USA : Lancement de la campagne présidentielle

Publié le par Sassia

La communauté hispanique au coeur des débats américains

 

Caroline Duteau
Université de Sherbrooke

12/05/2012

 

Les Hispaniques constituent la première minorité en importance aux États-Unis. Plus de 50 millions d'individus composent cette communauté, représentant 16 % de la population américaine. Les Mexicains sont le groupe ayant la plus grande importance parmi l'ensemble des Hispaniques. À eux seuls, ils comptent 63% de la communauté qui est aujourd'hui au centre d'une controverse dans la politique américaine(1).

En effet, d'importantes lois visant à réformer l'immigration ont été mises de l'avant par le Congrès au cours des dernières décennies, mais d'autres acteurs, comme les États, interviennent aussi sur la question. À la veille de l'élection présidentielle, il est intéressant de constater que les Hispaniques jouent un rôle stratégique de plus en plus important.

Une frontière sécurisée

Malgré l'importance actuelle de la communauté hispanique, les migrations des Mexicains vers les États-Unis diminuent, ce qui inverse la tendance à la hausse des 40 dernières années(2). Plusieurs raisons peuvent expliquer ce changement. D'une part, bien que le contexte des inégalités Nord-Sud fait pression sur les flux migratoires, la faiblesse du marché de l'emploi aux États-Unis atténue les motifs de migration. D'autre part, le renforcement de la sécurité à la frontière et l'augmentation du nombre d'expulsions auraient amené les Mexicains à préférer « vivre dans la précarité que dans la peur(3) ».

En effet, afin d'avoir un meilleur contrôle sur le flux migratoire entre les États-Unis et le Mexique, Washington a renforcé la sécurité frontalière, notamment par l'augmentation du contrôle des policiers ainsi que par l'emploi croissant de hautes technologies. Entre 1993 et 2009, le budget alloué aux patrouilleurs de la frontière est passé de 400 millions à 1,5 milliard de dollars et le nombre d'agents de 4 000 à 16 000(3). En 2006, George W. Bush a signé le Secure Fence Act, la loi qui approuvait la construction d'un mur qui s'étend sur près de 1000 des 3000 kilomètres de la frontière(4).

Certains avancent que l'augmentation des patrouilleurs à la frontière a apaisé l'opinion publique sans pour autant régler le problème. Selon le politologue Jim Cohen, les dernières réformes ont simplement encouragé « de nombreux migrants vers des zones désertiques où la traversée est beaucoup plus dangereuse et [accru] leur dépendance par rapport aux passeurs dont les tarifs ont beaucoup augmenté (5) ». Entre 1994 et 2008, différentes organisations humanitaires évaluent que 5 000 personnes auraient perdu la vie lors de la traversée(6).

De plus, la concentration des autorités policières à la frontière aurait diminué les retours des illégaux. Avant 1986, 45% des illégaux mexicains ayant traversé la frontière retournaient au Mexique moins d'une année après leur arrivée, tandis qu'en 2011 ils n'étaient que 15% à tenter le retour. Cela explique en partie pourquoi le nombre d'immigrants clandestins a augmenté à 11 millions alors qu'il était de 5 millions en 1986(7). C'est d'ailleurs ce qu'avance Daniel Sabbagh, chercheur spécialiste des minorités politiques aux États-Unis, lorsqu'il mentionne qu' « en dépit d'une amélioration récente [...], les modalités de la répression de l'immigration irrégulière, qui visent avant tout à produire l'illusion du contrôle, tendent ainsi à accroître son volume tout en lui conférant un caractère permanent(8) ».

Des lois controversées : l'Arizona S.B 1070 et le DREAM Act

Pour ce qui est de la législation élaborée par les États, le Senate Bill 1070 (S.B. 1070) est un exemple d'un contentieux actuel entre le fédéral et les États. Cette loi, signée en avril 2010 en Arizona, autorisait les policiers à vérifier les papiers de toute personne suspecte d'être en situation irrégulière aux États-Unis. Or, une journée avant sa mise en vigueur, la Cour suprême a évoqué la supériorité du droit fédéral sur la question de l'immigration et a empêché l'application des éléments clés du S.B.1070(9).

L'application de cette loi ne faisait certes pas l'unanimité. Les pro-S.B. 1070 défendent qu'elle loi a été proposée en réaction à l'immobilisme de Washington relativement à l'immigration clandestine(11). Il est estimé que 460 000 sans-papiers résident en Arizona, dont 400 000 d'origine mexicaine(12). D'un autre côté, plusieurs dénoncent cette loi, car elle cautionne des mesures répressives qui viendraient stigmatiser une partie de la population, principalement les Latino-américains(13).

À l'opposé du S.B.1070 se trouve le Development, Relief and Education for Alien Minors (DREAM) Act. Défendu par les démocrates et certains républicains, le DREAM Act vise à naturaliser les jeunes immigrants illégaux ayant obtenu un diplôme d'études secondaires. Chaque année, environ 65 000 diplômés du secondaire ne peuvent continuer leurs études en raison de leur statut irrégulier(15). L'adoption d'une telle mesure est bien perçue par la majeure partie de la population hispanique qui constitue autour de 80 % de l'ensemble des illégaux(16).

Un électorat à courtiser

Bien que le flux migratoire ait diminué au cours des dernières années, la population hispanique installée aux États-Unis croit de façon exponentielle, et ce, dans certains États pivots comme l'Arizona, le Colorado, la Floride, le Nevada et le Nouveau-Mexique(17).

En fait, les experts s'entendent pour dire que nul ne peut espérer accéder à la Maison-Blanche sans obtenir 40% des suffrages hispaniques. Toutefois, l'électorat latino n'est pas un ensemble homogène; autour de 20 % est républicain. Or, force est de constater que « quelle que soit leur orientation politique, ils (les Hispaniques) sont particulièrement sensibles aux attaques contre les immigrés(18)». Lors de la présidentielle de 2004, George W. Bush avait bien considéré l'importance de leur appui. Il avait mené des campagnes en espagnol rappelant le partage des valeurs religieuses et familiales chères à son parti(19). En 2008, Barack Obama a réussi à obtenir 67 % des voix des Hispaniques, qui formaient 10 % de l'électorat(20).

Pour ce qui est de la présidentielle de 2012, les deux candidats auront intérêt à conquérir le vote hispanique. Obama a d'ailleurs profité de la célébration de la fête nationale mexicaine, la Cinco de Mayo (5 mai), pour réitérer sa volonté de signer le DREAM Act(21). Il s'est de plus prononcé en défaveur de la loi S.B 1070 en Arizona et a intenté des recours contre certaines lois sur l'immigration votées dans d'autres États, notamment en Alabama, Caroline du Sud et Utah(22). Par contre, Obama devra faire face aux critiques concernant l'expulsion d'illégaux(23). En effet, moins de deux ans après son entrée en fonction, un million d'immigrants illégaux ont été renvoyés, comparativement à 1,5 million durant les huit années de Bush.

Au cours d'un débat tenu lors des primaires en Arizona, le candidat républicain à la présidence Mitt Romney a affirmé que s'il était élu, il s'opposerait au DREAM Act et donnerait son appui à la loi S.B. 1070 (25). Sa vision de la résolution des problématiques liées à l'immigration clandestine est bien différente de celle prônée par son adversaire. Il avait d'ailleurs déjà promis « de rendre la vie des clandestins tellement misérable qu'ils viendraient à choisir l'"auto-expulsion"(26) ».

Cependant, bien qu'il ait tenu une ligne dure lors de la plupart de ses interventions sur l'immigration durant les primaires, Romney recentrera sans doute son discours afin d'obtenir le soutien de bon nombre d'Hispaniques, comme le prouve le clip électoral diffusé en janvier dernier à l'intention des Latinos de Floride. Dans ce clip, Craig Romney, son fils, « présente dans un espagnol parfait son père comme un "businessman conservateur" défendant les valeurs qui font de l'Amérique "le plus grand pays au monde"(27)».

 

source : http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=1372

 


 

La convention républicaine ouvre la bataille pour la présidentielle américaine

La convention du Parti républicain, cette semaine à Tampa, donne le coup d'envoi à une campagne qui sera, de part et d'autre, très agressive, car Mitt Romney et Barack Obama sont pratiquement à égalité dans les sondages.

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La convention républicaine ouvre la bataille pour la présidentielle américaine


L'ouragan qui menace de s'abattre aujourd'hui sur Tampa en Floride va certes retarder d'une journée l'ouverture officielle de la convention républicaine, mais il en faudra plus pour atteindre le moral des 50.000 personnes attendues pour participer à l'intronisation officielle de Mitt Romney comme candidat à la présidence des Etats-Unis.

Souvent accusé de manquer de convictions, ou d'en changer aisément, peu charismatique, l'ancien gouverneur du Massachusetts cherchera à profiter jeudi de son discours phare pour convaincre et séduire au-delà de ses partisans. Ces derniers ont été stimulés par le choix de son vice-président, un élu du Wisconsin, Paul Ryan. Chantre de l'orthodoxie budgétaire, il plaît à la frange droite du parti. Le duo veut capitaliser sur le ras-le bol des Américains d'une récession qui ne dit plus son nom mais qui traîne en longueur, et se fait l'apôtre de toujours moins d'impôts et de gouvernement. Ses attaques seront centrées sur le bilan économique de l'actuel président, Barack Obama.

« Cette élection ressemble beaucoup à celle de 2004, estime Lawrence Jacobs, professeur de sciences politiques à la Humphrey School de l'université du Minnesota. Elle sera très serrée avec un président sortant qui doit faire face à une opposition très mobilisée dans un climat économique difficile ».« L'état d'esprit est très négatif. Les Américains souffrent de la situation économique, ne voient pas d'avenir meilleur pour leurs enfants et sont saturés de politique », observe Susan MacManus, professeur de sciences politiques à l'université de South Florida. « Cette élection sera décidée par les plus âgés qui sont choqués de voir les difficultés de la génération suivante. Mais, de leur côté, les jeunes ne sont pas mobilisés », estime-t-elle.

5 % à 8 % d'indécis

Il y a encore de 5 % à 8 % d'indécis dont dépend l'issue du scrutin. Barack Obama a centré son discours sur la défense et la reconstruction de la classe moyenne. Il est à égalité dans les sondages avec Mitt Romney mais aucun ne peut encore prétendre empocher les 270 votes des grands électeurs qui permettent d'emporter l'élection. « Obama a perdu des soutiens, notamment chez les jeunes ou les Hispaniques. L'aile gauche de son parti est aussi très critique », note Lawrence Jacobs. « Il aura moins de votes que ne le suggèrent les sondages. » Pour l'instant, les deux candidats sont pratiquement à égalité, autour de 46 % des intentions de vote.

Une fois les conventions passées (celle des démocrates se tiendra à parti du 3 septembre à Charlotte, en Caroline du Nord), un flot d'argent va inonder la campagne. Plus de 1 milliard de dollars pourraient être dépensés par les deux camps dans les mois qui viennent, centrés sur les Etats riches en grands électeurs qui peuvent basculer d'un côté comme de l'autre (Colorado, Floride, Iowa, Ohio, Nevada, New Hampshire et Virginie). La Floride, qui apporte le vote de 29 grands électeurs, est particulièrement cruciale pour les républicains. Sans elle, Mitt Romney ne peut espérer gagner. Ce qui explique la tenue de la convention à Tampa, le plus important marché médiatique de l'Etat.

27/08/2012 - Les Echos

 

Lire également : http://algerie123.over-blog.com/article-utiles-statistiques-ethno-economiques-80817195.html

 

 


 

 

Ann Romney pour convaincre les femmes

http://lci.tf1.fr/monde/amerique/elections-usa-2012-ann-romney-la-femme-de-mitt-romney-ouvre-la-7470898.html

 

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