Sellal vu de la rue et via la Toile

Publié le par Sassia

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photo : N.Faycal

 

Un mois après sa nomination

 

Rencontrés dans la rue ou interrogés sur la Toile, les Algériens donnent leur opinion sur le premier mois du nouveau gouvernement.

 

Près d'un mois après sa nomination, et après son «oral» à l'APN, c'est l'heure des premiers bilans pour le gouvernement Sellal! Que pensent les Algériens de leur nouveau gouvernement? Quelle lecture font-ils des promesses et projets qu'il va lancer? Et surtout qu'attendent-ils du gouvernement version Sellal? Trois questions que nous avons posées à des Algériens rencontrés dans la rue, mais aussi contactés via le Web. Des réponses plus étonnantes les unes que les autres... Appréciez plutôt! La majorité des personnes rencontrées s'accordent sur un point essentiel. «En à peine un mois, on a vu beaucoup de changements qui touchent directement à notre vie quotidienne», se réjouissent la majorité des Algériens interrogés. «Ces changements qui touchent, à la qualité de vie des citoyens concernent les mesures d'urgence que le gouvernement a prises. Et le premier point qui réjouit la population est bien sûr l'éradication des marchés informels. Ouf, on arrive enfin à respirer», explique Aami Kamel, un habitant du quartier de Ben Omar à Kouba, en référence à la suppression du marché informel de son quartier. «Depuis des décennies on attendait cela, il aura fallu que Sellal prenne la tête du gouvernement pour que notre rêve, de voir l'anarchie disparaître, devienne une réalité», témoigne-t-il «Alors, oui, oui et oui, ce nouveau gouvernement me satisfait», ajoute-t-il avec un sourire qui en dit long sur ce que l'éradication des marchés informels lui a apporté. Même son de cloche du côté de Youcef, qui, lui, habite à Bachdjarah. «Je ne sais pas comment Sellal a fait, mais il a réussi à nous débarrasser de cette 'verrue'' «qui est le marché informel. Alors si je dois le noter le 1er mois de son gouvernement, je lui mets un 9 sur 10», souligne ce jeune qui explique qu'avant le mois de septembre, son quartier (Bachdjarah) était invivable. Belkacem se dit également satisfait par le tour de force que vient de réaliser le nouveau gouvernement en mettant fin au marché informel. Néanmoins, il s'interroge sur ce qui a permis à Sellal de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. «Comment a-t-il fait? Soit il a une baguette magique, soit le blocage venait de ses prédécesseurs. Et là, la donne est très grave...», s'interroge-t-il. «Dans les deux cas, chapeau bas à ce gouvernement qui, à ce que je vois, a fait de la lutte contre l'anarchie son cheval de bataille», rétorque Belkacem qui avoue qu'à la nomination du nouveau gouvernement il était des plus perplexes. «On voyant les changements de façade qui se sont effectués, je me suis dit c'est encore une autre mascarade à l'algérienne. On prend les mêmes et on recommence pour un résultat identique cela m'avait dégoûté. Je m'attendais à plus de changements!», relate-t-il.

Le terrain parle de lui-même!
«Mais les résultats du terrain m'ont fait taire. Alors mea culpa. Pourvu que ça continue», réplique t-il en espérant aussi une plus grande fermeté envers la délinquance. Selma, employée dans une multinationale, se dit également satisfaite parce qu'elle est en train de constater sur le terrain. «Le marché informel a disparu. Hier, j'ai fait un tour à Ben Aknoun et j'ai vu des voitures de police garées un peu partout. Je me suis demandée pourquoi. Eh bien, figurez-vous que c'est pour empêcher les automobilistes de se garer en deuxième position. Les villes sont en train d'être nettoyées. Des travaux d'embellissement ont été entrepris. Que demande le peuple?», fait-elle comme constat. «Je ne sais pas si c'est le hasard du calendrier qui fait que le nouveau gouvernement a été nommé à quelques semaines des élections locales et, de ce fait, les P/APC lancent des projets pour consommer les budgets. En tous cas, des choses concrètes sont en train de se faire», assure-t-elle. «J'ai lu ce matin la presse et j'ai vu les propositions que le ministre a faites, cela me satisfait globalement, surtout le fait qu'il ait mis le logement comme priorité», atteste de son côté Hakim, jeune cadre, marié, qui dit être «asséché» par les loyers qu'il paye chaque mois. Donc, le fait que le gouvernement fasse sa priorité du logement, le satisfait incontestablement. Même son de cloche chez Fahima. Cette jeune femme que nous avons contactée, hier, via Facebook, espère que ce nouveau gouvernement fasse preuve de plus de transparence dans la distribution de logements. D'ailleurs, son statut Facebook parle de lui-même: «Transparence messieurs les politiques», a-t-elle écrit sur son mur. La transparence et la démocratie sont aussi les souhaits de Cherif. Ce dernier espère que la corruption est un mot qui disparaîtra du jargon des Algériens. «Le ministre de la Justice a affiché ses ambitions qui sont la lutte contre la corruption, laissons-lui le temps de faire ses preuves», atteste-t-il. «Espérons juste que ce ne soit pas des promesses en l'air. Le temps en tout cas nous le dira», poursuit-il. «En tout cas, je reste optimiste car le Premier ministre est un homme proche du peuple, qui plus est a fait ses preuves là où il est passé», certifie-t-il. Les Algériens semblent donc globalement satisfaits par le gouvernement Sellal Acte 1.

Pourvu que ça dure...
«On espère juste que cela ne soit pas juste des effets d'annonce», soutient Katia qui ne semble pas encore convaincue. «Moi je ne peux juger que sur le long terme. Il est vrai que des choses ont été faites en moins d'un moins, mais cela ne veut pas dire que ça va durer», estime cette jeune fille qu'on a rencontré dans un forum de discussion sur la Toile. «C'est comme les commerçants, au début ils sont tous bons mais on ne peut les juger que sur la durée», compare-t-elle avec humour. Mais qu'espère cette jeune étudiante de ce nouveau gouvernement? «Mon premier souhait est une lutte sans merci contre la délinquance urbaine. Mais je veux également une plus grande place pour les femmes dans la société», avoue-t-elle. Salem, lui, veut une plus grande place pas uniquement pour la femme mais pour les jeunes en général. «J'espérais voir un jeune intégrer l'exécutif mais si c'était pour la façade. Malheureusement je suis resté sur ma faim», dénonce-t-il sur son mur Facebook. «Il faut que les autorités fassent plus confiance en la jeunesse de leur pays en la responsabilisant plus», répond Salem à un commentaire de l'un de ses amis «virtuels». Il veut aussi «plus d'ouverture pour nous, les jeunes. Parce que quand on n'a pas assez d'expérience, on ne trouve pas de travail». Samira 27 ans, qui cherche désespérément un emploi attend que «le Snmg augmente, et qu'il y ait plus de postes budgétaires dans la fonction publique». Samah et Kawter recherchent un emploi depuis l'obtention de leur brevet de technicien supérieur, il y a un an. Ils épluchent les petites annonces et sont inscrits à l'Anem. Alors, leur premier souhait, «c'est qu'il y ait du boulot». Les «plus» jeunes, pour leur part, sont plus dubitatifs. Ils avouent ne s'intéresser que d'assez loin à la politique. Des emplois? Trop tôt pour s'en soucier.

Espérances...
Rayan, 17 ans, que nous avons également rencontré sur les réseaux sociaux, a une requête, immédiate, celle-là: plus de loisirs pour les jeunes. «On est en déperdition, on n'a aucun loisir. Je rêve que le gouvernement prenne en charge réellement cette question et pas avec leur centre de jeunes qui n'est là que pour amuser la galerie», témoigne-t-il en connaissance de cause. «Il faut réellement nous prendre en charge et nous proposer des solutions concrètes afin qu'on ait de quoi s'occuper. Habine naichou (on veut vivre). Pour cela on a besoin d'espaces de sport, de culture et de loisirs», suggère-t-il. Mohamed, qui s'apprête à monter sa propre entreprise. «Ce qu'il nous faut, c'est une relance du marché du travail.». «En tout cas, voir Cherif Rahmani comme ministre de l'Industrie, cela nous encourage, nous les entrepreneurs à investir», certifie-t-il. «À entendre son discours et à voir son expérience, je pense qu'il va donner la priorité aux PME. Et c'est pour moi l'idéal pour notre économie qui pour le moment n'est que rentière», analyse-t-il. «Je pense que si le gouvernement continue sur cette lancée, il ira très loin et rattrapera le retard», garantit-il. «Si Sellal, réussit cet énième pari, je suis persuadé que d'autres portes lui seront ouvertes... Pour moi, on est en train de préparer un homme avec son destin...», conclut-il. Voilà donc que les premières appréciations, au sens propre du terme, tombent sur ce nouveau gouvernement. Le contentement semble être au rendez-vous. Toutefois, le peuple a tellement été «berne» par les fausses promesses, qu'une certaine méfiance reste quant aux aboutissements réels des engagements du gouvernement. Il y a donc incontestablement une rupture de confiance entre le peuple et ses gouvernants. À Sellal de regagner cette confiance...

 

Walid Ait Saïd - Lexpression 03/10/2012

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