16 eme Sommet des Non-Alignés : L'Iran marque un point

Publié le par Sassia

 

 

 

 

Le monde a-t-il réussi à isoler l'Iran ?

 

Armin Arefi - Le Point - 31/08/2012  

"Le plus grand événement diplomatique de l'histoire" de la République islamique. Les déclarations de l'Iran, qui organise jeudi et vendredi le 16e sommet des pays non alignés à Téhéran, prêtaient à sourire, tant l'organisation de 120 pays, créée du temps de la guerre froide pour concurrencer l'Otan, paraît aujourd'hui désuète. En recevant de l'Égypte la présidence tournante de ce "club des pays anti-impérialistes", la République islamique, frappée depuis 2006 par six résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, dont quatre assorties de sanctions, en raison de son programme nucléaire controversé, souhait montrer au monde entier que les "complots" menés contre elle demeurent "stériles".

Mais force est de constater qu'avec la présence, jeudi matin, à l'ouverture à Téhéran, de vingt-neuf chefs d'État ou de gouvernement, l'isolement parait relatif. D'ailleurs, à l'heure où le Conseil de sécurité de l'ONU demeure toujours bloqué - en raison des veto russes et chinois - sur l'adoption d'une résolution condamnant le régime syrien, le Guide suprême iranien, l'Ayatollah Khamenei, en a profité pour dénoncer la "dictature" de cet organe composé, selon lui, d'"une structure irrationnelle, injuste et totalement antidémocratique".

Le voyage surprise de Ban Ki-moon

Ultime pied-de-nez, le leader iranien a eu le loisir de fustiger l'organe phare de l'ONU en face d'un invité de marque : le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, visiblement irrité. À la surprise générale, ce dernier a décidé de faire le voyage à Téhéran, en dépit des critiques américaines et israéliennes, qui l'exhortaient à ne pas servir la propagande du régime iranien. Un sérieux camouflet pour le groupe des 5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité + l'Allemagne) qui, sous mandat de l'ONU, tente depuis six ans d'isoler la République islamique pour obtenir des concessions sur son programme nucléaire.

D'ailleurs, lundi dernier, à la conférence des Ambassadeurs organisée à l'Élysée, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, cachait mal son agacement en déclarant aux journalistes que "Ban Ki-moon s'était surtout concerté avec lui-même" avant de prendre sa décision. "En réalité, le secrétaire général de l'ONU était obligé de participer à ce sommet, la majorité de la population mondiale y étant représentée", souligne au Point.fr Karim Sadjadpour, chercheur associé à la fondation Carnegie Endowment pour la paix internationale. Autre tête d'affiche à Téhéran, le nouveau président égyptien, Mohamed Morsi, qui a ainsi signé la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, une première depuis 1979.

"Manifestement, il apparaît que l'opération de communication de Téhéran a réussi", note Mohammad-Reza Djalili (1), professeur émérite à l'Institut de hautes études internationales et du développement, "L'Iran va se servir de cette caisse de résonance médiatique pour sa propre propagande et ses gesticulations sur la scène internationale." Toutefois, le spécialiste rappelle que "si les sommets des pays non alignés sont l'occasion d'échanger des idées sur le monde, ce ne sont en aucun cas des lieux de négociation, encore moins de décision, ce qui reste l'apanage du Conseil de sécurité de l'ONU."


Contradictions internationales

Le nord de la capitale iranienne a vu fleurir ces derniers jours des signes de paix. Les lampadaires et autres panneaux de signalisation ont été fraichement repeints dans un bleu resplendissant frappé de colombes. Pourtant, Téhéran est bien en état de siège. Quelque 110 000 policiers et militaires ont été mobilisés, quadrillant étroitement la ville pour éviter toute résurgence du mouvement vert de l'opposition. En outre, les autorités ont décrété cinq jours de congés pour, officiellement, "faciliter les déplacements des délégations".

À l'entrée du centre de conférence, l'ambiance est tout autre : des carcasses de voitures détruites lors de l'assassinat de plusieurs scientifiques nucléaires, ainsi que des photographies des victimes et de leurs enfants. Le message est clair : le sommet sera placé sous le signe du nucléaire. À l'ouverture jeudi, l'Ayatollah Khamenei a répété que l'Iran "ne cherchera[it] jamais à avoir l'arme atomique". Le Guide suprême iranien a toutefois affirmé que les sanctions contre l'Iran "n'ont fait que renforcer la volonté et la détermination" du pays à poursuivre son programme nucléaire.

"Ce discours fait mouche chez de nombreux pays en voie de développement, présents à ce sommet", explique Therry Coville (2), chercheur sur l'Iran à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). "Comment expliquer que les pays disposant de la bombe atomique n'ont pas réduit leur arsenal, comme le stipule le Traité de non-prolifération (TNP) ? Comment expliquer que l'Iran, signataire de ce traité, aujourd'hui toujours sous contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui ne dispose d'aucune preuve qu'elle cherche la bombe, demeure aujourd'hui la principale menace dans les relations internationales ? Pendant ce temps, d'autres pays, qui n'ont pas signé le TNP, ne posent aucun problème", souligne le chercheur.

Pétrole bradé ?

Le dernier rapport trimestriel de l'Agence internationale de l'énergie atomique sur l'Iran, attendu jeudi ou vendredi, doit révéler que l'Iran a encore augmenté sa capacité d'enrichissement d'uranium, ce que lui permet le TNP, dans un but strictement civil. Si Téhéran affirme que le combustible est utilisé pour la production d'électricité ou d'isotopes médicaux, servant à diagnostiquer certains cancers, la communauté internationale craint que l'uranium, s'il est purifié par Téhéran jusqu'à 90 %, ne serve à la fabrication de l'arme atomique.

Près de deux mois après l'entrée en vigueur de l'embargo européen sur les achats de pétrole iranien, qui affaiblit durement son économie, la République islamique pourrait se servir du sommet des pays non alignés pour trouver de nouveaux clients. Mercredi, le ministre iranien du Pétrole, Rostam Qassemi, a indiqué que Téhéran discutait à ce sujet avec "un certain nombre de pays non alignés", selon l'agence FarsNews. "Étant donné le prix élevé du pétrole, note Thierry Coville, l'Iran pourra toujours trouver des acheteurs en bradant son or noir."

 

source :   http://www.lepoint.fr/monde/le-monde-a-t-il-reussi-a-isoler-l-iran-30-08-2012-1500741_24.php

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