El Moustakbel

Publié le par Sassia

 

La classe politique algérienne vieillit

 Par Ali Boukhlef - La Tribune

  31-10-2011

 
Pays jeune, vieux dirigeants.

Cinquante ans après l’indépendance du pays, la place de la jeunesse reste à reconstituer. Cette dernière frange représente près de 70% de la population globale. Pourtant, les jeunes sont pratiquement invisibles dans la classe politique. Dans les arcanes du pouvoir jusqu’aux partis de l’opposition, diriger ne rime pas forcément avec jeunesse.Il faut dire que le premier problème réside dans la Constitution. La loi fondamentale fixe l’âge minimum pour se porter candidat à l’élection présidentielle à 40 ans. Alors que pour être élu député, il faut avoir un âge minimum de 28 ans. Pourtant, dans les grandes démocraties, des dirigeants de premier plan ont pris le pouvoir à un âge qui dépasse juste de peu les 40 ans. On peut citer pêle-mêle l’actuel président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, élu à 44 ans, ou encore l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, élu au même âge. L’actuel chef du gouvernement britannique a lui aussi été élu à 44 ans. Pourtant, ces dirigeants, et d’autres aussi, sont issus de pays vieillissants. Pas nous.La moyenne d’âge dans l’actuel gouvernement de l’Algérie est d’à peu près 60 ans. Le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, aura bientôt 75 ans. Le ministre de la Santé, le vice-Premier ministre (Zerhouni), le ministre de l’Intérieur ou encore le chef d’état-major de l’Armée, le général-major Gaïd-Salah ont dépassé 70 ans. Le gros des membres du gouvernement sont des sexagénaires. Il en est de même des dirigeants des grandes institutions (APN, Conseil de la Nation, Conseil constitutionnel…). Les entreprises publiques ne sortent pas du lot, non plus. Pourtant, il y a 40 ans, l’essentiel des dirigeants étaient jeunes. Abdelaziz Bouteflika était ministre des Affaires étrangères à 25 ans. Le chef de l’Etat de l’époque, Houari Boumediène, était au pouvoir alors qu’il n’avait que 37 ans. Qu’est-ce qui a changé depuis ? Difficile à savoir. Il est évident que l’expérience joue un rôle important dans ce genre de situation. Puisqu’on ne peut pas se passer de l’expérience de certains responsables, malgré leur âge. Seulement, le problème de la relève peut se poser. Du côté des partis politiques, les choses ne sont pas meilleures. Au FLN, par exemple, Abdelaziz Belkhadem (65 ans) fait déjà figure de jeune parmi les caciques du bureau politique. Il existe au moins deux quinquagénaires (Kassa Aïssi et Abdelkader Zehali), mais ils sont très minoritaires. Les dirigeants les plus en vue ont tous 60 ans et plus. Le HMS, lui, joue les intermédiaires. Si Boudjerra Soltani n’a pas encore 60 ans, l’essentiel des dirigeants figure parmi les plus anciens responsables. Au RND, les choses se présentent un peu mieux. La majorité des dirigeants a un peu moins de 60 ans. Mais là aussi, la tendance est presque la même pour les autres formations politiques. «A 40 ans, on nous dit que vous êtes jeune. A 50 ans, on nous rappelle que c’est déjà trop tard !» C’est ainsi que se présentent les choses chez l’opposition. Le président du RCD, Saïd Sadi, par exemple, a déjà 64 ans, lui qui a commencé la politique très jeune. Pourtant, autour de lui, il y a beaucoup de jeunes responsables qui montent. Même tempo au FFS. Le président de ce parti, le plus ancien de l’opposition, est un octogénaire. Hocine Aït Ahmed, dirigeant historique, a commencé sa carrière politique dans les années 1940. Il est toujours actif. Même si contrairement à d’autres responsables, la figure historique du mouvement national a délégué la gestion du parti à un jeune militant, Karim Tabbou. L’âge de la majeure partie des responsables nationaux et même locaux du parti sont relativement jeunes. La dirigeante du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, et le président du Front national algérien (MNA), Moussa Touati, sont issus de la génération d’Indépendance, même s’ils s’approchent tous les deux de la soixantaine. Ces données ne sont pas exhaustives. Il n’existe pas de statistiques sur les cadres des administrations, ce qui rend les choses difficiles. Mais dans la classe politique, les visages sont connus. Tout comme sont connus les hommes qui avaient déclenché la guerre d’indépendance. Le plus âgé d’entre eux avait 37 ans. Il s’appelait Mustapha Ben Boulaïd. 

 


 

Tu parles de parlementaires… !

Par Arezki Metref

Quand ça barde dans ce pays, c'est toujours là où il ne faut pas. Et si la politique était une affaire trop sérieuse pour la confier aux… députés ? Jusque-là cette idée n’a jamais été creusée, mais ça vaudrait peut-être le coup d’y réfléchir. Décidément, on ne fait jamais rien comme tout le monde. En soi, cette singularité pourrait s’avérer être un plus si les résultats obtenus ne viraient pas immanquablement au pire ! Toujours pire !
C’est du moins ce que laissent penser les échos qui nous viennent de l’APN grâce aux journaux. Heureusement qu’ils sont là, les journalistes, sinon, même ça on ne l’aurait pas su ! Tandis que le fameux «printemps arabe» qui vire de plus en plus au vinaigre a permis malgré tout l’émergence d’une parole populaire dédiée, hélas, à l’islamisme avec la bénédiction US, ici, tu as une brochette de députés adoubés, patentés par le système à qui ils renvoient l’ascenseur, comme prévu dans leur deal, qui jouent avec un pays comme avec un jouet hérité des… martyrs. Sur les 389 députés que compte l'Assemblée populaire nationale, 249 appartiennent à l'Alliance présidentielle. Macha Allah ! Leurs voix sont réglées comme des métronomes sur la baguette du chef d'orchestre. Ah si ces martyrs pouvaient revenir une fraction de seconde, ils verraient qui parle en leur nom ! Martyrs de toutes les époques, d’ailleurs ! Au lieu de tirer les leçons de ce qui vient de se passer en Egypte, en Tunisie, au Maroc même, au lieu de regarder d’un œil plus futé ce qui a bougé en Libye, le tremblement politique au Yémen, ils roupillent sur leurs pupitres, ponctuant leur sommeil de soubresauts à l’occasion desquels ils en profitent pour donner un tour de vis supplémentaire à un processus liberticide qui conduit l’Algérie à reculons, histoire d’éviter l’ankylose. C’est affligeant ! Et c’est d'autant plus affligeant qu'ils méconnaissent jusqu’à la vieille astuce du «Guépard» de l’écrivain italien Guiseppe Tomasi di Lampedusa, celle qui consiste à se souvenir que «pour que tout reste comme avant, il faut que tout change». Il n'échappe à personne, sauf apparemment à eux-mêmes, que les réformes «débattues» à l'APN portent en germe leur propre échec comme la nuée l'orage, car elles ne sont pas le fruit achevé d'une revendication politique citoyenne, exprimée et entendue comme telle. Elles ne sont qu’une ruse de plus que le pouvoir de Bouteflika croit suffisante pour éviter que l'Algérie ne soit touchée par la révolte. Quand on compte seul, on s’emmêle les totaux ! Eh bien, nos députés ne le voient pas ! Ils n’ont rien vu, rien entendu, rien pigé. Ils n’ont pas senti qu’une aspiration à la liberté était montée du fin fond de la souffrance des peuples. Ils n'ont pas réalisé qu’avec leur subordination structurelle et indéfectible, rareté s’il en est dans le monde actuel, leur totale illégitimité à parler au nom de ceux qui endurent, ils font eux-mêmes partie du problème, et continuent de se calfeutrer dans leur bulle ouatée, insonorisée, retranchée de l’Algérie laborieuse qui grouille de misère, de déclassement, amortissant les déchets de toutes les corruptions du système. Quand les gros mangent, c’est connu, ce sont les tout petits qui casquent. Comme dit l’autre, quand quelqu’un dérobe quelque chose qui appartient au bien commun, il y a toujours quelqu’un d'autre pour payer. C’est comme ça ! Tu penses vraiment que j’exagère en disant qu’ils n’en fichent pas une rame, qu’ils sont là, repus dans leur satrapie, à faire du zèle oppressif quand partout autour d’eux, ça change de perspective ? Oui, oui… Une fois, ça les a pris, et il est du reste curieux de noter que la seule fois de leur vie où ils ont fait preuve de redjla politique en remettant en cause un projet de loi bombardé à partir des cimes d’El Mouradia, c’était pour proposer pire. Oui, quelques-uns d’entre eux estiment qu’il ne faut pas que les Algériennes soient trop représentées dans la vie publique de leur pays. Ils préfèrent que ce soit eux qui continuent… à se taire. Ainsi, ils se tairont pour deux. Une seule et même voix ! Et puis, il y a la loi sur les associations politiques et celle sur l’information. Là aussi, ils ne l’ouvrent que pour davantage tout fermer. Prenons la loi sur l’info. Le peu de liberté qui existe dans la presse algérienne, ce n’est pas un don de la providence ni une offrande du pouvoir mais l’aboutissement d’un long et douloureux processus qui a eu ses martyrs en la personne de plus de cent journalistes assassinés. Plus que tout, ceci rend insoutenable la légèreté avec laquelle ces députés, arrivés là par les chemins du clientélisme, décident de la longueur de la chaîne. On s'amuse comme on peut. Pour ma part, je me suis amusé à disserter sur le sujet philosophique proposé par Mohamed Tahar Bouguertouf, député FLN, en guise de contribution rapportée par la presse au débat parlementaire sur la loi de l'information. Il affirmait que «le but de la presse publique est connu, mais la presse privée a essentiellement des objectifs matériels et non des principes et une morale pour servir la civilisation d'un peuple.» Tu vois un peu le programme ? D'abord, concernant la presse publique, notre député éclairé se contente de nous expliquer que «le but de la presse publique est connu», ce qui veut tout dire et son contraire. En dépit de l'affection que je garde pour mes confrères et mes consœurs de la presse publique, pour leur sérieux et leur dévouement à la profession, il faut néanmoins en convenir, le but de cette presse est effectivement connu. Tout est organisé pour qu’elle subisse la coercition. Mille preuves peuvent en être apportées tous les jours et chaque jour. Quant à la presse privée, on peut et on doit en dénoncer les dérives mercantiles, l’imposture de celles et ceux qui n’ont rien à cirer du journalisme dont ils usent comme d’un moyen d’influence et d’enrichissement, mais on ne peut ignorer que les journalistes, les vrais, et il y en a, se sont battus pour fournir l'oxygène à une société en état d’asphyxie. S’il fallait une seule indication de l’utilité politique et démocratique des journaux, elle est donnée par Zoubida Kharbache, députée du Parti des travailleurs (PT) qui rappelait que c'est grâce à la presse écrite que certains sujets ont pu être connus et débattus à l'APN. Revenons à notre dissertation philosophique. Ainsi donc, la presse privée devrait refléter, à en croire notre Aristote en chambre (d'enregistrement), «la civilisation d'un peuple». Je n'ose envisager l’emphase de la réponse si on lui demandait d'expliciter ce programme planétaire. Je conjure l'auteur des mots fléchés du Soir d'Algérie, les chroniqueurs chacun par son nom, les reporters grands et petits, et tous les corps de métier de ce canard comme des autres, de ne jamais oublier qu'ils sont en charge de rien moins que de la civilisation d'un peuple. Hourrah ! Lourde, impossible mission pour des techniciens chargés tout simplement d’informer leurs concitoyens. Oui, c’est ça un journaliste, ça informe, point ! Le reste est une question de règles qui existent ailleurs et parfois même chez nous. Plus prosaïquement, on aurait pu penser que le rôle de la presse, tant publique que privée, était de se mouvoir, comme le rappelait le SNJ, «dans un cadre législatif et juridique» qui la rende «libre, moderne, citoyenne», en tenant compte des normes universelles. C'est là le seul moyen d'échapper à cette diabolisation à l'égard de la presse privée qui reste évidemment à assainir. C'est sans doute aussi le moyen de répondre à cette question angoissante et terriblement pertinente posée par le député indépendant Ali Brahimi : «Que dire d'une République qui a peur de ses journalistes ?» Qu’en dire ? Vu ce qu’ils préparent comme outils répressifs, ils ont l’air d’en avoir la frousse. Parole. Oui, décidément, on n'est pas comme les autres. On est même capables, après tout ça, de «réélire» les mêmes députés, et d'avoir les mêmes débats à reculons dans des assemblées de plus en plus insonorisées et de plus en plus sourdes.


A. M.
- Le Soir d'Algérie - 4/12/2012

 

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