La Russie votera contre une résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité de l'ONU

Publié le par le blog de Sassia

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 20.06.11

 

Dans un entretien au Financial Times, le président russe, Dmitri Medvedev, réitère son opposition à l'adoption d'une résolution de l'ONU condamnant la répression sanglante des manifestations pro-démocratie orchestrée par le régime du président Bachar Al-Assad. "La Russie usera de son droit [de veto] en tant que membre permanent du Conseil de sécurité" de l'ONU, prévient-il. M. Medvedev précise qu'il refuse un tel texte car la coalition internationale intervenant en Libye a une interprétation abusive de la résolution l'autorisant à mener des frappes aériennes

 

Dans cet entretien, le président russe critique la manière dont les puissances occidentales ont interprété la résolution 1973 de l'ONU sur la Libye en en faisant "un bout de papier pour couvrir une opération militaire gratuite". "Je ne voudrais pas qu'une résolution syrienne soit traitée de la même manière", ajoute-t-il.

La Russie s'est abstenue lors du vote au Conseil de sécurité de l'ONU en mars qui a ouvert la voie à une action militaire en Libye pour protéger la population civile des forces du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. La Russie et la Chine, toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité, sont opposées à l'adoption d'une résolution sur la Syrie et n'ont pas pris part aux discussions sur le sujet. "On va nous dire que la résolution 'dénonce la violence', et puis certains des signataires vont finir par dénoncer la violence en envoyant quelques bombardiers", poursuit Medvedev. "Dans aucun cas  je ne veux prendre ce risque."

 

DISCOURS DE BACHAR AL-ASSAD

Le président Bachar Al-Assad doit prononcer, lundi, un discours sur les développements en Syrie, en proie depuis plus de trois mois à une révolte sans précédent contre son régime, réprimée dans le sang. Il s'agira de la troisième intervention publique de M. Assad depuis le début, le 15 mars, du mouvement de contestation que le régime tente d'étouffer au prix de centaines de morts, malgré la réprobation internationale. Le président syrien "va prononcer un discours demain [lundi] vers midi [11 heures à Paris] sur les développements en Syrie", a annoncé dimanche l'agence officielle Sana, sans autre précision.

 

Le 30 mars, dans sa première intervention publique, M. Assad avait dénoncé devant le Parlement une "conspiration" contre son pays et n'avait annoncé aucune réforme de libéralisation. Deux semaines plus tard, le 16 avril, il avait annoncé la prochaine abrogation de la loi d'urgence et exprimé ses "regrets" pour les victimes. Une semaine après, M. Assad, dans une nouvelle tentative de calmer la rue, a promulgué trois décrets, levant l'état d'urgence en vigueur depuis quarante-huit ans, abolissant la Cour de sûreté de l'Etat, une juridiction d'exception, et changeant la réglementation sur les manifestations. Mais là aussi, les opposants, sceptiques face aux intentions du régime, ont estimé ces mesures insuffisantes et affirmé que sa chute était devenue leur "principale revendication".

Les manifestations de protestation ont continué, et la répression brutale venant du régime aussi. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, une ONG syrienne, 1 309 civils et 341 membres des forces de sécurité ont péri depuis le 15 mars. En outre, plus de 10 000 Syriens ont fui la répression dans le nord-ouest, en direction de la Turquie voisine. Des milliers d'autres se sont enfuis au Liban.


 
 
SINISTRE LEGERETE EN CONTEXTE CRITIQUE

par M. Saadoune - Le Quotidien d'Oran - 21/06/2011

 

Entre rire ou ricanement, le président syrien Bachar Al-Assad, tout en admettant que la Syrie se trouve à un «tournant», n'a pas, une fois de plus, trouvé les mots justes qui apaisent et ouvrent une perspective. Il a semblé, hier, d'une terrible légèreté alors que le contexte est d'une extrême gravité. C'est un troisième discours de crise où Bachar Al-Assad montre qu'il n'a pas entendu ces voix, excédées et impatientes, qui montent du pays. Et surtout, il est resté enfermé dans la logomachie, inutile même dans le cas où cela est vrai, du complot ourdi de l'extérieur. Et bien entendu, il fait un distinguo faussement subtil entre les «saboteurs», ceux qui sont recherchés ou «demandés» par la justice et les demandeurs de réformes. La répression, elle, se moque de ces subtilités et frappe indistinctement. Même des enfants.

 Quand la catégorie de ceux qui sont «demandés» par la justice atteint le chiffre de 64.000 personnes, cela fait du monde. Trop de monde pour que le régime puisse avoir raison. Et on peut aisément comprendre qu'ils n'aient pas envie en ces temps durs d'aller tester l'indépendance de la justice syrienne. Il y a dans ce troisième discours de Bachar Al-Assad la même arrogance qui s'offusque de l'outrecuidance de ces Syriens qui le contestent, lui et son régime. Le président syrien prétend que l'histoire permettra de dévoiler les éléments du «complot» contre son pays. Peut-être que oui. Mais l'histoire enregistre déjà que ce sont bien les agissements répressifs qui ont poussé les Syriens d'une demande modeste de réformes et d'ouverture à une exigence de changement total. L'histoire retiendra que trois mois de répression auront ruiné le crédit que les Syriens accordaient au régime de préserver la sécurité et de défendre une politique extérieure patriotique.

 Désormais, le régime et ses appareils sont vus par une grande partie de la population comme une source d'insécurité. Les complots existent. Ils ne sont pas les facteurs les plus déterminants dans l'histoire. Le mal du régime syrien est dans sa perception ultra-policière de la société. La première manifestation ne visait pas à exiger le départ de Bachar Al-Assad, ni à contester le Baath. C'est une simple protestation contre la brutalité policière. Ce qui était une exigence banale a été perçu, du fait de la structure policière du régime, comme une contestation politique intolérable. A Deraa, le régime a décidé d'apporter sa riposte politico-policière et a mis le pays dans le cycle de la répression-contestation. Manifestement, les choses sont allées trop loin. Les Syriens ne peuvent plus accepter, comme les convie Bachar Al-Assad, un dialogue dont la finalité est de perpétuer le régime. C'est bien le changement de régime qui est désormais posé. Bachar Al-Assad ne l'a pas compris ou n'a pas voulu comprendre.

 C'est l'aveuglement qui est en train de paver le terrain à l'intervention étrangère. Ankara a d'ailleurs envoyé un signal: il ne reste pas beaucoup de temps avant le début d'une intervention étrangère. Bachar Al-Assad ne devrait pas vraiment compter sur la Russie dont le président Medvedev a annoncé qu'il opposera un veto à toute résolution du Conseil de sécurité au sujet de la Syrie. Moscou a déjà montré dans le passé - y compris récemment pour la Libye - une grande sensibilité aux demandes des Occidentaux. C'est une simple question d'appréciation des gains. Quand les gains à escompter commanderont de lâcher Bachar Al-Assad, la Russie le fera. Le problème est que le président syrien ne semble pas en mesure de saisir que le pays, ses enfants, ses femmes et ses hommes sont plus importants que son régime. Il fait preuve d'une folle légèreté.

Commenter cet article