La pression monte pour les créanciers de la Grèce

Publié le par Sassia

 

 

La pression sur les créanciers de la Grèce est montée d’un cran hier (6 mars), alors que le pays tentait d’obtenir un échange d’obligations visant à réduire sa dette colossale. Les principaux détenteurs d'obligations ont averti qu’un défaut de paiement entraînerait des pertes de l’ordre de 1000 milliards d’euros au sein de la zone euro.

Les créditeurs privés de la Grèce ont jusqu'à jeudi soir pour décider s'ils participeront ou non à cet échange qui est un élément clé du programme de renflouement. Ce programme devrait aider Athènes à gérer ses finances et à respecter une échéance de remboursement le 20 mars.

Certains des plus importants détenteurs d'obligations comptent donner leur aval, mais malgré de sérieux avertissements, une série de fonds de pension grecs et d'investisseurs étrangers ont rejeté cette offre qui entraînerait la perte de près de trois quarts de la valeur de leurs titres et permettrait à la Grèce de réduire sa dette de 100 milliards d'euros.

Athènes continue d'intensifier la pression. Elle a même affirmé qu'elle forcerait ceux qui ont refusé l'échange à encaisser des pertes.

Son Agence de gestion de la dette (PDMA) a en effet déclaré que si elle disposait d'un soutien suffisant, elle rendrait les pertes obligatoires pour tous les détenteurs d'obligations. Elle a en outre affirmé que cette offre était le meilleur accord qu'ils obtiendraient, faisant écho à des commentaires du ministre des finances, Evangelos Venizelos, à Reuters lundi dernier.

Des analystes ont expliqué qu'un document de l'Institut de finance internationale, marqué de la mention « Communication au personnel de l'IFI : confidentiel », viserait à prévenir les investisseurs concernés s'agissant des dégâts que causerait un défaut de paiement désordonné.

« Il est difficile d’évaluer le passif qui en découlerait avec précision, mais on voit mal comment il pourrait ne pas dépasser 1000 milliards d’euros », a écrit l'IFI, qui représente les créditeurs privés dans les négociations avec Athènes, dans un document du 18 février obtenu par Reuters.

Si la Grèce ne dispose pas d'un accord avant l'échéance du 20 mars et qu'elle succombe à un défaut de paiement, cela pourrait être pris comme un signe que les décideurs politiques auraient à nouveau perdu le contrôle de la crise, ce qui pousserait les investisseurs à placer d'autres économies faibles de la zone euro dans leur collimateur.

L'Espagne et l'Italie pourraient avoir besoin de 350 milliards d'euros d'aide pour lutter contre les retombées d'un tel défaut de paiement, a précisé l'IFI. L'Irlande et le Portugal pourraient quant à eux avoir besoin de 380 milliards d'euros sur cinq ans.

 

Frénésie sur les marchés

 

La Grèce espère que cet échange marquera un tournant, alors qu'elle entre dans sa cinquième année de récession. Tous les créanciers ne sont toutefois pas disposés à accepter cet accord, ce qui pourrait pousser Athènes à les y forcer dans le cadre d'un processus pénible.

Les banques grecques, qui détiennent 40 des 45 milliards d'euros d'obligations souveraines, signeront l'accord, ont affirmé des sources du secteur bancaire. Athènes a ensuite confirmé que les six plus grandes banques grecques prendraient part à l'échange et que la plus grande banque italienne en termes d'actifs, UniCredit, participerait également.

Neuf des principaux obligataires grecs, tous au sein du comité directeur de l'IFI qui a participé à la rédaction de l'accord, ont annoncé lundi qu'ils soutiendraient l'échange d'obligations.

Les banques grecques et les autres membres du comité directeur détiennent environ 30 % des 206 milliards d'obligations en circulation.

La plupart des fonds de pension grecs signeront également, mais quatre d'entre eux, qui détiennent environ 2 milliards d'euros d'obligations, se prononceront contre l'accord, a déclaré un fonctionnaire grec. Les fonds subissent les pressions des syndicats qui craignent qu'une décote des titres de dette grecs mette leur viabilité en péril.

Des obligataires sous le régime légal suisse se sont rassemblés pour remettre en cause les termes de l'échange proposé par Athènes. Ils mentionnent les poursuites qui pourraient en découler, notamment en ce qui concerne une minorité de la dette qui n'a pas été émise sous le droit grec.

La Grèce souhaite un taux de participation de 90 % au minimum. Si elle n'y parvient pas, mais que le taux dépasse 75 %, elle devrait avoir recours à des clauses d'action collective (CAC) pour forcer les investisseurs à encaisser des pertes. Elle pourrait lancer des CAC sur les obligations de droit grec, qui représentent 177 milliards d'euros, si elle obtient un taux de participation de deux tiers.

En dessous de ce seuil, l'accord pourrait être annulé, ce qui pourrait faire replonger la zone euro dans la crise.

Le ministère grec des finances a démenti les rumeurs selon lesquelles il prévoyait de repousser la date butoir de l'offre, soulignant la frénésie qui règne sur les marchés à deux jours de la décision finale.

« L'issue la plus probable serait que la Grèce dépasse l'objectif des 75 % et qu'elle ait recours à des CAC pour piéger les autres », a déclaré Gary Jenkins, analyste chez Swordfish Research.

La Grèce doit absolument atteindre cet objectif pour pouvoir faire les économies mentionnées dans l'accord de renflouement de 130 milliards d'euros.

Le recours à des CAC entraînerait sans doute des gains sur les CDS et pourrait pousser les fonds spéculatifs et d'autres obligataires à entamer des poursuites.

La plupart des obligations sont sous le régime juridique grec, ce qui complique la situation, mais le reste des titres est sous le droit anglais.

La date butoir pour l'approbation de l'accord est jeudi, même si les obligataires sous le coup de régimes étrangers devront encore participer à des réunions à ce sujet les 27 et 29 mars prochain, ce qui implique qu'ils rendront leur décision ultérieurement.

 

 

EurActiv avec Reuters - 7/03/2012

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