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Publié le par Sassia

 


"A force de menacer l’Iran, l’Occident permet surtout au régime de jouer sur la corde nationaliste"

 

 

Après Israël, le Royaume-Uni et les États-Unis envisagent une attaque préventive contre l'Iran, en réaction à l'inquiétude croissante sur son programme nucléaire. Des menaces qui, selon le spécialiste de l'Iran Thierry Coville, aggravent le problème.

 

 

Atlantico : En réaction à l'inquiétude croissante que suscite le programme nucléaire iranien, le ministère de la Défense britannique envisagerait une intervention militaire aux côtés des États-Unis. Il serait question de frappes aériennes sur des installations ciblées, et du déploiement de navires dans la région. Quel crédit accorder à ces nouvelles menaces à destination de l'Iran ?

 

Thierry Coville : Ce n’est hélas pas nouveau. J’avais écrit avec un collègue un article consacré aux stratégies de la menace. Ces déclarations sont une manière de faire pression. Il est clair que l’ennemi iranien est très important pour Israël. Il n’y a rien de tel pour rameuter ses troupes sur un problème extérieur, c’est vieux comme le monde.

Je pense que les politiques que nos gouvernements conduisent ne mènent à rien. Les politiques occidentales visent surtout, dirait-on, à communiquer plutôt qu'à régler le problème. Alors, ou nos gouvernants ne connaissent pas l’Iran. Ou bien, connaissant l’Iran, ils désirent "pourrir" encore plus la situation, car l’Iran exploitera obligatoirement ces attaques pour renforcer le nationalisme de sa population.

A force de brandir la menace iranienne, le camp occidental permet au régime de jouer sur la corde nationaliste. Cela renforce le pouvoir au lieu de l’affaiblir. Et ce, alors qu’un mécontentement énorme grossit en Iran, où le régime traverse une crise identitaire depuis 2009.

Faut-il faire pression militairement ou économiquement sur l'Iran ?

Ni l’un ni l’autre ! Je pense que seule la négociation pourra nous sortir de cette crise. Les menaces économiques et les assassinats de scientifiques ne font que radicaliser la situation. Il devient ensuite impossible de négocier. J’ai l’impression que les pays européens et les États-Unis passent plus de temps à négocier entre eux pour savoir quelles sanctions ils vont appliquer à l’Iran, qu’à réellement négocier directement avec l’Iran.

Il y a quelques jours, une interview de Mohamed El Baradei (l’ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), NDLR) affirmait que tous ces problèmes se règleraient par la négociation. Il évoquait essentiellement la Corée du Nord et l’Iran, en insistant sur le fait qu’il n’y avait pas d’autre issue que la négociation.

Or, des négociations sont possibles : le Brésil et la Turquie avaient obtenu un accord… Avant que l’Europe et les USA ne leur marchent sur la tête… L’ancien ministre des Affaires étrangères de Lula a dit à l’époque : « On a l’impression qu’ils nous en voulaient parce qu’on avait réussi là où ils avaient échoué ! » C’est de ce niveau-là…

Pensez-vous que la bombe constitue la meilleure assurance-vie pour l’Iran ?

Il faut rappeler qu'il était de notoriété publique, qu'au temps du Shah, l’Iran avait débuté son programme nucléaire. Ce dernier a pris fin à la Révolution, sous l'ère Khomeini. Et il a sans doute été repris en 1985-1986, avec un objectif de dissuasion – comme pour la France. Depuis, personne ne sait réellement ce qu'il en est. Nous n’avons pas la preuve de la conduite d'un programme militaire. D’après les agissements iraniens, il semble évident qu’ils veulent pouvoir maîtriser le « seuil technologique », et construire une arme atomique rapidement.

Plus qu’une arme, le nucléaire est surtout un très bon fédérateur. Selon sa population, l’Iran ne doit pas céder sur le nucléaire, c’est devenu une cause nationaliste. Vous ne trouverez pas beaucoup d’Iraniens dans le monde – même les opposants au pouvoir du Mouvement vert ou les Iraniens de l’étranger - qui ne soient pas favorables au projet du nucléaire. 

 

Thierry Coville - chercheur à l'Iris

Atlantico - 4/11/2011

 


 

 

 

6/11/2011

 

L'Iran menace d'une riposte puissante en cas d'attaque

L'Iran répondra "de toute sa force" à toute agression ou même simple menace militaire de la part des Etats-Unis et d'Israël, a affirmé jeudi le guide suprême iranien Ali Khamenei, dont le pays est accusé d'avoir cherché à se doter de la bombe atomique.

 

Des responsables israéliens ont agité ces derniers jours la menace d'une attaque contre les installations nucléaires iraniennes, alors que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a fait part de ses "sérieuses inquiétudes" quant à une "possible dimension militaire" du programme nucléaire iranien.

"Les ennemis, en particulier les Etats-Unis, leurs valets, et le régime sioniste doivent savoir que la nation iranienne ne veut agresser aucun pays, mais répondra de toute sa force à toute agression (militaire) et même à toute menace, de sorte que les agresseurs seront détruits de l'intérieur", a déclaré l'ayatollah Khamenei lors d'un discours devant des officiers.

"Quiconque songe à une agression contre la République islamique d'Iran doit se préparer à recevoir des gifles puissantes et les poings d'acier de l'armée, des Gardiens de la révolution et du bassidj (milice islamiste)", a-t-il ajouté, selon son site officiel.

Selon lui, "le peuple iranien n'est pas un peuple à s'asseoir et à se laisser passivement menacer par des puissances matérialistes fragiles, qui sont dévorées de l'intérieur par des vers".

Le ministre de la Défense, Ahmad Vahid, cité par le site de la télévision d'Etat, a lui aussi averti que "les forces armées de la République islamique riposterait avec force à toute agression ou menace. Toute (action) par le régime usurpateur (d'Israël, ndlr) signera sa fin".

L'Iran est accusé par l'Occident et Israël de chercher à se doter de l'arme atomique, ce qu'il a toujours démenti. Mais dans son rapport mardi, l'AIEA a pour la première fois livré des éléments étayant ces soupçons.

Régulièrement menacé par Israël de frappes militaires contre ses installations nucléaires, l'Iran répond non moins régulièrement en affirmant sa détermination à frapper en retour l'Etat hébreu mais également les forces américaines dans la région.

Le président israélien Shimon Peres a récemment prévenu que la possibilité d'une attaque militaire contre l'Iran était "plus proche qu'une option diplomatique", et la presse israélienne a évoqué un débat sur cette question au sein du gouvernement israélien.

Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a toutefois déclaré qu'Israël n'avait "pas encore décidé d'une opération contre l'Iran". Et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a appelé la communauté internationale à "arrêter la course de l'Iran vers l'arme nucléaire".

A New York, le chef de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est dit partisan de négociations et non d'un recours à la force pour régler la crise du nucléaire iranien, selon son porte-parole.

Le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta de son côté n'a pas caché qu'il n'était pas favorable à une action militaire.

Une frappe contre l'Iran devrait être envisagée "en dernier ressort" car elle aurait un "grave impact" dans la région sans pour autant dissuader Téhéran de poursuivre son projet, selon M. Panetta. D'autant qu'elle ne retarderait le programme nucléaire que de trois ans tout au plus, estiment les Etats-Unis.

Des responsables américains, français, britanniques et allemands ont évoqué un renforcement des sanctions internationales après la publication du rapport de l'AIEA. La Russie et la Chine ont en revanche rejeté toute nouvelle sanction contre Téhéran, dont le programme nucléaire a été déjà condamné par six résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU dont quatre assorties de sanctions.

L'Union européenne a dit préparer un nouveau de train de sanctions qui ne sera probablement pas finalisé avant une réunion ministérielle lundi.

En visite à Moscou, le numéro deux du Conseil suprême iranien de la Sécurité nationale, Ali Bagheri, a affirmé que la Russie et la Chine partageaient l'avis de l'Iran sur le caractère "purement politique" du dernier rapport de l'AIEA.

Et le chef de l'Agence russe de l'énergie atomique, Sergueï Kirienko, a même affirmé que la Russie était prête à construire de nouveaux réacteurs nucléaires civils en Iran.

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