigoureuse en 2011 et surtout en 2012 de la croissance économique à l’échelle du continent noir (près de 7 %). Avec des pays où la croissance se lit même à deux chiffres comme au Ghana, en Ethiopie ou encore en Angola.

L’activité économique en Afrique subsaharienne reste bien sûr en grande partie soutenue par une demande internationale pour ses abondantes ressources minières, minérales et agricoles – largement dominée par les grands pays émergents. Le maintien de leurs cours à un haut niveau est un facteur favorable pour les pays qui en sont producteurs. Il n’en demeure pas moins que la croissance est aussi, aujourd’hui, de plus en plus tirée par une dynamique interne, propre au sous-continent. Elle s’explique de deux façons. Tout d’abord, une progression démographique importante à laquelle est associée une urbanisation rapide. Ensuite, le renforcement du commerce interrégional qui connaît une vraie embellie notamment en Afrique de l’Est. A cet égard, la décision prise le 12 juin à Johannesbourg par 26 pays de l’est et du sud du continent de lancer des négociations en vue de la création d’un immense marché commun couvrant toute la moitié orientale de l’Afrique illustre pleinement cette nouvelle dynamique.

Il faut toutefois raison garder. Ce vieux rêve émis il y a plus d’un siècle par Cecil Rhodes d’un continent uni allant du Caire au Cap bute encore sur de nombreux obstacles. Le premier est celui du manque d’infrastructures, notamment de transport pour relier entre eux les différents marchés du continent. Le second est celui de l’accès au financement international. Aujourd’hui, seule une petite dizaine d’Etats africains sur les 53 que compte le continent ont un accès, au moins partiel, au marché des capitaux, le reste devant se contenter de l’aide internationale.

 

 

Pascal LOROT

Le nouvel Economiste 

- N°1571 – 16 juin 2011

  

  

 


 

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Des perspectives économiques assurées à moyen terme

 

SOLIDE. Malgré quelques inquiétudes pour l’année prochaine, la dynamique en œuvre en Afrique noire est durable. La zone reste très hétérogène.

L’Afrique connaît une période de forte croissance depuis le début des années 2000. Celle-ci a été à peine amputée par la crise financière de 2007 et la récession mondiale qui a suivi. Et les performances se sont améliorées depuis, dépassant dès l’an passé la barre de 5 %. Pour 2012, le FMI table sur une expansion de 5,8 % si l’économie mondiale croît à un rythme de 4 %. Comment l’Afrique noire en est-elle arrivée là ? Une démographie galopante, des dettes publiques restructurées, des besoins d’infrastructures et une amélioration du cadre réglementaire expliquent l’émergence de ce continent.

Mais la vraie clé du succès tient à ses échanges avec les pays émergents (Chine, mais aussi Amérique latine). Une politique accompagnée par le renforcement des échanges intra-Afrique subsaharienne. L’Afrique est de fait devenue une zone d’intérêt pour les investisseurs étrangers

 

Des risques à ne pas négliger

 

Les turbulences récentes de l’économie mondiale relancent toutefois les inquiétudes. L’Afrique passera-t-elle à travers ce nouveau coup de froid conjoncturel ?

Oui, mais… Serait-on tenté de répondre. En cas de ralentissement mondial brutal, la région connaîtrait de grandes difficultés, à commencer par les pays les plus intégrés au commerce mondial, dont l’Afrique du Sud.

De même, la sécheresse en Afrique de l’Est et la flambée des prix alimentaires et de l’énergie constituent un risque macroéconomique important pour la zone. Les autres risques sont largement divergents du fait de l’hétérogénéité de celle-ci. Trois types d’économie dominent.

Un groupe peu dynamique à revenus intermédiaires, comprenant l’Afrique du Sud, qui nécessite des politiques de soutien.

Un ensemble de pays à faibles revenus, où la croissance s’accélère. L’inflation dérape et les autorités politiques devront adopter des mesures de refroidissement.

Les exportateurs de pétrole forment le troisième groupe. Ce sont certainement les économies les plus robustes, en mesure de bénéficier d’une amélioration des termes de l’échange. Ils ont pu reconstituer ou renforcer leurs réserves de change. Mais certains n’ont pas profité des cours élevés pour rééquilibrer leur situation budgétaire comme le Gabon, le Cameroun ou la Guinée équatoriale.

Pour les autres pays, le développement des exportations est allé de pair avec celui des importations, surtout pour ceux à faibles revenus et importateurs de pétrole ! Passées ces inconnues de l’année 2012, les perspectives de cette nouvelle zone émergente semblent toutefois bien assurées.

 

Investir.fr - 15/12/2011

 

 

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