La politique extérieure de la Turquie

Publié le par le blog de Sassia

 
 
Les Défis du « Printemps Arabe »
Irina TICĂ-DIACONU
1/7/2011
Institut Européen des Relations Internationales

 

Introduction

Dès le début des débats sur la crise libyenne, la Turquie s'est montrée opposée à l'opportunité d'une intervention militaire en Libye, que ce soit par l'Otan ou par certains pays, attirant l'attention de la communauté internationale sur les conséquences « dangereuses » d'une telle décision. Le premier ministre turc a considéré qu'une intervention militaire de l'Alliance serait « absurde » et « totalement non profitable »1. Il a fait une parallèle avec Afghanistan et Irak et a souligné les répercussions dévastatrices non seulement pour la Libye, mais aussi pour les pays intervenants2. La possibilité des sanctions contre le régime libyen a été aussi éloignée. Erdoğan a fait allusion aux intérêts des puissances occidentales qui seraient liés au pétrole du Moyen Orient et a montré en échange que la Turquie est attachée à promouvoir les valeurs internationales, y compris la démocratie et les droits de l'homme3.

Après l'adoption de la Résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'Onu4, la Turquie n'a pas été invitée au sommet convoqué à Paris le 19 mars 2011 et qui a précédé le lancement des opérations militaires en Libye. Cela a attiré les critiques du ministre turc des affaires étrangères qui s'est déclaré opposé à des décisions et actions entreprises en dehors du cadre légitime de l'Onu. La reprise des opérations par l'Alliance a été soumise à des conditions strictes, qui puissent être conclues le plus vite possible et qui ne résultent pas en une occupation5. En même temps, la Turquie a agréé à assumer un rôle non-combattant dans le cadre de l'Otan – comme premier contributeur à l'opération navale pour l'application de l'embargo sur les armes6. Elle s'est impliquée aussi dans les opérations d'assistance humanitaire pour le peuple libyen.

Parallèlement au refus de l'imposition de la « no-fly zone », la Turquie a maintenu les chaînes de communication ouverte, notamment des contacts avec le leader libyen, en faisant appel pour qu'il nomme un président qui réjouisse d'un support populaire pour mettre une fin à la crise7. Par après, elle s'est dite prête à agir comme médiateur entre Kadhafi et l'opposition basée a Benghazi8. Le 7 avril 2011, Erdoğan a présenté une feuille de route qui visait un cessez-le-feu immédiat, le retrait des forces de Kadhafi des viles assiégées, la formation des zones humanitaires et le lancement d'un processus inclusif de changement et transformation démocratique qui tienne compte des intérêts légitimes de tout le peuple libyen9. Changeant nettement le ton, le 3 mai, le premier ministre turc a demandé à Kadhafi de quitter le pouvoir immédiatement et a encouragé le Conseil National de Transition dans sa lutte pour un pays libre et démocratique, qui préserve la souveraineté et l'intégrité nationale10. À la fois, le fonctionnement de l'ambassade turque à Tripoli a été temporairement suspendu11. Les relations avec l'opposition se sont progressivement développées et pendant une conférence de presse commune avec le ministre turc des affaires étrangères, le 23 mai, Abdul-Jalil a remercié la Turquie pour son appui, y compris l'aide humanitaire et la contribution à la reconstruction d'après guerre12.

Quelques remarques peuvent être faites sur la base de la réaction de la Turquie face à la crise libyenne: elle a assumé un rôle actif mais sa position a été en dissonance avec celle de la France et le Royaume Uni – les promoteurs d'une intervention militaire directe, avec celle des États-Unis – qui ont soutenu cette démarche, et même avec celle de la Ligue Arabe qui a réclamé une « no-fly zone »; sa politique a été plus « soft », préfèrent la diplomatie et la médiation à l'utilisation de la force; néanmoins, ses démarches n'ont pas été rempli de succès et ont même attiré les critiques de l'opposition libyenne; le retard pris dans la condamnation directe de Kadhafi et l'affirmation de l'appui pour la révolte libyenne a surpris beaucoup de monde; d'autre part, des suspicions ont surgi sur « l'ambivalence » de la position turque et ses vrais motivations, en pointant du doit ses intérêts économiques en Libye.

La question serait alors comment on pourrait interpréter la politique turque. En tant que membre de l'Otan et candidat à l'adhésion à l'Union européenne, le désaccord profond avec ses principaux alliés occidentaux sur la manière de résoudre la crise libyenne semble surprenant. Quelles seraient les motivations réelles de la politique extérieure turque, notamment au Moyen Orient ? Quelle est sa stratégie dans le contexte du « Printemps arabe » ?

Les nouvelles orientations dans la politique extérieure turque

Cette différence de vue entre Ankara et ses partenaires occidentaux n'est pas une première. On se souvient en effet du vote au parlement turc refusant le passage des troupes américaines sur le territoire de la Turquie vers l'Irak (mars 2003) ou, plus récemment, le départ du premier ministre Recep Tayyip Erdoğan au cours du débat du Forum économique à Davos après l'intervention du président Shimon Peres concernant les attaques israéliennes à Gaza (janvier 2009); la détérioration des relations turco-israéliennes après la controverse concernant la flottille pour Gaza (mai 2010); le discours du président Abdullah Gül à l'Assemblé Générale des Nations Unies critiquant l'imposition des sanctions contre l'Iran (septembre 2010).

Certains observateurs ont considéré que ce sont les preuves d'une réorientation de la Turquie vers le Moyen Orient, rejetant ses relations traditionnelles avec les partenaires occidentaux. On a beaucoup parlé du « néo-Ottomanisme », de la « version turque du Gaullisme » ou de la dérive vers l'Est.  D'autres ont apprécié la nouvelle posture de la Turquie comme un acteur central pour lier des ponts avec les pays du Moyen Orient.

Le changement significatif des priorités dans la politique étrangère turque commence avec la fin de la Guerre froide: le voisinage de la Turquie a évolué par rapport au status quo antérieur, des guerres ont éclaté aux Balkans et au Caucase, tandis que les américains ont lancé des opérations militaires contre l'Irak. Ce voisinage a commencé à être le terrain d'intérêt de multiples puissances13. Dans ce contexte, la Turquie a vu l'opportunité de s'ouvrir envers ses voisins, et notamment vers les pays du Moyen Orient14. En même temps, ses priorités ont évolué du « hard security » vers le « soft security » et les intérêts commerciaux, en se développant comme un acteur plus indépendant15.

Le président Turgut Özal (1989-1993) et le ministre des affaires étrangères Ismail Cem (1997-2002) ont été les figures les plus importantes dans le processus d'amélioration des relations avec les voisins directs (Grèce, Bulgarie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Iran, Irak, Syrie), le développement des relations avec l'Union européenne et l'Organisation de la Conférence islamique, l’engagement avec Israël et les palestiniens, ainsi que la promotion de la coopération économique régionale16. Avec l'arrivée au pouvoir du Parti pour la justice et le développement (AKP) en 2002, ces tendances on continué, mais la politique externe a aussi connu un nouvel activisme et une réelle transformation17, par l'intermède des principaux leaders le président Abdullah Gül, le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan et le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu. La politique turque envers le Moyen Orient a changé de style et de substance18.

Le ministre Davutoğlu – l’artisan de l'actuelle politique extérieure turque – a fixé comme but « la politique de zéro problèmes avec ses voisins » et a développé la doctrine de la « profondeur stratégique » de la Turquie, réinterprétant la géographie et l'histoire de son pays dans le contexte d'après Guerre froide et cherchant à maximiser l'influence de la Turquie dans son voisinage et dans le monde. Il considère que « la Turquie bénéficie d'identités régionales multiples et ainsi elle a la capacité et la responsabilité de suivre une politique externe intégrée et multidimensionnelle […] Contribuer activement à la résolution des conflits et à la paix et la sécurité internationale dans tous ces domaines c’est un devoir surgissant des profondeurs d’une histoire multidimensionnelle pour la Turquie »19. De même, la Turquie a « des objectifs multiples pour la prochaine décennie »: accomplir toutes les conditions lui permettant d'acquérir le statut de membre de l'Union européenne jusqu'au 2023, continuer à promouvoir l'intégration régionale, sous la forme de coopération sécuritaire et économique, jouer un rôle influent dans la résolution des conflits régionaux, participer d'une manière solide dans toutes les arènes globales, jouer un rôle déterminant dans les organisations internationales et devenir une des plus grandes 10 économies du monde20.

Une composante importante de la mise en œuvre de la stratégie visant « zéro problèmes avec les voisins » est représentée par les initiatives de médiation ou facilitation, dont on peut citer celles entre les États-Unis et l'Iran, entre Israël et la Syrie, entre l'Irak et la Syrie, entre Israël et les palestiniens, entre Hamas et Fatah. Beaucoup d'entre elles n'ont pas abouti ou ont été entravées par d'autres évènements – c'est le cas de l'intervention d'Israël à Gaza de l'hiver 2008-2009, puis l'incident de la flottille pour Gaza en 2010. Même si ces initiatives n'ont pas eu les résultats attendus, la capacité de la Turquie de parler à toutes les parties aux conflits au Moyen Orient reste néanmoins appréciable21 et a contribué au renforcement son profile régional et international.

Quant aux rapports avec les autres pays occidentaux, les leaders turcs on continué à réitéré leur attachement vers l'UE et l'Otan, celles-ci étant des piliers solides et des éléments de continuité dans la politique extérieure turque22. Un abandon des alliances traditionnelles avec l'Occident et la dérive vers l'Est est considéré une « propagande »23. Mais le retard dans les négociations avec l'UE a empreigné un sentiment de frustration24. Il n'est pas surprenant que la Turquie veuille être prise plus sérieusement et le renforcement de sa rhétorique pourrait être vue dans cette perspective25. En outre, le modèle européen a été répliqué en quelque sorte par la Turquie dans son voisinage (par exemple avec la Syrie, le Liban, la Jordanie, l’Egypte et même avec la Libye), en remplaçant la logique de confrontation avec la coopération. Elle a fait appel à des mesures comme la promotion de la libre circulation des personnes, la libération des flux commerciaux, la conclusion des accords économiques, la construction des oléoducs et gazoducs etc.26, et même l'organisation des réunions régulières des cabinets de ministres27. Il faut aussi noter que le débat sur l'UE a été généralement absent pendant la campagne électorale pour les élections parlementaires de 12 juin28, correspondant à un niveau réduit d'intérêt de la part des électeurs.

Un des moments les plus controversés dans l'histoire récente a été aggravation des relations entre Ankara et Jérusalem. Elles ont connu un tournant pendant les attaques israéliennes à Gaza en 2008 et ont atteint un nadir avec l'incident de la flottille en 2010. Mais en dépit des relations tendues, les intérêts continuent à se superposer29 jusqu'à un certain point. Il faudra se souvenir que la Turquie a été le premier État musulman à reconnaître l'État d'Israël en 1949. D'autre part, la l'histoire des relations entre les deux pays a été plutôt fluctuante, sauf pendant les années '9030. La Turquie a eu beaucoup à gagner sur le plan de l'opinion publique dans le monde arabe grâce à la défense de la cause palestinienne. Un sondage effectué au Moyen Orient montre que 78% des répondants sont d'accord avec un rôle de médiateur de la Turquie dans le conflit israélo-palestinien (pendant qu'un pourcentage similaire des israéliens considère la Turquie en tant que pays ennemi)31.


La pertinence du modèle turc pour le monde arabe

En tant que pays musulman réjouissant d'une démocratie et un État de droit bien développés, ainsi que d'un essor économique, la Turquie pourrait représenter la projection logique de l'évolution positive des nouveaux régimes arabes au Nord de l'Afrique et au Moyen Orient. La stabilité démocratique de la Turquie a été mise en valeur par les révoltes contre les régimes autoritaires dans la région. Et le respect du principe de la sécularisation pourrait servir comme exemple de tolérance et modération face aux craintes des possibles émergences islamistes. Dans ce contexte, il mériterait d'analyser dans quelle mesure le modèle turc pourrait être répliqué.

Un des éléments clé dans l'évolution de la Turquie et qui pourrait servir comme exemple pour les nouveaux régimes arabes émergents est le rôle de l'armée. Celle-ci a représenté pendant une longue période « le gardian du régime » et a établi les limites de la pratique démocratique »32. Le fondateur de l'État turc moderne, Mustafa Kemal Atatürk, a garanti la sécularisation à travers l'armée. Les militaires ont joué en effet une double fonction: comme l'impulsion pour la modernisation et la protection du régime contre les tentations de résurrection de l'État ottoman et l'islamisation33. L'influence primordiale de l'armée s'est maintenue tout au long de la Guerre froide, mais dans les dernières deux décennies elle a beaucoup diminué, suite aux critiques des alliés de la Turquie et avec l'arrivée au pouvoir de l'AKP. « L'équilibre délicat » entre les forces démocratiques et l'armée34 est néanmoins considéré comme une constante essentielle dans la construction et l'évolution de l'État turc moderne.

L'ouverture vers les milieux islamiques est un autre facteur à être pris en compte. Cette tendance a été accentuée par l'AKP et le gouvernement Erdoğan et explique en partie leur popularité en Turquie et dans la région. Il faut souligner que cette caractéristique de la politique turque n'est pas tout à fait nouvelle, mais elle s'inscrit dans un phénomène plus large qui est devenu présent au Moyen Orient dans les années '70 – une contre-révolution pour la réintégration de l'islam dans les régimes des pays musulmans, en antithèse avec l'idéologie européenne et moderniste d'après guerres. Même si cette influence a connu des degrés différents – l'Iran étant un extrême de l'islamisation, la Turquie n'a pas pu ignorer ce processus et a du intégrer les religieux35. En même temps, les observateurs notent que l'agenda d'AKP n'est pas centré sur des préoccupations religieuses: « l'AKP est allé bien au-delà de la religion comme plateforme politique […] il décrit son agenda socio-culturel plutôt conservateur que religieux et a développé un set de positions sur des aspects essentiels politiques et économiques qui préoccupent tous les turcs »36.

La Turquie est généralement considérée une démocratie, avec de institutions solides et un système multipartite. Et c'est justement la consolidation des institutions démocratiques qui a permis la réduction de l'influence de l'armée37. Toutefois, à la veille des élections législatives de 12 juin en Turquie, certains se sont inquiétés pour le future de la démocratie en Turquie, compte tenue des accents nationalistes et autocratiques d'Erdoğan38. Même s'il y a encore des choses perfectibles, d'autres ont montré qu'un système de « checks and balances » fait en sorte que si des tendances comme l'autoritarisme, le pouvoir de l'État, le fondamentalisme religieux ou le nationalisme s'accentuent, elles peuvent être contrebalancées par les forces opposées, par l'intermédiaire des parties politiques, des industriels, des média, de la société civile39.

Les critiques sur la pertinence du modèle turc pour les pays arabes accentuent les particularités de l'expérience turque: le fait que la Turquie a initié la transition vers la démocratie quand elle était déjà encrée à l'Ouest, l'appartenance à l'Otan et l'objectif d'adhésion à l'UE ont encouragé les réformes et ont marqué d'une manière significative le devenir du pays, la Turquie d'aujourd'hui est le résultat d'une évolution de longues décennies40, le développement économique a l'avantage de ne pas être lié aux revenus du pétrole et donc il est plus durable ou le fait que la Turquie a encore la mémoire de la fidélité à l'État hérité de l'empire ottoman41. D'autres mettent en valeur les différences des États arabes par rapport à la Turquie, qui ne permettront pas de répliquer ce succès: les structures sociales et politiques ne sont pas les mêmes et les sociétés sont beaucoup plus religieuses42. En outre, il ne faut pas négliger le fait que ni la Turquie ni les arabes n'acceptent pas aisément de parler d'un « modèle turc », à cause du passée ottoman43.

La Turquie représente quand même « une source d'inspiration »44 et quelques pistes pourraient être avancées à partir de son expérience45: les relations entre les militaires et la société doivent être gérées attentivement à fin de garantir la stabilité et de permettre la création de l'espace démocratique, la construction progressive des institutions démocratiques, l'émergence des parties politiques, la formation des parlements représentatifs et la garantie de la modération religieuse, la révigoration de l'économie avec l'appui de l'industrialisation et les exportations. Tous ces processus doivent être étroitement encouragés, soutenus et accompagné par les autres pays occidentaux, notamment l'Union européenne.

Le printemps arabe: opportunité ou menace ?

Beaucoup d'analystes on noté la réaction tardive et ambivalente de la Turquie par rapport aux évènements dans les pays arabes, tout comme d'autres pays occidentaux. Elle a failli se prononcer immédiatement en appui des forces révolutionnaires: c'est le cas de la Tunisie et l'Égypte; sa réaction a fait preuve d'équivoque avant de finalement soutenir l'opposition de Benghazi; elle essaye encore de trouver une issue à la situation en Syrie. L'émergence des mouvements populaires qui font appel à la dignité, justice, liberté et démocratie résonne avec les principes fondamentaux soutenus par la Turquie. On peut toutefois remarquer que l'instabilité dans son voisinage apporte un degré élevé d'incertitude et pourrait représenter un vrai test pour les ambitions fixées dans la politique extérieure turque.

Le gouvernement Erdoğan considère qu'un monde arabe démocratique renforce la Turquie et confirme l'orientation stratégique de sa politique extérieure: les transformations au Moyen Orient sont vues comme un effet de la politique de la Turquie d'engagement des différents gouvernements et groupes politiques; le modèle turc de réconciliation entre l'islam, la démocratie et le développement économique a raffermi le « déficit insoutenable » entre les gouvernements et les peuples dans le monde arabe et montre la voie pour les réformes nécessaires; la réconciliation entre Fatah et Hamas est une résultante majeure de ce changement général; les américains et les européens devront engager des acteurs considérés jusque maintenant comme « controversés, extrêmes ou terroristes », par exemple les Frères musulmans, le Mouvement Nahda et le Hamas46.

Plusieurs facteurs jouent quand même en défaveur des intérêts de la Turquie. Sur le plan politique, les liens tissus avec les régimes arabes l'ont pris au dépourvu face aux révoltes des peuples. Avant le « Printemps arabe », la multiplicité des initiatives diplomatique engagées les dernières années faisait de la Turquie « un jongleur essayant de tenir plusieurs balles dans l'air »47 et soulevait des questions quant à la durabilité de telles démarches. Dans le nouveau contexte, ses qualités de médiateur lui confère un avantage supplémentaire en comparaison avec les autres pays occidentaux, mais les cartes sont encore plus difficiles à jouer, comme démontré dans le cas libyen.

Sur le plan économique, la Turquie pourrait être affectée directement par une possible diminution des exportations vers les pays en crise. Les exportations vers les pays du Moyen Orient représentaient en 2008 seulement 17% des exportations turques, en comparaison avec 48% vers l'UE, mais il s’agit des marchés avec une balance commerciale nettement positive en faveur de la Turquie, ce qui n'est pas le cas avec l'Europe48. En 2009, en pleine crise économique globale, le rapport entre exportations et importations vers le Moyen Orient était double49. Autres dimensions des relations économiques pourraient être aussi affectées à cause de l'instabilité, comme les investissements.

D'autres problèmes pourraient encore surgir, suite aux mouvements dans des pays très influents sur la stabilité interne de la Turquie, comme la Syrie. Celle-ci est l'expression même de la politique de  « zéro-problème » conduite par la Turquie. En effet, les deux pays sont allés « d'un état d'une guerre non-déclarée » en 1998, suite à des accusations d'appui a PKK50, à un rapprochement intégrationniste en 2009, avec l'abolition des visas, la convocation des réunions des cabinets des ministres, la conduite des exercices militaires communs51. Étant donné les relations très proches entre Erdogan et Al-Assad, la Turquie peut donc avoir une influence sur la poursuite des politiques à Damas52. L'amplification de l'immigration vers la Turquie est une des conséquences des répressions par le régime Al-Assad. Les pertes économiques vont s'ajouter.

Mais c'est la question kurde qui risque de soulever des préoccupations majeures pour la Turquie53, à cause de la superposition avec le soulèvement de masses populaires aux pays voisins. Dans ce contexte, « les demandes soutenues par la popularisation [de la question kurde] à la suite du 'Printemps arabe' dans la région deviennent légitimes aux yeux du monde »54.

Conclusions

Une première conclusion est que l'état des choses dans la région jusqu'au 2011 paraissait plus favorable à la Turquie que les incertitudes qui marquent le réveil du monde arabe. Elle a pu éteindre son influence dans les domaines diplomatique, politique et économique non seulement au Moyen Orient mais aussi au-delà. Sa politique externe était plus cohérente avec ses actions. Les changements des gouvernements arabes posent des questions difficiles auxquelles le monde occidental, y compris la Turquie, doit répondre adéquatement.

Une deuxième conséquence est que l'expérience gagnée par l'Ankara au cours de ses initiatives régionales au Moyen Orient sont précieuses pour les États-Unis et l'Europe. Aucun des autres pays occidentaux n'ont l'habilité de parler à toutes les parties comme la Turquie. Même si sa légitimité semble aussi affaiblie par les réactions ambiguës aux révoltes populaires arabes, la Turquie est mieux placée que les autres pour passer les messages nécessaires aux gouvernements et pour capter les masses. On pourrait anticiper qu'elle aura plus de responsabilités dans les mois à venir, y compris dans le contexte du processus de paix israélo-palestinien.

Finalement, la Turquie devra savoir gérer intelligemment les attentes et les responsabilités qui lui incombent, d'une part, et ses intérêts, que ce soit politiques ou économiques, d'autre part. Il est clair qu'elle préfère une évolution et non pas une révolution dans une région qui la concerne directement, mais le Moyen Orient a toujours été difficile et elle doit se montrer maintenant dans une position de leader pour la démocratisation et stabilisation du monde arabe. À la fois, il est indispensable que la Turquie, l'UE et les États-Unis agissent de concert, pour les mêmes objectifs.

 

Source : http://ieri.be/en/publications/ierinews/2011/juillet/la-politique-ext-rieure-de-la-turquie

 

Mp à Geneviève de Fontenoy : Cesses de regarder ici, tu te fais du mal !  allez ouste, dégage !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article