La mise en marge

Publié le par le blog de Sassia

Un article qui évoque l'imbroglio au niveau local.
 

par M. Saadoune - Le Quotidien d'Oran - 11/07/2011

 

Le maire de Zéralda, Mouhib Khatir, est en prison. Celui qui avait lancé, au moment de l'examen du code communal, un mouvement pour les droits des maires est accusé d'escroquerie et de diffamation. Sur Facebook, un mouvement de soutien au maire emprisonné s'ébauche pour exiger sa libération.

 Pour beaucoup d'observateurs, le maire de Zéralda ne doit pas ses ennuis à son activisme pour les droits des maires. On sait qu'en Algérie, exprimer des idées générales ne gêne personne. Même les tenants du régime n'ont pas hésité à parler de «système pourri», voire de «fosse aux lions». Le maire de Zéralda a plutôt la réputation, qui ne semble pas usurpée, de mener bataille contre des intérêts locaux opaques et d'avoir levé des affaires qui lui ont suscité de fortes inimitiés. Il se sentait menacé et il l'a dit à plusieurs reprises.

 Mais, disons-le d'emblée, nous n'avons pas de jugement à faire sur les raisons ayant amené un juge à mettre sous mandat de dépôt un maire qui avait déjà déposé de nombreuses plaintes sur des affaires douteuses au sein de sa mairie. La seule chose à affirmer et à réaffirmer est que la mise sous mandat de dépôt est une mesure quasi régalienne, qui ne doit jamais remettre en cause le principe de la présomption d'innocence.

 On sait que dans les faits, des réputations peuvent être détruites par le simple placement sous mandat de dépôt. Mais c'est une raison supplémentaire pour continuer à rappeler la règle de la présomption d'innocence.

 S'il n'y a pas de jugement à faire sur la procédure judiciaire engagée contre le maire de Zéralda et de sa pertinence - ce qui n'empêchera pas de nombreux Algériens de se faire leur «idée» sur la question en fonction de leur appréciation de la vie publique -, l'affaire appelle clairement des observations générales.

 La première est que les Algériens sont très peu informés de ce qui se passe au niveau des communes où ils habitent. Les habitants de Zéralda ont découvert, grâce au maire emprisonné, qu'il y avait un climat combinard et glauque autour de la mairie. Ces habitants sont sans doute les premiers à se dire que le maire a été trop téméraire en essayant de soulever le couvercle. Ils peuvent s'étonner en effet que ses plaintes ne donnent pas de suite alors que lui se retrouve en prison.

 Mais, encore une fois, on ne sait pas ce qui fonde la décision du juge. Par contre, on peut constater que la mise à distance du citoyen fonctionne parfaitement au niveau communal. Les citoyens ne sont jamais informés des intentions des APC ou des daïras ; ils découvrent, quand c'est fini, les effets de leurs décisions.

 Dans de nombreuses communes, les citoyens ont fait après coup la découverte en «béton» de la dilapidation secrète des réserves foncières. Les élus ne se sentent nullement dans l'obligation d'informer leurs présumés électeurs. Mieux, ces élus ne se sentent même pas tenus de s'expliquer devant leurs partis car ces derniers n'ont qu'une existence «centrale» et «virtuelle».

 Ceux qui essaient, en «politologues» ou en «militants», de comprendre comment se gère une commune, peuvent parler d'intérêts «informels» ou de «maffias» qui gravitent autour des mairies et imposent les décisions qu'ils veulent. Ils peuvent dire qu'au niveau local, la confusion entre argent et politique est une réalité palpable. Et que c'est au niveau local que l'on mesure clairement que la mise en marge des citoyens est une affaire de système.

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