Pétrole : les marchés inquiets

Publié le par le blog de Sassia

...après la mort de Ben Laden

 

Emmanuel GRASLAND  - Les Echos 02/05

Les marchés peinent à analyser les conséquences de la mort d'Oussama ben Laden. Les cours ont commencé par baisser, avant de toucher de nouveaux plus hauts.  Certains investisseurs craignen des représailles d'Al-Qaida sur des installations pétrolières.

 

L'annonce de la mort du dirigeant d'Al-Qaida, Oussama ben Laden, a mis en lumière la forte volatilité actuelle des marchés pétroliers. Les prix du baril, qui avaient retrouvé vendredi leurs niveaux records de fin septembre 2008, ont commencé par reculer sensiblement lundi 2 mai avant de terminer la séance en légère hausse.

A New-York, le baril de « light sweet crude » pour livraison en juin progressait de 0,5 %, à 114,45 dollars, vers 17h30. A Londres, les marchés étaient fermés, ce lundi étant férié en Grande-Bretagne. Mais lors des échanges électroniques, les prix du baril de Brent de la mer du Nord ont commencé par chuter de plus de 3 dollars, avant de terminer en légère hausse à près de 126 dollars.

 

La disparition de Ben Laden difficile à interpréter pour les marchés
 Les marchés ne savent pas comment interpréter la disparition de Ben Laden. Pour certains, celle-ci constitue avant tout une bonne nouvelle. «Une source d'inquiétude est levée au Moyen-Orient », estime par exemple Tomohiro Nishida, opérateur chez Chuo Mitsui Trust and Banking. Al-Qaida et son dirigeant avaient en effet encouragé les attentats suicides sur les sites de production et de distribution de pétrole afin d'ébranler les économies occidentales. En 2006, le groupe terroriste avait attaqué une immense usine de traitement de pétrole à Abqaiq, en Arabie Saoudite. Cette tentative, qui n'avait causé que des dégâts mineurs, avait dopé les cours du pétrole de 2 dollars à l'époque, du fait de l'importance stratégique du site. Environ 60 % du pétrole saoudien transite par l'usine d'Abqaiq.

D'autres analystes sont plus pessimistes et disent désormais s'attendre à des représailles importantes. « La menace n'a pas disparu», note Phil Flynn, de PFG Best. La disparition d'Oussama ben Laden va peut-être réduire les risques géopolitiques sur le long terme, mais il ne faut pas pour autant surévaluer son impact. « Le marché n'a fait que monter ces derniers temps, suivant une tendance très forte de hausse, donc c'est juste la prime de risque qui diminue », a commenté Tom Bentz, de BNP Paribas, cité par l'AFP.

 

La baisse de la production de la Libye «a abouti à une prime de 25 à 35 dollars le baril
Après avoir franchi la barre des 90 dollars à la mi-décembre, le prix du baril de Brent de la mer du Nord n'a cessé d'augmenter sous l'effet des évènements en Tunisie, en Egypte, en Libye et en Syrie pour dépasser les 120 dollars début avril. Dans ce contexte, les marchés n'excluent pas la possibilité d'une contagion à d'autres pays comme le Yemen ou le Bahrein.

La baisse de la production de pétrole de la Libye « a abouti à une prime de 25 à 35 dollars le baril si l'on se réfère au prix d'équilibre d'avant crise (entre 80 et 90 dollars) », souligne IFP Energies Nouvelles dans une note de recherche. Aujourd'hui, la production du pays (1,6 million de barils par jour avant la crise) serait même réduite à néant, selon l'Agence internationale de l'énergie.

Pour compenser cet effondrement, l'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, l'Irak ou le Koweït ont augmenté leurs volumes au mois de mars. Mais cette décision a aussi eu des effets pervers. La réduction des capacités de production disponibles de l'Opep constitue en soi un facteur de tension pour les marchés. Ce qui pousse les prix à la hausse. De quoi rendre totalement imprévisible l'évolution des cours dans les mois à venir.

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