La reprise économique s´essouffle dans les pays développés

Publié le par le blog de Sassia

 

 

Genève, 6 septembre 2011 - La reprise économique pourrait marquer le pas dans les pays développés, car la demande intérieure privée reste faible et les politiques macroéconomiques de soutien sont remplacées par des mesures d´austérité, tentatives des gouvernements pour regagner la confiance des marchés financiers. À l´inverse, les pays en développement ont conservé une croissance vigoureuse alimentée par la demande intérieure; ils sont toutefois confrontés à l´instabilité financière et aux mouvements de capitaux spéculatifs originaires des pays développés et ne seraient pas épargnés par une nouvelle récession au Nord.

 

Le Rapport sur le commerce et le développement de 2011 (TDR 2011) (1), qui a pour thème cette année les défis d´après la crise pour l´économie mondiale, a été publié aujourd´hui par la CNUCED. Il montre qu´après une rapide sortie de crise, l´économie mondiale ralentit, la croissance du PIB passant de 4 % en 2010 à environ 3 % en 2011. La croissance est forte dans les pays en développement, qui ont retrouvé leurs niveaux de croissance d´avant la crise et progressent à plus de 6 % cette année. En revanche, dans les pays développés, elle s´établira à seulement 1,5-2 % en 2011. Les pays en transition continuent de se remettre de la forte baisse enregistrée en 2009, avec des taux de croissance d´environ 4 %.

Les effets positifs induits par la reconstitution des stocks et les programmes de relance budgétaire ayant progressivement disparu depuis la mi-2010, la faiblesse fondamentale de la reprise dans les pays développés est apparue au grand jour. A elle seule la demande privée n´est pas suffisamment forte pour maintenir la dynamique de la reprise, car le chômage reste élevé et les salaires stagnent. En outre, les ménages restent très endettés et les banques hésitent à accorder de nouveaux financements. L´application de mesures budgétaires et monétaires plus rigoureuses risque fort de déboucher sur une période prolongée de croissance médiocre - voire de véritable contraction - dans ces pays.

Aux États-Unis d´Amérique, la reprise marque le pas, car la demande intérieure reste faible en raison de la stagnation des salaires et de l´emploi. Avec des taux d´intérêt qui resteront à des niveaux historiquement bas à court terme et la disparition progressive des incitations budgétaires, un retour rapide à une trajectoire de croissance satisfaisante est fortement improbable. Au Japon, la reprise a été retardée par les répercussions de dysfonctionnements sans précédent des chaînes de production et des filières énergétiques, dus au séisme et au tsunami survenus en mars. Dans l´Union européenne, les revenus salariaux restent très faibles, tout comme la demande intérieure. La crise de l´euro, la résurgence de graves tensions autour de la dette publique au deuxième trimestre de 2011 et la perspective de mesures d´austérité budgétaire se propageant dans toute l´Europe font qu´il est très probable que la zone euro continuera de freiner considérablement la croissance mondiale. De fait, les récentes très fortes baisses des marchés boursiers témoignent assez largement d´une détérioration des perspectives de croissance.

L´expansion est restée forte dans toutes les régions en développement, à l´exception de l´Afrique du Nord. L´amélioration des marchés de l´emploi et un soutien public constant ont prolongé la reprise de l´investissement et de la demande intérieure. L´Asie de l´Est, du Sud et du Sud-Est continue d´enregistrer les taux de croissance du PIB les plus élevés - plus de 7 % en 2011 - tirés de plus en plus par la demande intérieure; toutefois, cette région accuse un léger ralentissement en raison des effets de la situation au Japon, de conditions monétaires plus strictes et d´une faible demande sur certains grands marchés d´exportation. En Amérique latine, la croissance reste solide, s´établissant à près de 5 %, tirée par la consommation, la demande d´investissement et des gains de termes de l´échange; dans les pays d´Amérique centrale et des Caraïbes, la croissance sera plus modérée, principalement en raison de la dépendance des exportations à l´égard du marché des États-Unis. L´Afrique subsaharienne devrait conserver le même taux de croissance qu´en 2010, soit environ 6 %, grâce à une amélioration de ses termes de l´échange, à des investissements d´infrastructure et à des politiques budgétaires expansionnistes. La reprise de l´investissement et de la demande des ménages a permis de maintenir la reprise économique dans les pays en transition, où le revenu national disponible a progressé grâce à une amélioration des termes de l´échange dans certains cas et à un accroissement des envois de fonds de travailleurs expatriés dans d´autres.

Bien que la croissance dans les pays en développement soit désormais de plus en plus tributaire de l´expansion des marchés intérieurs, ces pays restent confrontés à des risques extérieurs importants en raison de la faiblesse économique des pays développés et de l´absence de véritables réformes des marchés financiers internationaux. Ainsi, ces pays restent vulnérables à des chocs commerciaux et financiers qui auraient de considérables répercussions sur le volume de leurs exportations et les prix des produits de base, comme en 2008.

Le commerce international des biens et services a vigoureusement rebondi en 2010, après avoir enregistré sa plus forte chute depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2011, le volume du commerce international devrait enregistrer une croissance à un chiffre, contre 14 % en 2010, en particulier dans les pays développés. Le redressement du commerce a été plus rapide dans les pays en développement que dans les pays développés, illustration de la reprise à deux vitesses des taux de croissance du PIB.

Les prix des produits de base ont renoué avec la hausse à partir du deuxième trimestre de 2009, puis ont vivement progressé entre la mi-2010 et le début de 2011, avant de retomber au deuxième trimestre de 2011. Les hausses de prix ont partiellement suivi la reprise de la demande et les aléas de l´offre, outre l´impact des investissements financiers sur les marchés de produits de base. Les baisses de prix récentes s´expliquent largement par un retournement de l´attitude des investisseurs financiers.

La mise en œuvre de mesures destinées à réduire la demande intérieure en raison des prix élevés des produits de base s´est révélée inappropriée, compromettant la croissance sans faire baisser sensiblement l´inflation.

Le recours à une politique des revenus en vertu de laquelle les salaires progresseraient parallèlement à la productivité serait un moyen plus rationnel de contrôler les pressions inflationnistes et de soutenir en même temps la croissance de la demande intérieure.

 

Réglementation financière hésitante et coordination macroéconomique mondiale

Après le succès des mesures internationales coordonnées prises pour faire face à la crise de 2008-2009, la coopération internationale au sein du G-20 n´a que peu progressé dans des domaines tels que la réglementation financière et la coordination macroéconomique mondiale. Après avoir fortement diminué pendant la crise, les déséquilibres mondiaux des soldes du compte courant ont de nouveau augmenté en 2010-2011 en valeur absolue, bien qu´ils restent nettement en deçà de leurs niveaux d´avant la crise rapportés au PIB de chaque pays. La croissance de leur PIB tenant largement à une augmentation de leur demande intérieure, certains grands pays en développement et pays émergents excédentaires tels que la Chine et la Russie contribuent à une réduction de ces déséquilibres, contrairement à de grands pays développés excédentaires - l´Allemagne et le Japon - où les exportations nettes restent le principal moteur de la croissance. La coopération internationale est également nécessaire pour mieux contrôler les mouvements de capitaux spéculatifs et en éviter des conséquences telles que désalignement des taux de change, instabilité macroéconomique et fragilité financière, en particulier dans les pays en développement les plus touchés par ces mouvements de capitaux. Les nouveaux risques de tourmente financière et de récession économique devraient inciter à redoubler les efforts de coopération internationale pour parvenir à un rééquilibrage mondial et à une croissance durable.


CNUCED 6/9/2011

Commenter cet article