La cause du bidon

Publié le par Sassia

L'UE, la Russie, la Turquie et la carte énergétique...

http://algerie123.over-blog.com/article-article-sans-titre-91993521.html

http://algerie123.over-blog.com/article-moscou-et-kiev-veulent-eviter-une-nouvelle-querelle-du-gaz-95157201.html
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La Turquie donne son feu vert au passage du gazoduc South Stream dans ses eaux

 

La Turquie a donné son feu vert à la Russie pour faire passer le gazoduc South Stream dans ses eaux territoriales en mer Noire, a indiqué mercredi le géant russe Gazprom, une décision attendue de longue date par la Russie, qui avait même annoncé envisager un autre tracé.

Toutes les autorisations nécessaires permettant de réaliser le projet de construction et d'exploitation du gazoduc South Stream (...) à travers la zone économique exclusive de la Turquie ont été données, a indiqué le groupe russe dans un communiqué, après une rencontre à Moscou entre le Premier ministre russe Vladimir Poutine et le ministre turc de l'Energie Taner Yildiz.

Je tiens à remercier la Turquie pour sa décision d'autoriser la construction du gazoduc South Stream via la Turquie, a renchéri Vladimir Poutine, selon l'agence Interfax.

La Russie et la Turquie étaient engagées dans un bras de fer au sujet de South Stream, Ankara devant à l'origine donner son feu vert à Moscou avant fin 2010.

Vladimir Poutine en était arrivé à déclarer que South Stream pouvait éviter la Turquie, évoquant plusieurs autres alternatives.

Selon des médias russes, Ankara cherche à faire pression sur Moscou pour obtenir une ristourne sur le prix du gaz qui lui est livré.

Long au total de 3.600 km, South Stream doit alimenter en gaz russe l'Europe occidentale, notamment la Grèce et l'Italie, via la mer Noire et les Balkans. Il doit permettre à la Russie de contourner l'Ukraine, principal pays de transit.

Ce projet, qui doit être mis en service fin 2015, est aussi censé tailler des croupières au projet Nabucco, un gazoduc qui doit livrer le gaz du Caucase à l'Europe occidentale en passant par la Turquie et les Balkans, et donc en évitant la Russie.

 

AFP - 28/12/2011

 


 
L'UE, la Russie et la carte énergétique

 

"Sécurisation" et "diversification" des approvisionnements : deux mots qui pourraient résumer à eux seuls la politique énergétique extérieure de l'Union européenne (UE). Pourtant de nombreux obstacles s'opposent à l'application de cette stratégie : alors que la domination russe progresse sur le Vieux continent, les divisions persistent entre les Etats membres, réduisant les chances de réussite de nombreux projets pourtant stratégiques pour l'Europe. Au-delà de la souveraineté énergétique du continent, c'est donc l'unité du projet européen et la vulnérabilité de son modèle économique qui est aujourd'hui en cause.

 

 UNE DÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE CROISSANTE

 

Les perspectives énergétiques de l'UE sont relativement inquiétantes sur le long terme. Premiers importateurs d'hydrocarbures au monde, ses Etats membres devront faire face à une dépendance énergétique accrue au fil des prochaines décennies, notamment du fait d'une baisse prévisible de la production interne (qui couvre actuellement 40% de la demande seulement). Ce gap énergétique se fera particulièrement sentir dans le secteur gazier, moins polluant que le charbon et moins volatile que le pétrole, dont la demande devrait augmenter de 43% d'ici 2030 du fait d'une croissance économique soutenue et de la lenteur du développement des énergies renouvelables. Résultat : en 2020, l'UE devra importer 80% de son gaz naturel.

La Russie, véritable "grenier à gaz" de l'Europe, sera le premier bénéficiaire de cette situation. La part des exportations de gaz russe à destination de l'Europe devrait augmenter de manière significative, dépassant de loin celle de ses deux concurrents directs : l'Algérie, grevée par la faiblesse de ses infrastructures et par son instabilité politique interne, et la Norvège, dont les ressources arrivent à épuisement. D'autant que la Russie dispose d'instruments stratégiques pour asseoir sa domination énergétique sur le continent européen, grâce à un large réseau d'infrastructures de transit gazier et à sa mainmise sur Gazprom, premier exportateur de gaz au monde.

 

 LA RUSSIE : UN PARTENAIRE INCONTOURNABLE MAIS REDOUTÉ

 

Lors de la "crise du gaz" de janvier 2006, au cours de laquelle la Russie avait brusquement interrompu ses livraisons de gaz à l'Ukraine suite à un différend tarifaire, les Etats membres de l'UE ont pris conscience de l'ampleur de leur dépendance vis-à-vis de leur partenaire russe, mais aussi de l'Ukraine, pays de transit incontournable pour l'approvisionnement énergétique européen : 75% des flux gaziers en provenance de Russie vers l'Europe ont ainsi été interrompus pendant la crise.
Toutefois, en fait de dépendance, il s'agit plutôt d'une interdépendance, les deux parties ne pouvant fonctionner l'une sans l'autre : en 2009, l'UE concentrait ainsi 70% des exportations de gaz de la Russie. En toute logique, donc, la coopération s'impose à l'extérieur comme à l'intérieur de l'UE. C'est dans cette perspective qu'a été organisé, en 2008 à Khanty-Mansiysk (Russie), le 21ème sommet UE-Russie, avec pour objectif de renforcer le partenariat énergétique russo-européen.

Pour autant, la stratégie européenne ne saurait se résumer à la sécurisation de ses approvisionnements russes. Afin de réduire la dépendance énergétique de l'Europe face à la Russie, la Commission a publié dès 2006 un Livre vert intitulé "Une stratégie européenne pour une énergie sûre, compétitive et durable", dans lequel elle souligne l'impératif pour l'UE de diversifier ses importations de gaz, notamment par le biais de réseaux transeuropéens, encourageant ainsi le lancement de projets alternatifs tels que le gazoduc Nabucco.

 

 NORD STREAM : UNE MENACE POUR LA POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE COMMUNE

 

Le caractère bilatéral du projet Nord Stream, négocié entre Berlin et Moscou, menace la cohérence d'une approche communautaire de la sécurité énergétique. En passant par la Baltique, ce double pipeline, qui devrait être opérationnel fin 2012, contourne plusieurs pays d'Europe de l'Est (Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne), tandis que le consortium international à la base de Nord Stream AG exclut toute participation des pays du sud et de l'est de l'Europe.

Soutenu par le Parlement et la Commission, qui le présentent comme un facteur de sécurisation du marché européen de l'énergie, ce projet marque une fracture inquiétante entre les pays du Nord-ouest européen, favorables à un partenariat renforcé avec la Russie dont ils sont les premiers bénéficiaires, et les pays d'Europe de l'est, anciens territoires de transit incontournables qui ne disposeront bientôt plus d'aucun levier d'influence face à leur voisin russe, mais aussi face aux pays d'Europe occidentale, qui seront désormais protégés d'une éventuelle coupure des vannes russes à l'encontre de ces pays.

En l'absence de garanties communautaires, ce gazoduc conforterait la position dominante de la Russie sur le marché européen du gaz. A ce titre, le risque de voir apparaître une Europe du gaz à deux vitesses illustre les graves conséquences que la désunion des Etats membres peut avoir sur certains dossiers stratégiques.

 

 DIVERSIFIER LES APPROVISIONNEMENTS : NABUCCO SOUS LE FEU DES CONTESTATIONS

 

La stratégie de diversification de l'UE s'incarne par l'idée d'un "corridor gazier Sud", dont le projet de gazoduc "Nabucco", sensé relier l'Europe aux champs gaziers des pays riverains de la Caspienne en contournant le territoire russe, serait une pièce maîtresse. Pourtant, le projet tarde à se réaliser : bien que sa mise en fonction soit prévue pour 2017, la construction n'a à ce jour toujours pas commencé. En dépit du soutien de la Banque d'investissement européenne (BEI), de nombreuses incertitudes pèsent sur le projet, qu'elles soient de nature technique (coûts de construction élevés) ou politique (délimitation conflictuelle des fonds caspiens et instabilité latente des pays producteurs).

Nabucco doit surtout faire face à la concurrence de Gazprom et de son projet "South Stream", conçu pour contrecarrer la stratégie de diversification européenne. En effet, ce gazoduc imite exactement le tracé de Nabucco, à la seule différence qu'au lieu de transiter par la Géorgie, celui-ci passera par le territoire russe. S'il venait à aboutir, le projet "South Stream" conforterait ainsi Gazprom dans sa position de fournisseur privilégié de l'Europe, tout en renforçant la mainmise russe sur les ressources de la Caspienne. De le même façon que son homologue nordique, le projet "South Stream", co-financé par Gazprom, ENI (Italie) et EDF (France), révèle l'incapacité des pays européens à faire front uni face à une situation pourtant inquiétante sur le long terme.
"Nabucco" pourrait donc rapidement sombrer dans l'oubli. Toutefois, d'autres possibilités existent. L'UE pourrait par

exemple promouvoir l'extension d'un réseau reliant les gazoducs européens TAP, ITGI et White Stream.

 

 LE GNL : UNE ALTERNATIVE PROMETTEUSE

 

Face à un marché du gaz naturel très régionalisé en raison des contraintes induites par la construction de gazoducs sur de très longues distances (coûts élevés, contrats de long terme peu flexibles), le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) apparaît aujourd'hui comme un enjeu majeur pour la diversification des approvisionnements énergétiques européens. L'internationalisation du marché du GNL ouvre ainsi à l'Europe l'accès à de nouveaux fournisseurs, parmi les premiers producteurs de gaz au monde : Indonésie, Qatar, Algérie (pionnière sur ce marché), Nigéria... En 2030, on estime que la part des importations de GNL s'élèvera à environ 30 % des importations gazières européennes9. Les atouts du GNL sont nombreux. Ils sont pratiques : la liquéfaction, en réduisant de 600 fois le volume du gaz, permet le transport de grandes quantités de gaz sur de très longues distances, à l'aide de méthaniers. Ils sont également économiques : les contrats à court terme, flexibles, étant beaucoup plus avantageux pour les pays consommateurs que les contrats à long terme.

La conquête par le GNL se fera, mais progressivement. Aujourd'hui seuls six pays de l'UE, Espagne en tête, sont dotés de terminaux méthaniers et d'usines de regazéification. Ces infrastructures, très coûteuses, nécessitent l'utilisation de technologies complexes. Ce à quoi s'ajoute le problème de l'indexation des prix du gaz sur ceux du pétrole, qui ne permet pas une réelle libéralisation du marché.

Malgré ces contraintes, le GNL représente une solution d'avenir. Face à la montée en puissance de la Russie et à l'échec probable de Nabucco, le GNL apparaît en tout cas comme la seule alternative sérieuse susceptible de réduire la dépendance énergétique de l'Europe. Espérons que les distributeurs de gaz européens ne soient pas rachetés par Gazprom entre-temps…

Clara Guilhem, Johannes Leininger et Raphaële Xenidis

 

Le Monde - 15/12/2011

 

 

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