Statu quo

Publié le par Sassia

   
  Le FLN joue les prolongations
 
 
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L'obscure défaite de «demain» devant le «hier»         
par Kamel Daoud 
Le Quotidien d'Oran - 12/05/2012
 
Le discours s'adresse à la raison, la propagande s'adresse à l'instinct. Qu'a-t-on dit aux Algériens depuis des mois? Que s'ils ne votent pas, ils vont être attaqués, le pays va être volé ou détruit et recolonisé. Par qui ? Les Autres, l'OTAN, les sionistes. L'idée implicite était que la démocratie est une menace et le changement est une aventure risquée. Du coup, face à la mer et au lendemain, il ne restait qu'une solution: «nous», a dit le régime, ses partis, ses proches. Le vote FLN s'explique autant par le discours de Bouteflika qui a donné une consigne, indirecte (vous savez quel est mon parti), que par la peur. La peur a été nourrie chez les Algériens qui, face à demain, ont choisi «hier». Les Algériens ont eu peur du «Printemps arabe», du changement, de la mort et de la menace du chaos. Ils ont donc voté«conservateurs». C'est un vote mode 1962 pour urgence 2012.

Du coup, deux grandes tendances: ceux qui étaient contre le régime n'ont pas voté; ceux qui sont pour ce régime ont voté pour lui, c'est-à-dire pour les siens et ses hommes. Du coup, l'Algérie n'a pas changé et ne changera pas de sitôt. Les vieux peuvent déclarer la fin de leur génération, ils ont fini par faire vieillir un peuple entier. Les jeunes Algériens ne votent pas ou votent comme s'ils avaient soixante-dix ans.

Du coup, de la tristesse et de la colère contre soi et sa nationalité. Cela ne «changera» pas car beaucoup d'Algériens préfèrent résoudre la peur par le repli sur l'histoire ou sur le ciel que par l'audace. On laissera de côté les sigles et les familles politiques pour ne retenir que la lecture par l'instinct. Celui que le Pouvoir sait lire, décoder, manipuler et provoquer. Toute la campagne électorale d'Ouyahia & Cie a été fondée sur la peur et la menace et la fatwa. La religion par l'enfer pour les désobéissants, les zaouïas pour les égarés, les imams pour les somnambules et le risque de désordre CCP pour les vieux âgés qui ont peur de la vie qui va être la mort.

Du coup, on a compris la recette. Pendant que des partis parlaient de programmes et de promesses, le régime et ses islamistes de service ont transmis le message le plus important: si ce n'est pas moi, c'est le chaos. Donc la peur a voté, pour ne pas avoir peur.

Du coup, on devine un peu le rire immense des hommes du régime et des seigneurs de ce pays, bombant le torse devant les seigneurs des autres pays arabes: «Les nôtres, nos serfs, on sait les traiter, leur faire peur, les faire asseoir et ils nous sont obéissants et cela marche, contrairement à ce qui se passe chez vous».

Du coup, on se lève pour s'asseoir pour encore des années. Cela ne va pas changer la monarchie plurielle de l'Algérie. Les Algériens, ceux qui ont voté, ont refusé «le lendemain» au nom du «c'était mieux hier» et du«l'Islam est peut-être la solution». Du coup, contrairement à ce que l'on croit, cette élection a quelque chose de triste et de désespéré comme une réédition devant l'obscure menace de la maturité.

Le monde entier attendait et redoutait une victoire des islamistes en Algérie, alors que c'est pire: c'est la victoire de personne, sauf du statu quo. Le régime a gagné encore une décennie et beaucoup d'Algériens vont perdre du temps. Il y a désormais une rupture dans ce pays. Une cassure.

Une défaite devant la puissance sourde de la gérontocratie et de l'empire des vieux, des morts, des martyrs et de leurs fidèles descendants.


 

 

Vacuité politique et abstention

 
Par : Mustapha Hammouche
Liberté - 30/04/2012

 

L’image de ce candidat algérien en posture de garde d’un Jacky Chan, prêt à bondir, a fait le tour du monde via facebook. Sur une autre affiche, un second, se trompant de casting, pose en lunettes à verre fumé.
Mais le cocasse qu’on observe parfois en regardant les portraits et messages imprimés est loin d’égaler la platitude des discours que subissent les rares auditeurs de meetings, des harangues sans conviction autour des deux ou trois thèmes de la menace extérieure, de l’utilité patriotique de la participation, de l’éradication de la “chkara”…
Il suffit d’écouter pour constater la conception puérile que certains prétendants se font de la fonction parlementaire : un jeu qui peut rapporter gros. Et pour miser, pas besoin de qualités particulières. Ni même de qualités tout cours. Le loto, c’est la seule voie qui peut mener n’importe qui vers la fortune.
Ce n’est pas un hasard si l’inculture politique a fini par se présenter comme le premier atout d’une ambition politique. Après le faux départ du multipartisme, la stratégie du système a consisté à recadrer la pratique politique sur la norme du système du parti unique. D’abord, sous le régime Zeroual, avec la création du RND, où transfuges de l’administration et “ayants droit” sont invités à se solidariser avec un pouvoir pourvoyeur de rentes viagères ; ensuite, sous le régime Bouteflika, avec “un programme présidentiel” comme référence unique du projet national, toute autre proposition relevant de la subversion ou de la collusion avec l’ennemi.
La répression, qui s’abat sur toute expression qui refuse de se soumettre à la norme du régime, au moment même où il se proclame enfin converti au principe du libre choix, illustre cette volonté de recréer l’homme politique standard du temps béni de l’article 120 et des kasmas de vigiles. Dans ce schéma de fonctionnement, l’idée, le projet, le programme et le discours viennent du sommet ; et la base est ainsi dispensée d’effort intellectuel. Tout ce qui lui est demandé, c’est d’apprécier, de mimer, de relayer le discours qui coule d’en haut. Dans ce système à communication verticale unidirectionnelle, les niveaux intermédiaires ne doivent pas être productifs d’idées. Et les éléments qui s’essaieraient à contester le monopole de la pensée politique se dévoileront comme subversifs et signeront leur incompatibilité avec le système.

Les termes de la compétitivité politique s’inversent alors : moins on perturbe le canevas de pensée, plus on a des chances de prospérer en politique. Poussé au bout de sa logique, ce système encourage la stérilité conceptuelle. Et la mauvaise monnaie chassant la bonne, la médiocrité, découvrant son utilité politique, négocie sa disponibilité.
C’est l’alliance des trois éléments qui fonde le système national ; le pouvoir, la rente et la médiocrité. Déconcerté par la vacuité du discours, le peuple s’en détourne. Le désintérêt ne vient pas d’une position ; il vient de ce que le citoyen constate le néant politique. La preuve en est que les quidams interrogés ne citent que Bouteflika quand il s’agit d’apprécier ou de décrier ce qui se fait ou ne se fait pas.
Pourquoi l’électeur se préoccuperait-il du sort d’une classe politique qui, elle-même, fonde sa carrière sur un système d’autocratie. Normal qu’ils ne votent que pour un président.

 

 

  

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