Au jour le jour...

Publié le par algerie123.over-blog.com

 Question d’enjeux /  Liberté le 27 janvier 2011

La Révolution du Jasmin, qui consacre l’irruption de la société sur la scène politique, a vocation de déboucher sur la mise en place d’un nouveau pacte politique entre les différentes sensibilités.

L’onde de choc de la Révolution tunisienne est parvenue à “Oum Eddounia”. Depuis mardi, des dizaines de milliers de citoyens, qui ne veulent plus du puissant clan Moubarak, défilent dans les rues du Caire et partout dans le pays. Réaction de survie propre à toute dictature aux abois : la répression. Pas moins de 30 000 policiers, selon des agences, sont déployés pour tenter de sauver un régime chancelant, mais condamné historiquement à tomber. Simple question de temps, estiment les observateurs. Car les mêmes ingrédients, qui sont à l’origine du soulèvement populaire tunisien, existent aussi en Égypte, avec même un plus grand potentiel d’explosivité. Chômage des jeunes diplômés, pauvreté endémique, mainmise de la famille Moubarak sur les leviers économiques du pays, mise au pas de la presse, marginalisation de l’opposition par le parti-État PND...
Les mêmes demandes exprimées par les Tunisiens se retrouvent aussi dans les slogans scandés par la rue égyptienne : “Moubarak, dégage !”, “Non à une République héréditaire !”, “Halte à la corruption !”, “Oui aux libertés démocratiques !”...
Mais la comparaison doit s’arrêter là. Car les perspectives d’évolution des deux soulèvements sont différentes, de l’avis des experts. En effet, la Révolution du Jasmin, qui consacre l’irruption de la société sur la scène politique, a vocation de déboucher sur la mise en place d’un nouveau pacte politique entre les différentes sensibilités. Cela loin des interférences étrangères. Du moins jusqu’à un certain niveau. Ce qui ne saurait être le cas en Égypte, compte tenu de son poids géostratégique et de son rôle de modérateur dans l’équation du Moyen-Orient. Les Américains, qui sont les maîtres du jeu dans la région, vont vraisemblablement  mettre toute leur influence dans la balance pour contrôler le processus de changement de bout en bout. Leur feuille de route consistera, certainement, à convaincre Moubarak de passer la main, pour le remplacer par une nouvelle figure qui répondrait aux attentes de changement exprimées par le peuple. Mais, celui qui succéderait à Moubarak, très probablement pas son fils Djamal, doit correspondre au même formatage que celui du vieux raïs. Ce serait une sorte de “révolution de velours”  à l’égyptienne qui sauverait le système en place en changeant les hommes. Car l’Égypte n’est pas la Tunisie. Les enjeux ne sont pas les mêmes au Maghreb et au Moyen-Orient.

 
 

 Lounes Guemache sur TSA les "nouveaux" contours de la diplomatie américaine.    

 Après les événements en Tunisie

La nouvelle politique américaine dans le monde arabe se dessine  / TSA 26 janvier 2011

 

Pour les régimes arabes, être un "rempart contre l’islamisme" ne suffit plus pour rester ou devenir un allié permanent des Etats-Unis. Le président Ben Ali vient de le découvrir, il a été lâché par Washington. D’autres dirigeants arabes pourraient connaître un sort similaire. Les événements en Tunisie marquent en effet un tournant dans la politique américaine vis-à-vis du monde arabe. Le cycle idéologique arrive à sa fin et Washington entame une nouvelle ère dont les contours commencent à se dessiner.

Entamé au lendemain des attentats du 11 septembre, le cycle idéologique a conduit les Américains à déclarer la guerre à plusieurs pays musulmans et à intervenir militairement dans d’autres. Ils ont apporté leur soutien à tous les pays musulmans engagés contre des groupes islamistes armés ou en proie à une montée de l’islamisme sur leur sol. Un soutien qui s’est fait au détriment de deux éléments essentiels pour la stabilité : le développement économique et les droits de l’homme.

Cette guerre a été bénéfique pour les Etats-Unis. Elle a permis aux Américains d’accéder à d’importantes sources énergétiques, voire de les contrôler. Elle l’a nettement moins été pour les populations de ses partenaires arabes. Ces derniers se sont enfoncés dans la dictature. Ils ont oublié le développement économique, favorisant paradoxalement le renforcement des mouvements islamistes radicaux. Autre effet de cet échec : la montée de la colère parmi la population qui multiplie les revendications aussi bien sur le plan de l’amélioration des conditions de vie que sur celui de la démocratie.

Dans le même temps, l’idéologie n’est plus le principal défi qui se pose pour la première puissance du monde. Le réchauffement climatique, avec des événements violents, la sécurité alimentaire mondiale et l’accès à l’eau ont pris le dessus sur la préoccupation sécuritaire. Al-Qaïda devient certes un problème secondaire mais pour les Américains il faut continuer à le combattre.

En fait, les Américains sont arrivés à une conclusion : Al-Qaïda se nourrit essentiellement du conflit israélo-palestinien et de l’absence de démocratie et de développement dans les pays arabes. Agir sur la première cause est quasi-impossible du fait de la puissance du lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Les Américains semblent donc décidés à s’attaquer à la deuxième cause en accentuant la pression sur les régimes arabes pour les pousser au moins à engager des réformes politiques et économiques.

 

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