Retour vers le futur ?

Publié le par Sassia

 Alger

 

«El-Ikhwa» s'y voient déjà

 

Grisés par la victoire de leurs «frères» en Tunisie, au Maroc et en Egypte, galvanisés par l'acquiescement des Occidentaux, les islamistes algériens pensent que l'heure est arrivée...

La montée en puissance des islamistes dans le Monde arabe, après la chute des régimes autoritaires ayant régné par le bâton, suscite grandement l'intérêt des Algériens. Tenté par une virée dans les rues de la capitale, histoire de «prendre la température d'Alger» au lendemain de la victoire des islamistes en Egypte, on s'est livré au recueil de témoignages de citoyens.
De prime abord, on a relevé que l'arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie, au Maroc et en Egypte a donné des ailes aux islamistes algériens, rencontrés dans les marchés et places publiques. «La société algérienne veut être gouvernée par les islamistes», a estimé, catégorique, Hocine, avec un orgueil apparent. Hocine, un ex-militant de l'ex-FIS, rencontré au marché de Kouba, pense que la percée inattendue des islamistes en Tunisie, au Maroc et en Egypte aura «un effet inducteur positif» sur la mouvance islamiste en Algérie. Caressant sa barbe, il renchérit:«Je pense que les pays arabes ont essayé toutes les théories politiques, à commencer par le communisme», avant de lâcher, convaincu: «Mais, aujourd'hui, ils se sont rendu compte que les sociétés arabo-musulmanes sont prêtes à laisser ces mouvements tenter leurs chances.» Son compagnon, un sexagénaire qui occupe un étalage de fruits et légumes, s'est montré attentif à notre discussion. Et avant de s'en mêler, il demande le but de notre discussion. «Je suis journaliste, je travaille au quotidien national L'Expression», ai-je répondu. Là, aigrement, il revient à la charge et laisse couler librement son venin: «Vous les journalistes, surtout les francophones, vous payerez tous un jour pour vos écrits contre nous (les islamistes). Vous êtes des mécréants!»
En peu de temps, une dizaine de barbus dont l'âge varie entre 30 et 60 ans s'amassent autour de nous. Visiblement, ce sont des commerçants activant dans le même marché.«Nous aussi, nous arriverons au pouvoir bientôt. Nous sommes en devoir, nous les islamistes algériens, d'être à la hauteur des attentes de notre société, qui veut être gouvernée par les islamistes et suivre la voie du Prophète, Mohammed Qsssl», fulminent-ils en choeur. Et de poursuivre: «Aujourd'hui, même l'Occident en a conscience.» Quittant les lieux, il fallait se rendre à l'évidence; les nostalgiques de la vague islamiste des années 1990 sont toujours là et attendent le moment opportun pour réapparaître au grand jour.
A Alger-Centre, je m'attable au «Café des ailes», situé au coeur de la place Maurice-Audin. En sirotant un café, deux hommes prennent place à ma table après avoir demandé permission.
A peine installés, ils entament une discussion se rapportant, comme par hasard, à l'arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie, au Maroc et en Égypte.

Les nostalgiques des années 1990 sont toujours là
«Modérés ou radicaux: le résultat est pareil», précise l'un d'entre eux. Et d'ajouter:«Dans les deux cas, la démocratie promise par les soulèvements n'est qu'un slogan tapageur sans fondement culturel ou politique.» En les écoutant, il est loisible d'induire que les deux hommes s'interrogent et manifestent une vive inquiétude quant à la victoire de l'islamisme politique dans le Monde arabe.
L'un d'eux se pose la question: «Où sont passées les revendications démocratiques exprimées par les rues arabes, après la chute des tyrans?» J'en profite pour me mêler à la conversation, en déclinant ma qualité de journaliste, constatant que les deux hommes, visiblement, suivent attentivement les événements du Printemps arabe - qui s'est converti en un printemps islamique - et s'interrogent sur l'avenir de l'Algérie face à la vague verte: «Serons-nous conduits un jour par des islamistes?»
Catégorique, Danni souligne que certains pays arabes sont sortis d'une dictature pour en amorcer une autre. «La démocratie n'est qu'un slogan en fin de compte pour les Arabes», se désole-t-il amèrement. Après la chute de Ben Ali en Tunisie, suivie par celle de Hosni Moubarak, j'avais, dit-il, un grand espoir de voir la démocratie éclore dans le Monde arabe.
Mais, hélas, je me suis trompé d'analyse. Lui emboîtant le pas, Da Amar, un fervent militant de la démocratie, qui n'a pas la langue dans la poche, regrette les résultats enregistrés par les révoltes arabes ayant ouvert grandement les portes du pouvoir aux partis religieux. «L'islamisme l'a remporté, malheureusement, devant la démocratie. Les sacrifices de plusieurs centaines de jeunes ayant donné naissance au Printemps arabe ont été exploités pour d'autres causes par des parties, pourtant, absentes dans le combat contre la tyrannie», lâche-t-il quelque peu dépité.
Da Amar, qui a connu et subi les affres des islamistes en Algérie quand les militants de l'ex-parti de Abassi Madani, le Front islamique du salut (FIS) bombaient le torse dans les quartiers et rues de la capitale menaçant toute personne qui n'épouse pas leurs idées, soutient que le cours des événements dans le Monde arabe a été détourné pour emprunter des voies incertaines et aventureuses, et dont les conséquences seront chèrement payées à court ou à moyen terme par la population.
«La démocratie promise par les révoltes arabes a été confisquée par les islamistes, qui étaient pourtant à l'écart des événements ayant balayé des régimes dictatoriaux et totalitaires», fait-il remarquer. Et de poursuivre, dans le cas des pays du Maghreb, «je crains qu'il ne faille pas trop se faire d'illusion: si la rue virait ces dictateurs, ce serait pour les remplacer par des régimes islamistes qui n'auraient absolument rien de démocratiques. Et qui, d'ailleurs, comme ceux qu'ils remplaceraient, se garderaient bien de distribuer la manne obtenue grâce aux matières premières».
Et pour preuve ajoute-t-il, il y a qu'à voir le cas du chef du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Bouguerra Soltani, estimant que «La société algérienne veut être gouvernée par les islamistes». En effet, témoigne-t-il, ce dernier a appelé dernièrement les formations politiques et personnalités de la mouvance islamiste à conclure une alliance en prévision des législatives prévues en Algérie pour mai 2012. D'autant plus, que les tergiversations du pouvoir, ses indécisions ont, peu ou prou, permis aux islamistes, tout en ayant un pied dans le pouvoir (MSP dans l'Alliance présidentielle) de continuer pas moins à oeuvrer pour un aboutissement dont on voit aujourd'hui des échantillons dans le Monde arabe.
Et les islamistes algériens, de quelle tendance qu'ils se réclament, n'ont jamais perdu de vue leur objectif initial l'accès au pouvoir.

 

Kamel Lakdhar Chaouche - Lexpression - 11/12/2011

 


 

LE RND À PROPOS DES LÉGISLATIVES D'AVRIL PROCHAIN

«Les islamistes n'auront pas la majorité»

Ce n'est pas parce que les islamistes ont été vainqueurs en Tunisie, au Maroc et en Egypte qu'ils doivent nécessairement gagner en Algérie. Le RND dit non à l'effet Panurge!

 

Suite : http://www.lexpressiondz.com/actualite/144381-«les-islamistes-n'auront-pas-la-majorité».html

 

 


 

Les démocrates face aux réformes et aux bouleversements régionaux

Les changements et nous

  La vague verte qui a déferlé sur la Tunisie, l’Égypte et quelque peu le Maroc, si elle encourage déjà les islamistes algériens, suscite quelques appréhensions chez les démocrates algériens qui craignent, au regard de l’orientation politique du régime, un remake de l’expérience du début de la décennie 1990, la violence en moins.
Suite : http://www.liberte-algerie.com/actualite/les-changements-et-nous-les-democrates-face-aux-reformes-et-aux-bouleversements-regionaux-167706

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