Le Maghreb par les autres

Publié le par Sassia

 

par M. Saadoune

 

Sur le registre des «amicales pressions» très consensuelles sur l'Algérie, on enregistre celle de la Directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui souhaite une ouverture des frontières entre l'Algérie et le Maroc, car cela «contribuera fortement à l'intégration économique entre les pays de l'UMA et permettra une meilleure croissance de l'économie de la région».

 C'est décidément très « tendance». Et du côté d'Alger, on ne semble plus s'offusquer – comme par le passé – de ces «ingérences extérieures» dans les affaires de la région. Même sur l'ouverture des frontières, on se fait plus souple et on cesse d'être aussi cassant que le fut, il n'y a guère, Yazid Zerhouni quand il était à l'Intérieur. Manifestement, les temps ont changé. Les régimes de la région, ceux de l'Algérie et du Maroc notamment, ont fonctionné sur le mode antagonique de la concurrence nationaliste qui a clairement entravé la construction du Maghreb. Le projet maghrébin a été, historiquement, celui des mouvements nationalistes du Maghreb. Plus d'un demi-siècle après la conférence de Tanger, ces mouvements nationalistes, qui ont plus ou moins gouverné dans les différents pays du Maghreb, ont échoué à réaliser le projet maghrébin.

 Aujourd'hui, ce projet est relancé sous une double pression occidentale et de l'arrivée au pouvoir de mouvements islamistes. Côté occidental, l'idée d'un espace économique maghrébin est défendue depuis des années, surtout du côté américain. Les Européens n'y sont venus réellement qu'après avoir conclu des accords d'association séparés avec chacun des Etats du Maghreb. Mais les Américains, qui n'avaient que très mollement défendu leur vision du Maghreb – région secondaire dans leur agenda –, ont visiblement décidé de mettre davantage de pression.

La «vague verte» qui traverse la région ne peut qu'aller dans ce sens. Les islamistes, qui sont en général pour le libéralisme économique et la liberté du commerce, devraient pousser dans cette direction. Le président tunisien Moncef Marzouki fait de la relance de l'UMA une priorité et il est sur cette question en total accord avec les islamistes tunisiens qui dirigent le gouvernement. Côté marocain, Abdelilah Benkirane s'avère particulièrement utile pour le Palais en tant que gestionnaire d'une crise sociale sérieuse, mais aussi comme atout pour une relance de l'UMA avec une réouverture des frontières. Côté islamiste algérien, on se souvient que le FIS ne s'embarrassait guère de précaution : il défendait pratiquement les thèses marocaines sur le Sahara Occidental et dénonçait la fermeture des frontières.

Les partis islamistes légaux, «contraints dans l'expression», pour reprendre la désormais célèbre formule de Lionel Jospin, ne se sont jamais clairement exprimés sur ces sujets. Le souci de ne pas déplaire au système est prépondérant, mais sur le fond on sait qu'ils ne sont pas vraiment éloignés de la vision exprimée ouvertement par Abassi Madani, par exemple.

On se trouve donc dans une convergence globale entre Occidentaux et mouvements islamistes sur ces questions. Le Maghreb raté des nationalistes se ferait ainsi par le biais des islamistes sous forte stimulation occidentale. Les Américains et les Européens ont décidé, à la faveur des mouvements de contestation dans le monde arabe, d'adapter leur posture et ne considèrent plus les islamistes comme les «khmers verts», selon la formule des éditocrates propagandistes. La cause est entendue. Et pour les Occidentaux, la seule «inconnue» reste l'Algérie. Ils ne seraient pas loin de souhaiter que les islamistes «modérés» l'emportent aux élections afin de faire passer en douceur une pilule que le régime algérien répugne à avaler.

 On n'en finira pas de regretter d'être toujours en panne de vision. Et de ne pas faire les choses totalement par soi et pour soi.

Le Quotidien d'Oran - 8/02/2012

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