Pascal Boniface, un copiste solitaire contre les « intellectuels faussaires »

Publié le par le blog de Sassia

 

par Alain Thorens, Mathias Reymond, le 4 juillet 2011 - Acrimed

 

La critique voire la dénonciation des impostures intellectuelles et médiatiques est une œuvre de salubrité publique. Mais sous prétexte qu’un intellectuel – en l’occurrence Pascal Boniface – pointe sa plume vers quelques-uns de nos adversaires les plus connus, devrait-on rester silencieux sur la méthode utilisée, quand celle-ci revient à reprendre nos travaux, en les déformant et sans les citer ?

Dans son livre que nous aurions aimé défendre [1], Pascal Boniface brosse le portrait de quelques intellectuels de télévision. Il s’intéresse en particulier à ceux qui s’expriment sur des sujets qu’il semble bien connaître : le Moyen-Orient, l’Islam, etc. [2]. Et comme Boniface annonçait partout que « quatorze éditeurs » avait refusé d’éditer son manuscrit, aucun doute n’était permis : l’ouvrage devait être sulfureux. Pourtant, à la lecture de la quatrième de couverture et du sommaire, on a d’emblée un sentiment de déjà vu…

Un « travail rarement fait » ?  

Dès les premières pages, la déception est grande. Arguant que personne ou presque ne se préoccupe de l’honnêteté intellectuelle de quelques « faussaires » qui envahissent les médias, l’auteur proclame dans son avant-propos : « Le travail de recherche est très rarement fait. Il exige du temps et induit le risque de se faire des ennemis puissants. Celui qui dénoncera les mensonges d’intellectuels médiatiques n’aura pas toujours accès aux médias, ces derniers ne voulant pas se critiquer eux-mêmes ! J’ai longtemps hésité à rédiger cet ouvrage. En fait, j’ai attendu qu’un autre s’attelle à la tâche. » (p. 11).

« Un travail de recherche » ? Un « travail très rarement fait » ? Accompli après avoir, en vain, « attendu qu’un autre s’attelle à la tâche » ?

C’est oublier un peu vite que nous sommes nombreux à avoir entrepris depuis quinze ans ce labeur ingrat et nécessaire, sans trop nous préoccuper, il est vrai, de notre improbable accès aux grands médias. Comment l’auteur d’un livre qui use (et abuse) de la première personne peut-il ignorer ou mépriser, à ce point le travail collectif effectué par Acrimed et des journaux comme PLPL (2000-2005) et Le Plan B (2006-2010), Les Nouveaux Chiens de garde, de Serge Halimi, les très nombreux articles publiés par Le Monde diplomatique (mentionnés seulement à deux reprises) et les livres édités chez Agone sur ce sujet ?

Et pour nous en tenir à l’ouvrage le plus récent qui aborde le même thème, comment peut-on omettre de mentionner – simplement de mentionner ! – Les Éditocrates d’Olivier Cyran, Mona Chollet, Sébastien Fontenelle et Mathias Reymond [3] publié il y a à peine un an et demi ?

Le simple fait que La Découverte – qui n’est pas vraiment une maison d’édition marginalisée ou subversive – ait édité Les Éditocrates montre, même si les exceptions sont rares, que la critique des « intellectuels médiatiques » ne fait pas fuir tous les éditeurs pour peu que… l’ouvrage soit éditable ! Or le livre collectif édité par La Découverte prend notamment pour cibles Alexandre Adler, Bernard-Henri Lévy et Philippe Val qui bénéficient chacun d’un chapitre dans le livre de Pascal Boniface.

Enfin, pourquoi ne pas signaler les rubriques consacrées par Acrimed à ces trois phares médiatiques de la pensée contemporaine ? Précisément : « Philippe Val, fabuliste et patron » (22 articles), « Les aventures de Bernard-Henri Lévy » (11 articles) et « Les facéties d’Alexandre Adler » (12 articles). Et pourquoi ne pas ajouter également le dossier sur Bernard-Henri Lévy disponible sur le site du Monde diplomatique ?

Acrimed ne bénéficie que d’une note de bas de page et seulement comme source, très vague, d’une citation. Interrogé par nos soins, Pascal Boniface nous a assuré « ne pas nier le travail antérieur accompli notamment par Acrimed », qui est l’une de « [ses] principales sources ». De même qu’il nous a expliqué, de façon plus générale, que c’est « l’éditeur qui a dû faire sauter des notes de bas de page », car il ne souhaitait pas faire de ce livre un « ouvrage universitaire. »

Pourtant, lors de ses (nombreux) passages dans les médias, Pascal Boniface est présenté (et se laisse volontiers présenter) comme un pionnier du genre. On ne l’entend jamais évoquer « le travail antérieur » que son éditeur aurait effacé. Ainsi dans l’émission « On n’est pas couché » (diffusée sur France 2, le 18 juin 2011), il se félicite de l’accueil des lecteurs : « Jamais pour un bouquin que j’ai fait, je n’ai eu autant de retours du public qui disent merci, merci de dire des choses que l’on sait en fait, mais que l’on ne voyait pas noir sur blanc de cette façon, merci de confirmer l’intuition que l’on savait sur l’une des personnes et d’avoir fait ce bouquin. » Tant mieux ! Ces remerciements iront droit au cœur des acteurs du « travail antérieur » que Pascal Boniface n’a toujours pas eu le loisir de mentionner publiquement…

Copier n’est pas plagier ?

La critique radicale des médias, parce qu’elle se nourrit de citations précises et sourcées, attire naturellement (et malheureusement) les paresseux, les copistes et les plagiaires.

 

Suite : http://www.acrimed.org/article3628.html

 

Publié dans Think Global

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