Peace and foot

Publié le par Sassia

 

Foot, violence et gouvernance


P
ar : Mustapha Hammouche - Liberté 5/06/2012

 

Samedi dernier, l’Algérie du football a remporté une très nette et indiscutable victoire sur le Rwanda. Elle s’apprête à remporter une autre victoire sur le Mali à Ouagadougou, une victoire tellement annoncée qu’elle sera retransmise en direct sur toutes les chaînes de notre télévision unique.
Le football a droit à tous les égards. Il a même le droit à la violence qu’on peut subir ou entendre dans les stades. Et qu’on peut aussi lire dans sa presse et ses pages “spécialisées”.
Pour l’amour du football, il est permis que le professionnalisme s’installe sur le système mafieux de l’amateurisme.
Tout cela est permis pour que nos aficionados puissent, certains soirs, exulter jusqu’au matin. Pas question de s’apitoyer sur le sort de jeunes qu’on manipule et auxquels l’orgueil du triomphe fait oublier la difficulté de leur condition. Il faut qu’un jeune soit suffisamment intégré à cette Algérie économique parallèle, faite de commerces pas toujours avouables, pour qu’il puisse ainsi chevaucher, pendant toute une nuit, armé d’objets pyrotechniques réputés “interdits”. C’est dans ce genre de communion que le pays de l’économie sous-terraine et le pays du pouvoir se rejoignent. Le premier “flambe” ses sous et le second se réjouit de voir son “peuple” en liesse.
Seulement, il est dangereux de croire que la foule, c’est le peuple. Belloumi vient de faire les frais de cette confusion : l’artiste adulé, un vrai celui-là, a raté le siège de député à Mascara même au profit d’illustres “inconnus”… de la galerie. C’est que la galerie ne vote pas ! Elle jubile ou chahute.
Les dirigeants aiment entendre les slogans rageurs et les klaxons étourdissants de la masse exaltée. Mais au loin, tout de même. Et tout ce qui y contribue est le bienvenu. À commencer par Nedjma, aujourd’hui. Après d’autres dont on veut maintenant faire oublier le sponsoring.
Mais, suprême danger, c’est la banalisation du de l’acte et du discours violent quand il est aussi de ce patriotisme “sportif”. En prélude au match Algérie-Rwanda, on pouvait lire une chronique d’un journal spécialisé intitulée : “Offrez-nous un génocide à Blida !” Inutile d’aller plus au fond d’un texte qui revendique un “génocide footballistique” en “mémoire de nos frères Hutus et Bosniaques” (à cause de Halilhodzic), suggérant que les Tutsis et les Serbes (à cause de la nationalité de l’entraîneur du Rwanda) seraient les ennemis des Algériens. Ce propos haineux qui nous engage dans des guerres finies pour leurs propres protagonistes a été rendu possible par ce patriotisme footballistique où l’indigence de l’argument le dispute à la substance obscurantiste et haineuse du message.
Dans n’importe quel journal “normal”, c’est-à-dire “surveillé”, parler ainsi de corde dans la maison d’un pendu aurait valu à son auteur un soulèvement de l’autorité et de la société bien-pensante réunies !
Mais la planète football dispose d’une espèce d’immunité pour services rendus : détourner l’ardeur juvénile à n’importe quel prix. Et si cela doit passer par des dégâts mentaux, qu’à cela ne tienne. Le principe est de faire passer cette exaltation des instincts pour une mobilisation citoyenne.
Et la ferveur des stades pour une célébration de la bonne gouvernance nationale.


M. H.
 

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