Internet bouleverse la rentabilité du tourisme

Publié le par Sassia

 

Agences de voyages en ligne, sites de vols et séjours «discountés» et e-intermédiaires de la réservation de billets captent une part croissance de la marge du secteur. Dans un contexte de crise, les acteurs traditionnels souffrent.

Les visiteurs du salon Top Resa, qui se tient cette semaine à Paris, vont parler Seychelles, Saint-Domingue ou Tunisie. Mais ces 25.000 professionnels et 1100 exposants vont également aborder les bouleversements provoqués par l'irruption d'Internet dans le secteur.

Réserver son hôtel, payer moins cher son billet d'avion ou son voyage entier: les acteurs «physiques» du tourisme, qui rencontrent leurs clients dans le monde réel, souffrent de plus en plus de la désintermédiation rendue possible par l'essor d'Internet. «19 millions de Français, soit 57 % des partants, ont préparé leurs vacances sur Internet entre juin 2011 et mai 2012», détaille Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme. Et de plus en plus passent directement à l'acte sur Internet. Selon SIA Conseil, les ventes de voyages en ligne ont atteint l'an dernier 15,8 milliards d'euros, sur un marché total de 74 milliards.

Tour-opérateurs, réseaux d'agences de voyages, transporteurs, tous les acteurs traditionnels sont victimes de la concurrence d'agences en ligne (tels Expedia et Opodo) et de sites de vente de voyage «discountés» (comme VoyagePrivé ou le dernier-né MyTravelChic.com).

Riposte des «dinosaures»

Parmi les nouveaux acteurs qui tirent leur épingle du jeu, un intermédiaire, Amadeus. «Nous mettons à la disposition de nos clients, agences de voyages traditionnelles et en ligne, les outils permettant de réserver leurs vols d'avions, leurs hôtels ou leur voiture de location», explique Georges Rudas, PDG d'Amadeus France.

En rendant accessible au plus grand nombre les compagnies «low-costs», Amadeus accentue la pression sur les compagnies aériennes traditionnelles et les agences et voyagistes qui prenaient une marge sur le transport. Ces derniers prenaient aussi des risques. «Les tour-opérateurs qui prennent des engagements sur l'année en nombre de sièges d'avions et de chambres d'hôtel prennent des risques face à des intermédiaires qui se contentent de mettre en relation», souligne Pascal de Izaguirre, le PDG de TUI France.

Le segment le plus touché est celui des agences de voyages. «Nous allons remplacer les marges de 16 à 20 % des agences et de 22 à 24 % des tour-opérateurs par une seule de 20 % environ grâce à notre mise en relation directe des clients avec les réceptifs locaux», relate Olivier Thery, qui vient de lancer Voyages-en-direct.com.

«Les marges ont baissé de façon vertigineuse ces dernières années, reconnaît Georges Colson, président du Syndicat des agences de voyages (Snav). En trois ans, nous avons perdu plus de 5000 emplois.» Même dans les domaines jusqu'à présent épargnés, les nouveaux acteurs prennent des parts de marchés. «Dans le voyage d'affaires, un nouvel entrant comme Egencia a vu son activité croître de 40 % l'an dernier et concurrence fortement les acteurs plus traditionnels», explique Bertrand Le Moigne, chez Sia Conseil.

Les «vieux dinosaures» n'ont toutefois pas dit leur dernier mot. «Nous ne sommes pas condamnés au déclin», affirme le PDG de TUI France. La parade? S'adapter, développer la puissance des sites Internet du groupe: «Alors que nous réalisons actuellement 17 % de nos ventes en ligne, l'objectif est d'atteindre 50 % dans cinq ans», déclare Pascal de Izaguirre.

Aubaine rêvée

Autre solution: vendre des produits différenciés et exclusifs pour se distinguer des produits banalisés écoulés sur les sites de ventes en ligne. «Il faut avoir un plus produit évident pour les clients, explique Didier Arino. C'est par exemple le cas de Club Med, qui bénéficie d'une forte image de marque.» Cela permet au Club de ne passer que par son site pour commercialiser ses produits sur Internet. Même démarche chez TUI: «Les séjours dans nos clubs Marmara, par exemple, ne sont pas distribués par Expedia», selon le patron du tour-opérateur, qui rappelle que les gisements de profits n'ont pas été balayés par les poids lourds d'Internet: «Nous réalisons les plus belles marges avec des voyages sur mesure, mais même avec nos clubs nous gagnons de l'argent.»

Surtout, les acteurs de l'Internet bénéficient de la situation économique difficile. «Demain, celui qui a accès au stock pourrait bien retrouver la main», constate Didier Arino. Une aubaine dont rêvent tous les voyagistes.

 

 

 

Le Figaro - 19/09/2012

 

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Les guichets de la SNCF dépassés par Internet

 

Le Web est devenu le premier canal de vente de billets de train. Dans quelques semaines, il représentera 50% du chiffre d'affaires de la branche Voyages. Des milliers de guichetiers vont changer de métier.

http://www.lefigaro.fr/societes/2012/01/18/04015-20120118ARTFIG00635-les-guichets-de-la-sncf-depasses-par-internet.php

 

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Après l'aérien, Amadeus s'attaque au rail

 

Le leader européen des systèmes de réservation a convaincu Trenitalia d'ouvrir la voie.

Amadeus, l'un des leaders mondiaux des systèmes de réservation dans le domaine du voyage et du tourisme, cherche à étendre son empire. Peu connue du grand public, cette entreprise espagnole, qui a traité en 2011 plus de 947 millions de transactions payantes dans l'univers du voyage, s'est imposée dans l'industrie du tourisme en par­ticulier dans l'aérien. En 2011, Amadeus a géré 464 millions de réservations dont plus de 400 millions auprès de compagnies aériennes.

À présent, Amadeus tente de dupliquer avec les entreprises ferroviaires ce qu'elle a réussi avec les compagnies aériennes.

Mardi, ce fournisseur de solutions technologiques a annoncé un accord mondial avec l'opérateur ferroviaire Trenitalia. Ce dernier va distribuer ses billets dans des dizaines de milliers d'agences de voyages. «Jusqu'alors nous étions surtout présents sur le marché italien, souligne Paolo Locatelli, le directeur des ventes internationales de Trenitalia. Désormais, nous sommes prêts à franchir un nouveau pas en réalisant des réservations dans le monde entier.»

Réseau agrandi

Grâce au réseau d'Amadeus de 91.000 points de vente dans le monde, un touriste résidant à l'autre bout de la planète pourra réserver et acheter des billets de train sur les lignes à grande vitesse (Frecciarossa et Frecciargento) de Trenitalia. «Nous espérons que cet accord, une fois que la solution sera entièrement déployée, va accroître nos ventes d'environ 30 %», souligne Paolo Locatelli. D'autres ­opérateurs ferroviaires tels que la SNCF ont déjà signé des accords commerciaux avec Amadeus. Mais alors qu'ils se limitent aux agences de voyages «physiques», celui conclu avec Trenitalia est total: toutes les agences en ligne et tous les comparateurs de prix air/rail pourront dès 2013 vendre des ­trajets en train sur le réseau de Trenitalia.

De son côté, Amadeus, très peu présent dans le ferroviaire, profite de cette première pour annoncer ses ambitions européennes en s'appuyant sur Amadeus Rail, ce système de réservation dédié au train défriché avec Trenitalia. La SNCF, qui possède déjà une agence de voyages en ligne intégrée (voyages-sncf.com), ne fera certainement pas partie des pionniers, mais d'autres opérateurs ferroviaires pourraient être tentés de confier à Amadeus la gestion de leurs réservations au risque de se priver d'une partie des recettes que les compa­rateurs et agences en lignes ponctionnent à chaque transaction. «L'existence d'un système de réservation à l'échelle européenne a du sens maintenant que les opérateurs ferroviaires cir­culent au-delà de leurs frontières d'origine dans des pays différents, explique Matthieu Laflèche, consultant chez Sia Conseil. Trenitalia, qui, aux côtés de Veolia, fait circuler Thello entre Paris et Venise, a tout intérêt à le faire connaître et à le vendre partout en Europe.»

 

Le Figaro - 26/06/2012

 

 

 

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