L’émergence d’un salafisme armé en Tunisie ?

Publié le par Sassia

 

Trois individus décrits par M. Mohamed Ettounsi, le secrétaire général du syndicat de la garde nationale de Sfax comme étant  barbus, et donc vraisemblablement salafistes ont tenté de fuir un barrage policier du côté de Bir Ali Ben Khelifa, ce mercredi 1 février. Ils étaient à bord d’une voiture Renault de modèle Clio Classic, de couleur grise, et immatriculée en Tunisie.

Les suspects ont fui, et des échanges de tirs ont eu lieu entre les suspects et les unités de police et de garde nationale. Les forces de police ont découvert à bord du véhicule deux sacs de munitions et  six Kalachnikov. A l’heure où nous écrivons ces lignes, la nationalité des agresseurs n’a pas été clairement vérifiée. Il est donc possible que l’on soit en présence d’éléments étrangers.

A noter que de nombreuses armes ont été confisquées par les autorités ces dernières semaines. Les frontières poreuses avec la Libye post-Khaddafi, ont permis l’approvisionnement du «marché noir», via des trafiquants. Pour rappel, un trafic d’armes entre la Tunisie et la France a également été démantelé en janvier dernier.

Et si les hypothèses de M. Ettounsi sur l’appartenance à la mouvance salafiste de ces individus sont avérées, il ne nous reste plus qu’à espérer que ces réseaux soient encore à l’état embryonnaire. Le cas échéant, la Tunisie devra ajouter un nouveau problème à une longue série : celui du djihadisme armé.

 

Mag14 - 1/02/2012

 


Ennahdha face aux salafistes djihadistes

 

Jeudi, 02 Février 2012 20:25

barrage tunisie policeChangement de programme à la présidence. M. Moncef Marzouki, se sera concerté, ce jeudi 2 février, avec le haut commandement de nos forces armées, au lieu de se rendre à Siliana. L’Assemblée Constituante, elle, a réagi dès hier, le mercredi 1 février, pour dénoncer ce que nos députés considèrent comme une «violation flagrante de l'intégrité et de la souveraineté de la patrie».

Le premier ministre Hamadi jebali, quant à lui, a préféré minimiser. Il déclarera que ce «ne sont pas des évènements de grande gravité(…) ne présentent pas de grands dangers».

Ce qui ne sera pas nécessairement l’avis des unités de nos forces de sécurité, dont quatre membres ont été blessés. L’un d’entre eux serait même dans un état critique suite aux échanges de tirs. Du côté des assaillants, deux des individus armés ont été tués, et le troisième est entre les mains de la justice militaire.

On imagine mal que de simples trafiquants d’armes aient pu avoir un tel effet sur les plus hautes autorités de la Tunisie. Deuxième indice, s’il en est, la direction prise par les individus armés : ils se dirigeaient clairement vers le nord de notre pays, ce qui ne se justifie pas facilement, s’il s’agissait d’un «simple» trafic d’armes transfrontalier. Plusieurs sources sécuritaires convergentes évoquent de plus en plus clairement des éléments salafistes djihadistes armés. Certains feront même état de leur appartenance au groupe de Slimane, celui-là même  qui a été à l’origine de la fusillade dans cette région du Cap-Bon, en janvier 2007.

 

La vision de Rached Ghannouchi
Pour certains, comme notamment Rached Ghannouchi, l’extrémisme, et ses dérives terroristes n’ont pas lieu d’être sous des régimes ouverts et démocratiques. Les mouvements Takfiris d’Egypte, seraient ainsi, selon lui, des émanations de la répression de la dictature Moubarak. Et les djihadistes tunisiens n’ont donc,  selon lui, pas lieu de réitérer les opérations de janvier 2007, organisées sous le régime dictatorial de Ben Ali. Une vision des choses qui a été sans doute à l’origine de l’organisation de conférences «particulières», comme celle qui ont eu lieu du 15 au 17 décembre 2011, à Gammarth.

C’est qu’il est confortable de croire que tous les maux de nos sociétés, et la violence de certains groupuscules trouvent leurs origines dans la tyrannie, et ne peuvent agir et prospérer que sous la dictature. Selon ce raisonnement, la démocratisation entraîne à coup sûr la pacification, et la modération. L’Histoire a prouvé le contraire, et a battu en brèche cette théorie. Démocratie ne rime pas nécessairement avec l’assèchement des sources de l’extrémisme, les faits l’ont démontré.

 

Terrorisme européen
Dans les années 70-80 du siècle dernier, le terrorisme de l’ultra-gauche, en Europe s’est développé dans des pays traditionnellement démocratiques comme l’Allemagne (Fraction Armée Rouge), la France (Action Directe), l’Italie (Brigades Rouges, Prima Linea), la Belgique (Cellules Communistes Combattantes). Ces groupes n’ont été battus définitivement qu’après des décennies. La victoire n’a pu véritablement être définitivement proclamée qu’après la chute du mur de Berlin. La social-démocratie européenne, a fini par dissiper le cauchemar des totalitarismes de gauche et les lendemains qui chantent des rafales de pistolet automatique. Et la lutte a aussi eu lieu sur le terrain idéologique.

 

 

Aujourd’hui, Ennahdha, un mouvement d’inspiration islamique est au pouvoir en Tunisie. Des partis analogues marquent des points au Maroc. En Egypte, ce sont les Frères Musulmans qui règnent sur l’Assemblée. Et même en l’Algérie, ce genre de partis n’a jamais pu disparaître complètement du paysage politique malgré les années de plomb de la guerre civile. Jusqu’en 2011, en ce qui concerne la Tunisie, la lutte contre le taghout (tyran, dans la terminologie islamisante), pouvait expliquer (sans nécessairement justifier) certaines dérives violentes. Le politologue français Vincent Geisser familier des questions politiques tunisiennes expliquait ainsi l’apparition de tels mouvements terroristes par la « stratégie de répression systématique des opposants » suivie par Ben Ali. Et c’est peut-être dans cet ordre d’idées que le gouvernement Caid Essebsi  a amnistié, en mars 2011, les auteurs des opérations de Slimane. Or dans la Tunisie postrévolutionnaire, il n’est plus question de répression, et la liberté d’expression est consacrée. Tout un chacun, à condition de respecter les règles de la démocratie, est libre de constituer un parti.

 

Entre Ben Laden et les Talibans
Or si Vincent Geisser et Rached Ghannouchi avaient raison, ces opérations armées, et l’idéologie salafiste sous-jacente qui leur sert de catalyseurs n’ont aucune raison de persister sur la scène tunisienne actuelle. La suite des événements a infligé un cinglant démenti aux tenants de ces théories. Nous attendons donc des responsables d’Ennahdha, et ce, au plus haut niveau, qu’ils expriment clairement et sans appel, leur condamnation de ces idéologies mortifères importées. Et si l’islamisme peut être soluble dans la démocratie, comme l’atteste le modèle turc si souvent cité en exemple par les Nahdhouis, le salafisme, lui, la voue aux gémonies. Peut-on, dès lors, permettre que des groupes qui affichent pour modèles Ben Laden, et les Talibans afghans, puissent prospérer, rassembler, organiser des réunions d’endoctrinement ? N’est-ce pas plutôt ce type de mouvements, qui s’en prennent à la sécurité des Tunisiens, qui devraient être visés par les imprécations d’un Sadok Chourou ?

Ennahdha est désormais aux commandes, et doit assumer pleinement ses responsabilités. Elle doit donc endosser le rôle que la gauche européenne a joué dans les années 1970-1980, dans son combat face à ses camarades de l’ultra-gauche. Plus question, donc, pour Rached Ghannouchi est ses frères, de tergiverser avec les ultras, qui débordent sur la droite de son parti. Il y va de l’avenir de toute la Tunisie.

 

Mag14 - 2/2/2012

 


 

Des partis condamnent les accrochages de Bir Ali Ben Khelifa

Dans un communiqué, le mouvement Ennahda a considéré les incidents de Bir Ali Ben Khelifa comme la « tentative d’un groupe terroriste d’introduire des armes à l’intérieur du pays dans le but de semer le trouble en Tunisie ».
 Le mouvement du renouveau (Ettajdid) n’a pas été en reste, alertant sur l’avancée du « courant salafiste », qui selon lui « prépare des actes de violences dans toute la Tunisie via la manipulation de citoyens », et demandant au gouvernement de prendre toutes les décisions nécessaires.
 Quant au Forum démocratique pour le travail et les libertés, il a appelé à son tour à « s’unir autour des institutions de l’Etat » afin de déterminer les auteurs de ces incidents qui en visent la stabilité.

Affrontements avec des salafistes à Seliana

Des témoins ont affirmé que des altercations avaient eu lieu, dans la matinée du 3 février, entre des citoyens et un groupe de salafistes au niveau de la mosquée de la ville de Seliana.
 Ces altercations seraient nées de la distribution de tracts appelant à ne pas fêter El Mawlid Ennabaoui (la naissance du prophète). Les salafistes estiment en effet que cette fête est étrangère aux préceptes de l’Islam.

 

Des salafistes marchent à Tunis

Après la prière du vendredi 3 février, une marche organisée par un groupe de « salafistes », est partie de la mosquée El Fath, au centre de la capitale, en direction de la place du gouvernement à la Casbah.
 Les protestataires brandissent des banderoles demandant que la prochaine constitution respecte la langue arabe, l’identité musulmane et la criminalisation des atteintes contre les symboles religieux.
 Ces intégristes affichent leur soutien au député de l’Assemblée constituante, Sadek Chourou, après ses déclarations à l’assemblée

 

Tunisie Kalima.info - 3/02/2012

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