La politique des Etats Unis au Proche Orient 3/3

Publié le par le blog de Sassia

L"analyse de situation telle qu'elle prévalait en 2003, permet de rendre compte des changements d'orientation de la France depuis...  

 

par Charles Saint Prot

Depuis la guerre contre l'Irak en 1991, et, plus encore, après l’invasion de ce pays en 2003,  les États-Unis ont pu consolider leur dispositif militaire au Proche-Orient. Le Qatar* est devenu l’une des plus grandes bases américaine du monde.  Les Américains  ont renforcé leur présence sur le plan commercial et dans le secteur des ventes d'armes tout en réduisant l'influence des pays européens qui, contraints de participer, directement ou indirectement, aux opérations militaires, se sont discrédités auprès du monde arabe. L'approche géopolitique des Etats-Unis dans cette partie du monde vise à créer un nouveau système d'alliance avec les Etats non-arabes : Israël, Turquie, demain Iran ou, peut-être un Etat kurde qui, à la faveur de l’occupation de l’Irak,  serait porté sur les fonds baptismaux par Washington afin de mieux balkaniser la région.

 

Ce qui caractérise l'approche géopolitique des Etats-Unis au Proche-Orient est la volonté de maintenir le monde arabe plus bas que l'herbe, de l'empêcher de s'unir et de constituer une puissance qui serait naturellement proche des nations européennes, en particulier la France, pour des raisons tenant aussi bien à l'histoire, à la géopolitique et aux facteurs socioculturels. A cet égard, il est remarquable que les intérêts géopolitiques des Etats-Unis et de la France, ainsi que quelques autres nations européennes, sont diamétralement opposés sur tous les points. C'est peu de dire que le jeu des Etats-Unis est  globalement hostile à la nation arabe. En conséquence, la pax americana ne régnera pas dans un  Proche-Orient où Washington n'a que deux buts clairement affichés : la mainmise sur le  pétrole et l'alliance stratégique avec Israël. Aucun de ses buts ne correspond aux attentes du peuple arabe et la politique des Etats-Unis conduit à emballement de la logique d'un choc des civilisations et à un  mécontentement d'une ampleur telle qu'il pourrait bien constituer un nouveau facteur d'embrasement de cette partie du monde. Selon l’ancien président sud-africain et Prix Nobel de la paix, Nelson Mandela, ce sont "les Etats-Unis de George W. Bush et non l’Irak de Saddam Hussein qui menacent la paix mondiale". Cette menace est la conséquence de l'unilatéralisme de l'hyperpuissance états-unienne. C’est ce qu’a bien compris la France qui a pesé de tout son poids lors de la crise irakienne (septembre 2002-mars 2003) pour faire en sorte d’éviter une attaque contre l’Irak et redonner la main à l’Organisation des Nations unies. La suite des événements a donné raison à Paris. L’occupation de l’Irak a tourné à un quadruple fiasco. Politiquement les Etats-Unis n’ont jamais autant été haïs dans le monde arabe d’autant plus qu’ils accordent leur soutien aveugle à un gouvernement israélien dont la politique extrémiste nourrit un climat de forte tension. Moralement, les tortures infligées aux prisonniers irakiens et les mensonges cyniques qui ont conduit à la guerre contre l’Irak les ont discrédité. Economiquement, le cours du pétrole s’est envolé. Enfin, sur le plan de la sécurité, les GI’s sont embourbés dans une guerre coloniale et sont confrontés à une farouche Résistance tandis que l’Irak est devenu un nouvel eldorado pour des groupes terroristes dont les activités débordent les frontières. Dans ces conditions, le sommet du G8, qui s’est tenu du 6 au 10 juin 2004 à Sea Island, et au cours duquel les Etats-Unis comptaient imposer leur concept de « Grand Moyen Orient », a constitué un échec pour Washington. La France, dont l’opposition à l’invasion de l’Irak s’est révélée des plus judicieuses, a clairement mis en garde contre le danger de réformes imposées aux pays du Proche-Orient, lesquels n’ont pas besoin de « missionnaires de la démocratie car il n'est pas de formule toute faite qu'on pourrait transposer d'un pays à l'autre». Selon le président Chirac, qui partage les mêmes préoccupations que les grandes capitales arabes (Riad, Le Caire, Damas),  il appartient à chaque nation d’étudier les réformes éventuelles qui lui conviennent si l’on ne veut pas par des ingérences extérieures favoriser la déstabilisation des sociétés arabes et musulmanes et faire le jeu des extrémistes. Finalement, la résolution finale du G8 s’est limitée à une vague déclaration d’intention en faveur d’un partenariat avec les pays proche-orientaux qui le souhaitent afin d'appuyer les réformes «qu'ils ont décidé d'engager, en fonction de leur culture, de leur histoire, de leurs situations économique, sociale et politique ».

 

 Il est clair que les Etats-Unis ne savent comment éteindre l’incendie qu’ils ont allumé. Ils se heurtent aux faits qui sont têtus et ne cessent de rappeler que la paix et la sécurité au Proche-Orient passe par la résolution du conflit israélo-palestinien et le rétablissement de la totale souveraineté de l’Irak dans le respect de son unité. En effet, c’est bien la situation en Palestine et le drame de l’Irak qui entretiennent les courant extrémistes. En niant cette évidence, une Amérique messianique et dominatrice s’est précipitée dans une impasse. Il est constant  qu’il est utopique de vouloir créer une sorte d’organisme directeur du monde sous la coupe d'une super puissance. Au contraire, il faut tenir compte des données géopolitiques si l’on veut résoudre les problèmes politiques et économiques afin de bâtir un monde plus équilibré et plus sûr. Cela pourrait être l’objet d’une diplomatie française ambitieuse qui aurait la faveur de nombreux pays.

 

Face à la détermination des Etats-Unis d’imposer leur loi sans tenir compte du doit international et de la communauté des nations, il faudra sans doute que Paris continue à faire preuve de courage et de clairvoyance pour faire en sorte  que la politique de Washington au Proche-Orient soit autre chose que celle du porte-avions et de la force tant il est vrai  qu’une telle politique ne peut que conduire qu’à l’embrasement et en aucun cas à la construction d’un monde stable, mieux équilibré et plus prospère.

 

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