Succession ouverte

Publié le par Sassia

 

Une période de transition s'ouvre

 

par Kharroubi Habib - Le Quotidien d'Oran - 15/05/2012

Le Premier ministre en exercice va devoir remettre sa démission au chef de l'Etat dès que le Conseil constitutionnel validera les résultats du scrutin législatif du 10 mai. Les spéculations vont toutefois déjà bon train sur ce que fera le Président au reçu de cette démission.

Précisons au préalable qu'une période de « transition»s'ouvre pour le pays jusqu'à ce que la révision de la Constitution annoncée devienne effective. Ce n'est qu'après cela que le Président se décidera, à notre avis, à former l'équipe gouvernementale qui l'accompagnera jusqu'à la fin de son mandat en 2014. Pour l'immédiat donc, que le Président reconduise le Premier ministre sortant ou nomme un nouveau staff gouvernemental que l'un ou l'autre conduira, celui-ci aura une durée de vie comptée. La reconduction d'Ouyahia dans ces conditions est d'une forte probabilité, car privilégiant «la continuité» dont Bouteflika a fait l'axe directeur de son mode de gouvernance, sans pour autant être forcément révélatrice de ses intentions pour l'après-révision constitutionnelle. A ce moment-là, et quoi que disposeront les changements qui seront introduits dans la Constitution, le Président formera alors le véritable gouvernement de l'après-élections législatives.

La certitude en cela, c'est que quels que seront les changements constitutionnels, le nouveau Premier ministre, ou peut-être le chef du gouvernement qu'il désignera, proviendra de la majorité présidentielle que le scrutin du 10 mai a confortée.

Pour en rester à la spéculation sur ce que Bouteflika pourrait décider en vue de la gestion de la «transition», il est possible aussi que sans rompre la «continuité», il décharge Ouyahia de la primature. Qu'il pourrait, pourquoi pas, confier à Amar Ghoul, l'actuel ministre des Travaux publics. La désignation de celui-ci est envisageable en tant que baume que Bouteflika mettrait sur la cuisante déconvenue subie par «l'alliance verte» et le MSP, son principal segment partisan, en ce scrutin du 10 mai. Elle serait aussi le signal en direction du parti de Boudjerra Soltani, qu'au cas où il s'aviserait de vouloir conduire un mouvement de contestation des résultats des législatives, le pouvoir détient avec la «carte Ghoul» l'arme qui imploserait ce qui lui reste d'unité de rangs.

La parenthèse électorale fermée et la victoire du duo FLN-RND admise, l'opinion algérienne en est à espérer que le chef de l'Etat opère des changements. Dont la première traduction serait la constitution d'un gouvernement dont le coordonnateur et les ministres seront de nouvelles figures aux compétences et à l'intégrité avérées, et mues par l'ambition de servir le pays et l'Etat et non par l'intérêt partisan ou personnel.

Il y a que selon des personnes prétendant bien connaître Bouteflika, il cultive une «phobie» qui, avec l'âge, s'est aggravée. Celle de voir arriver de nouvelles figures dans l'entourage avec lequel il gouverne, et explique l'alternance qui a fatigué et désespéré les Algériens entre Belkhadem et Ouyahia à la chefferie puis à la primature gouvernementale, et qu'avec lui, les ministres de la République ont bénéficié d'une longévité exceptionnelle à leurs postes. Démentira-t-il qu'il serait guidé par cette «phobie» qui lui est prêtée ? C'est tout ce que l'on souhaite pour l'Algérie qui mérite mieux que les ministres qui ont été les siens durant la décennie écoulée, car sa société recèle les potentialités humaines dans lesquelles faire les choix rendant possible qu'il en soit ainsi.

 

La présidentielle de 2014 se dessine
 
Bouteflika et la carte Belkhadem

 

La victoire offerte au FLN aux législatives semble mettre sur orbite son secrétaire général pour la prochaine présidentielle. Le désormais ex-troisième homme de l’Etat, Abdelaziz Ziari, met en garde contre les tentatives de déviation du FLN de sa ligne nationaliste au profit du courant islamiste.

Les législatives du 10 mai ouvrent d’ores et déjà la voie à la course à l’élection présidentielle de 2014. Nombre d’observateurs et d’acteurs de la scène politique nationale n’ont pas manqué de mentionner que l’enjeu du scrutin législatif était sans doute la bataille pour la conquête de la Présidence.

Une sorte de répétition générale. Il va sans dire, en tout cas, que le remue-ménage qui a gagné le FLN depuis des mois est à inscrire dans le registre de la montée au créneau des différents clans ou courants qui traversent l’ex-parti unique, aujourd’hui plus que jamais désigné pour jouer les premiers rôles dans la succession à Bouteflika. A ce titre, il apparaît, selon toute vraisemblance, que le FLN s’est installé dans une espèce d’engrenage dont il convient de considérer la question du changement sous la latitude d’orientation idéologique. Sinon, comment expliquer toute cette agressivité contre l’éventuelle candidature de Abdelaziz Belkhadem pour briguer un mandat présidentiel ?

Est-il possible que cette guéguerre qui sous-tend des luttes intestines dans l’appareil du FLN soit circonscrite à la seule personne de Belkhadem ? Pas si sûr, lorsqu’on se représente les enjeux que soulèvent les questions de la succession.
L’actuel secrétaire général du FLN, sorti renforcé de la bataille des législatives, a souvent fait part de ses prétentions présidentielles depuis le 9e congrès du parti. Une ambition qui ne semble pas faire consensus au sein de sa formation politique. Au lendemain du dernier congrès, des voix, et pas des moindres, se sont d’ailleurs élevées contre Belkhadem. La contestation sous la bannière du mouvement de redressement, menée essentiellement par les vétérans du parti, avait, entre autres objectifs, de fragiliser le secrétaire général. Rendre caduque sa candidature à la magistrature suprême.

A la veille des élections législatives, Abdelaziz Belkhadem avait réussi un coup de force en imposant des listes de candidats à sa convenance. Il a éjecté tous ses détracteurs. Ne perdant pas de vue son objectif final, la présidentielle, l’actuel secrétaire général du FLN est allé tisser des alliances avec d’autres courants. Les islamistes. Des poids lourds, au sein du parti, dénoncent une dérive. Un glissement idéologique. Il est accusé publiquement de vouloir tirer le parti dans le giron islamiste et de lui imprimer une autre ligne politique qui n’est traditionnellement pas la sienne.

Le président de l’APN sortante, Abdelaziz Ziari, dit clairement qu’il existe «des tentations d’aller vers ce courant dit islamiste parce qu’on a considéré que c’était à la mode et porteur. Nous devons être attentifs à ce que ce qui a été rejeté massivement par les Algériens ne se retrouve pas sous une autre forme au sein du FLN». Il met en garde contre toute tentative de le subtiliser à des fins d’ambitions personnelles. De nombreux ténors du parti jurent de barrer la route, par tous les moyens, aux ambitions de Belkhadem. «Il n’a ni la stature ni les compétences d’un chef d’Etat», lui reprochent-ils. D’autres estiment qu’«il n’incarne pas les valeurs fondatrices du FLN qui sont le nationalisme et le progrès».

Seulement, voilà que ce dernier sort renforcé, du moins pour le moment, de la bataille des législatives. Le score important qu’a réalisé le FLN à l’occasion des législatives du 10 mai le place en tête d’affiche. Lors de sa conférence de presse au lendemain de l’annonce des résultats, il répétait que la victoire écrasante du FLN «est celle de Dieu et du peuple algérien». Ses détracteurs lui répondent : «Non, c’est celle de Bouteflika.»

La mise de 220 sièges à l’APN serait-elle, de ce point de vue, une étape dans la conquête du pouvoir à l’horizon 2014 ?
Le chef de l’Etat, qui s’est personnellement et pleinement impliqué dans la bataille des législatives – un fait inédit au demeurant – cherchait-il à dégager la voie à Belkhadem ? Le secrétaire général du FLN serait-il ainsi une carte – la seule – de l’actuel locataire d’El Mouradia ? Les autres cartes sont-elles grillées à jamais dans le feu des révoltes arabes ?
Néanmoins, force est de rappeler que le système politique, jouissant de plusieurs atouts, a toujours su garder la main dans le jeu de la redistribution du pouvoir.

 

Hacen Ouali - El Watan - 15/05/2012


Succession

 

Jamais l’Algérie ne s’est trouvée dans une situation aussi troublée qu’en ces lendemains d’élections législatives du 10 mai, présentées par le pouvoir comme le gage d’une Algérie apaisée qui prend en main son destin par elle-même, rejetant avec force les solutions de changement imposées de l’extérieur. Alors que ce scrutin était censé lever les doutes dans les esprits quant au regard que porte l’opinion nationale – au-delà des prises de position officielles – sur les bouleversements géopolitiques qu’a connus la région et acter la voie qu’elle se serait choisie pour construire la démocratie, force est de constater que l’élection de jeudi dernier n’a pas amené plus de lisibilité politique et de visibilité. Pour savoir exactement «où va l’Algérie ?», pour reprendre une interrogation de feu le président Boudiaf, qui a gardé toute son actualité et sa pertinence.

Aux interrogations sur la portée des réformes politiques annoncées qui ont entouré ce scrutin, boycotté par une partie de la classe politique et qui ont trouvé un prolongement dans le peu d’engouement pour ne pas dire l’indifférence populaire dans laquelle s’était déroulée la campagne électorale se sont surajoutées les nombreuses incertitudes et autres zones d’ombre quant aux perspectives politiques à venir apparues à la faveur des résultats du scrutin de jeudi dernier. A défaut d’un large plébiscite populaire – démenti par les urnes – à travers une forte participation électorale voulue par Bouteflika pour légitimer son projet de réformes politiques et désarmer les partisans du changement par la rue, on met sur la table le plan B qui consiste à imputer la paternité du triomphe du FLN au président Bouteflika. Le FLN, en tant que parti majoritaire, et encore moins son secrétaire général, M. Belkhadem, n’auraient aucun mérite dans le raz-de-marée électoral du FLN, à en croire les déclarations faites désormais publiquement par des personnalités proches du sérail.

La crise qui a secoué le parti et fragilisé son secrétaire général, à la veille du scrutin, avec le mouvement de redressement du FLN d’une part, l’implication de Bouteflika dans la campagne électorale, d’autre part, jusqu’à la veille du scrutin allant même jusqu’à outrepasser ses prérogatives pour appeler implicitement dans son allocution de Sétif à voter FLN, sont autant d’éléments mis en avant pour conforter cette analyse. La direction politique du FLN n’a pas réagi à ce déni de légitimité qui lui est fait. Une belle aubaine pour les redresseurs du parti, qui ont fait naturellement écho aux déclarations visant à faire de la victoire du FLN un vote de confiance pour Bouteflika. Ce qui revient, en d’autres termes, à reconnaître que le véritable patron du FLN n’est pas Belkhadem, qui n’est qu’un simple coordonnateur du parti, mais bien Bouteflika qui apparaît avoir bien caché son jeu en n’acceptant que le titre de président d’honneur du FLN.

Quelle sera la marge de manœuvre de Belkhadem, auquel on attribue des ambitions pour la prochaine élection présidentielle dans le cadre de ce scénario pour la succession qui commence déjà à s’écrire par petites touches ? Bouteflika, qui n’est pas homme à accepter de quitter la scène politique par une porte dérobée, va sans nul doute consacrer ces deux années qui le séparent de la fin de son mandat pour préparer les conditions de sa succession. Le tout est de savoir si le rapport de force est et sera encore, dans les semaines et mois à venir, en sa faveur, connaissant les repositionnements de fin de règne que l’on observe en règle générale dans les systèmes fondés sur l’alternance par la cooptation.

Omar Berbiche - El Watan - 15/05/2012

 


 

 

Incertitude

Mustapha Hammouche - Liberté - 16/05/2012

Depuis que les résultats des élections du 10 mai sont connus, il n’y a plus que le FLN et les islamistes qui s’expriment. Le premier parce qu’il se conçoit comme le grand gagnant de ce scrutin transparent, les seconds parce qu’ils s’estiment être les grands perdants de la fraude. Entre les deux, le silence pesant du RND. Et du FFS.

 C’est curieux qu’un parti en compétition ne soit ni déçu ni réjoui de son score. Est-ce un effet de sidération ou est-ce le calme qui précède la tempête ?

 Autre étrangeté : cette théorie qui propose que Bouteflika a voulu mettre Belkhadem sur la rampe de lancement pour la présidentielle de 2014. Mais ce n’est pas qu’à Sétif que Bouteflika a justifié la mobilisation des jeunes par le passage de flambeau à la nouvelle génération ! Si telle était son intention, le Président aurait dû changer le FLN avant de le doper et avant de lui assurer le triomphe électoral qui en fait arithmétiquement le vainqueur annoncé de la prochaine présidentielle. C’est à une restauration hégémonique de l’ancien parti unique, dans sa version ancestrale, celle d’avant le multipartisme, qu’on vient d’assister. Et personne ne peut s’y tromper quand il observe les clans qui se le disputent aujourd’hui. La victoire a réveillé même des ambitions, un moment assoupies, comme celle de Ziari, le président de l’Assemblée sortante, qui disait renoncer à se présenter aux législatives pour laisser la place aux jeunes et qui, maintenant, appelle à sauver le FLN d’une convergence avec l’islamisme.

 D’ici 2014, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. Et ce serait bien la première fois que le nom d’un président serait connu deux ans avant son avènement. Mais ces élections semblent avoir apporté plus d’incertitudes que de clarifications. Nul ne sait de quoi demain sera fait au FLN et tout le monde croit que Belkhadem s’est déjà mis en orbite pour la présidence de 2014 ! Nul ne sait si les islamistes déçus, et qui, pour partie, ont déjà goûté aux saveurs de la rente sont tout de même tentés par une parcelle de pouvoir ou s’ils préfèrent s’investir dans une carrière d’opposition dans l’espoir de dividendes politiques futurs.

 Et, enfin, le RND laisse difficilement filtrer la déception, mais, surtout, ne laisse rien paraître de ses intentions. Certes, ce parti n’a pas une vocation subversive, mais c’est justement parce que la politique nationale n’est pas la résultante de l’action des partis qu’il plane sur les résultats du 10 mai une impression d’imminente troisième mi-temps. Difficile de prédire la forme qu’elle prendra, mais difficile aussi de croire que le rapport de force en restera là, là où le scrutin du mai 10 voulut le fixer.

 D’abord parce que le pouvoir ne maîtrise même plus la cohésion organique du premier parti du pouvoir. Ensuite, parce que, par son résultat, ce scrutin compromet la perspective même d’une réforme démocratique. Cette réforme qui, depuis plus d’une année, patiente au portillon de la nouvelle Assemblée. Enfin parce que la société, dans sa majorité, ne partage visiblement pas cette démarche.

 

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