Le monde arabe dans la longue durée

Publié le par le blog de Sassia

            

Samir Amin

 

 

 samir amin

 

 

Editions APIC, Alger, septembre 2011, 255 pages

 

 

 

Le livre, qui parait en ce moment même en France aux éditions Le temps des cerises, répond à des besoins d’approfondissement de l’analyse des mouvements politiques et sociaux qui secouent le Moyen-Orient et le Maghreb.
Il est vrai que les réflexions à chaud, même si elles peuvent être intéressantes, ne peuvent en aucun cas suffire, et certaines d’entre elles peuvent même amener à des appréciations erronées ou à des attitudes dangereuses comme celles qui poussent en Algérie, comme ailleurs dans le monde arabe, au suivisme de la logique néocoloniale des forces de l’OTAN. Samir Amin, dont la production intellectuelle est très abondante, a déjà étudié cette région du monde en partant d’angles d’attaque très différents.
Aussi, son nouvel ouvrage disposait-il déjà d’un solide fond sur lequel est venue s’articuler, avec fortes argumentations, l’analyse de la situation actuelle.

Celle-ci offre des grilles de lectures historiques, géostratégiques et économiques. «On ne pourra avancer dans la réflexion et l’action sans un retour sur la lecture critique du passé et du présent du monde arabe», explique-t-il dans son introduction.
Samir Amin commence, sur près de quarante pages, par étudier l’actualité des mouvements qui ont lieu depuis le début de l’année 2011, avec l’explosion sociale qui a emporté Ben Ali. Il argumente cependant sa réflexion surtout à partir de l’exemple égyptien. Pour comprendre la situation actuelle, il plonge en profondeur dans les méandres de l’histoire, pour rappeler comment le monde arabe a été piégé, soumis et pillé durant de très longues décennies. Il arrive rapidement à l’analyse du régime de Sadat-Moubarak et la place que va lui faire jouer l’Occident.

Des développements décortiquent le mouvement démocradtique, les forces qui lui font face «le bloc réactionnaire», dont l’Islam politique, et la stratégie adoptée et suivie par les Etats-Unis qui n’entendent pas céder de leur influence. En lisant Samir Amin, le lecteur arrive à comprendre avec force détails le pourquoi du soutien américain à Moubarak et au-delà la démarche occidentale envers le Maghreb et le Machrek.Les enchaînements suivants, rédigés avant février 2011, font encore appel à l’histoire pour restituer le rôle joué par cette région dans l’évolution de l’humanité. Il s’agit en tout de quatre chapitres qui traitent de la place du Moyen-Orient en tant que «plaque tournante dans le monde ancien» (chapitre 2), du «déclin» (chapitre 3) qui va plonger le monde arabe dans une très longue régression laquelle l’affaiblit au point d’en faire un nain politique. Il y a eu ce qu’Amin appelle «le sursaut» (chapitre 4) intitulé «L’ère de Bandung et des nationalismes populaires».

Ce n’est qu’un infime interstice durant lequel plusieurs peuples du Maghreb et du Machrek retrouvent un minimum de dignité et un début d’espoir. La promesse est cependant démentie très rapidement, ce qui ouvre encore une fois la voie à de nouvelles luttes qui vont se traduire, en février 2011, par un enchaînement d’explosions.
La conclusion de l’ouvrage porte un titre «Un défi formidable» qui se veut porteur d’espoir. Samir Amin demeure cependant prudent au vu de l’émiettement des luttes, de la place de l’Islam politique depuis longtemps manipulé, entre autres par les Occidentaux pour bloquer les sociétés en question. Selon Amin,  quatre pays : l’Egypte, la Turquie, l’Iran et l’Algérie peuvent, dans un premier temps, relever ce défi et devenir des possibles candidats à «l’émergence».

 

Ahmed Ancer - El  Watan

 

 

 

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