L'opposition turque accuse Erdogan de servir les interêts US

Publié le par Sassia

 

« Nous n’avons entendu du gouvernement aucune justification de son changement de politique envers la Syrie. Ni si ce changement sert les intérêts de la Turquie ou non. Pour cette raison, nous sommes contre la politique du gouvernement et nous estimons qu’elle est erronée et qu’elle n’aide pas à résoudre les problèmes. »

 

Cette condamnation ferme et claire de l’activisme anti-syrien d’Erdogan n’a pas été prononcée par n’importe qui, ni n’importe où : elle émane en effet d’un des porte-parole du Parti Républicain du Peuple (CHP), Mohammad Kassim Oglu, qui prenait la parole à la tribune de la chambre des députés turcs.

Aux récentes élections législatives, au printemps 2011, le CHP s’est classé deuxième formation politique turque, avec 25,98% des suffrages exprimés et 135 députés. De sensibilité « social-démocrate nationaliste » et laïque – et d’ailleurs fondé par Atatürk lui-même -, le CHP est donc la première formation d’opposition à Erdogan et son AKP islamiste conservatrice – 49,83% des suffrages exprimés et 327 élus en 2011.

 

Héritiers d’Atatürk, amis de la Syrie

 

Mais le CHP n’est pas seul à donner de la voix, ces jours-ci, au parlement d’Ankara, contre l’escalade – verbale et diplomatique pour l’heure – du gouvernement Erdogan : Dawlal Behchali, dirigeant du Parti d’Action Nationaliste (MHP, généralement classé à l’extrême droite (laïque)), a lui aussi « taclé » MM Erdogan et Davutoglu : déplorant les attaques dont ont été victimes récemment des représentations diplomatiques turques en Syrie, le chef du MHP en a attribué une partie de la responsabilité à Erdogan :

« Ce gouvernement s’ingère dans la situation intérieure syrienne en guidant l’opposition et il complique de plus en plus la situation »

Le MHP est, malgré une légère baisse de son influence par rapport aux législatives de 2007, la troisième force politique turque, ayant obtenu cette année 13,01% des suffrages exprimés et 53 députés.

Par ailleurs, on ne sait pas si tous les élus de l’AKP sont d’accord avec la ligne Erdogan sur la Syrie…

Bref, les deux principaux partis d’opposition turcs, représentant ensemble plus du tiers de l’électorat et alignant 188 députés, s’opposent sans ambiguïté à la politique de leur gouvernement vis-à-vis de la Syrie. Globalement, ces forces jugent que cette politique sert les intérêts américains, et rompt avec la politique de bon voisinage avec Damas qui était celle d’Erdogan lui-même voici encore un an.

Il n’est peut-être pas indifférent que ces deux formations occupent des positions nationalistes laïques, ce qui les rapproche de la Syrie baasiste, et les éloigne en revanche de l’islamisme modérément modéré de l’AKP, qui s’efforce de mettre à bas l’héritage kémaliste.

 

Avec un tel caillou dans sa chaussure, le Premier ministre turc va-t-il pouvoir longtemps continuer à assumer une ligne qui ne fait, en effet, qu’exacerber les tensions dans toute la région ?

En tout cas, si l’on en doutait, il est évident qu’Erdogan ne pourra certainement pas mettre le quart de ses menaces anti-syriennes à exécution, qu’il s’agisse de l’alimentation en électricité ou de la « zone d’exclusion aérienne » réclamée par ses amis de la confrérie syrienne des frères musulmans.

 

El Manar - 18/11/2011

 

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