Hamiani, Hamiani et Abed Charef

Publié le par Sassia

 

23/02/2012  

Le patron des patrons algériens ne croit pas à un scénario à la tunisienne dans son pays. Malgré tout, il pointe un certain nombre de carences économiques, sources de frustrations pour la jeunesse.

 

Jeune Afrique : L’Afrique du Nord est en ébullition politique, sociale et économique. Quel regard portez-vous sur les événements en Tunisie et en Égypte ?

Réda Hamiani : D’abord, nous craignons tous que les changements brutaux apportent le chaos plutôt que la démocratie. Les Algériens applaudissent la fin des régimes durs, autoritaires et coupés des réalités. Mais si cela devait être le cas en Algérie, la majorité des citoyens aspirerait à une transition douce et préférerait faire l’économie de désordres et de dysfonctionnements prolongés. Nous sommes pour une respiration sociale qui exprime son mécontentement, mais par le débat, à travers la presse. Nous sommes pour l’expression populaire encadrée par les forces de l’ordre.

 

Redoutez-vous l’effet domino de la contestation ?

À la différence d’autres pays arabes, l’Algérie a un énorme potentiel financier qui peut apaiser la contestation, à condition que les revendications aient un caractère strictement économique. Grâce aux recettes pétrolières, le pays réinjecte tous les ans 10 milliards de dollars en transferts sociaux [environ 7,3 milliards d’euros, NDLR]. Aucun autre pays d’Afrique du Nord ne peut créer un système de solidarité de cette nature : logements gratuits, assurance chômage, dépenses de santé…

 

Le gouvernement a pris des mesures d’urgence. seront-elles suffisantes ?

La semaine passée, le gouvernement a reporté l’instauration du paiement par chèque pour des sommes de plus de 500 000 dinars [4 900 euros], une décision favorable à l’informel, qui est la soupape de sécurité pour les jeunes sans travail. Davantage de produits alimentaires profiteront du soutien des prix, et des instructions ont été données aux entreprises publiques pour recruter massivement. Cela atteste de la volonté du gouvernement d’apporter une réponse aux jeunes. Et une telle attitude constructive et consensuelle permettra une évolution plus douce. Si on y ajoute le dialogue, les craintes diminueront de voir ce qui se passe dans les pays arabes gagner l’Algérie.

 

Cela réglera-t-il le problème du chômage des jeunes ?

C’est vrai qu’en Algérie c’est un grave problème. Le taux de chômage des moins de 30 ans tournerait autour de 25 %. L’économie devrait créer 300 000 emplois par an pour absorber cet afflux de population. Mais avec une croissance annuelle de 4,5 % à 5 %, c’est impossible. D’où l’essor des emplois précaires. La croissance du pays devrait en fait se situer entre 7 % et 9 %. Pour y parvenir, il faut favoriser l’entrepreneuriat, c’est fondamental. Une étude récente a montré que sur cent diplômés, neuf trouvent du travail, cinq partent à l’étranger et tous les autres restent en Algérie et tournent en rond à la recherche d’un premier emploi. Il vaudrait mieux n’en former que la moitié et leur apprendre à créer une entreprise.

 

Comment expliquez-vous cette croissance molle ?

Il faudra bien un jour s’interroger sur le modèle de développement algérien. En moyenne, le taux de croissance en Afrique est de 5 % par an. Celui de l’Algérie devrait être deux fois plus élevé. Comment, avec les budgets pharaoniques consacrés à la dépense publique, ne fait-on pas mieux ? On bute sur la compétitivité économique du pays, qui ne réagit pas assez vite à l’injection de tout cet argent. L’argent ne fait vraiment pas tout. C’est pourquoi nous réclamons des transferts de savoir-faire et de compétences. Car plus il y a d’argent public injecté dans l’économie, plus il y a de gâchis et de corruption.

 

Pourtant, le rapport de janvier 2011 du FMI sur l’Algérie est assez favorable. Où sont les problèmes ?

Les fondamentaux se portent bien. Le PIB est passé de 55 milliards de dollars à 170 milliards depuis 2000. La croissance est de 5 % en moyenne, l’inflation est maîtrisée, la dette extérieure est effacée, la balance des paiements est positive, le chômage est contenu, avec un taux de 10 %, et l’État a mis plus de 300 milliards de dollars sur la table pour la période allant de 2010 à 2014 afin de remodeler les infrastructures. C’est le budget le plus important de dépenses publiques depuis l’indépendance. Mais il reste des zones d’ombre. Le pays est trop dépendant des hydrocarbures, avec 98 % des recettes externes. Le secteur privé est trop faible pour être une alternative au secteur public en proie à d’interminables restructurations depuis vingt ans. La dépendance alimentaire est trop importante : 75 % de ce qui entre dans l’assiette des Algériens est importé ! À cela s’ajoutent le poids de l’informel et l’accélération préoccupante de la corruption.

 

Ne faut-il pas aussi pointer la frilosité des entreprises algériennes dès qu’il s’agit de se frotter à la concurrence internationale ?

Depuis 2005, l’Algérie négocie pour la mise en place d’une zone de libre-échange avec l’Union européenne, qui a été repoussée de 2017 à 2020. En 2009, le pays a adhéré à la Zone arabe de libre-échange, qui réunit 22 pays. Le problème, c’est que l’Algérie n’a pas besoin de plus de commerce ou d’échanges, elle a besoin de développer son industrie. Les théoriciens de Bruxelles font fausse route en nous proposant une politique d’ouverture et de libéralisation des marchés, tant que notre industrie, notre agriculture et nos services ne seront pas suffisamment ancrés dans notre économie. Depuis dix ans, le libéralisme a étouffé l’industrie, qui ne représente plus que 5 % du PIB, contre 20 % en 2000. Il a conduit au développement anarchique et mafieux de l’informel.

 

Que proposez-vous ?

Le pic pétrolier est pour dans dix ou vingt ans. Il serait suicidaire de garder une économie rentière fondée sur le pétrole et le gaz. Nous avons besoin d’une économie diversifiée et de reconstruire l’industrie pour créer des richesses aux normes de qualité et aux standards internationaux.

 

Comment s’y prendre, concrètement ?

Nous voudrions créer des partenariats intelligents pour répondre aux appels d’offres de l’État pour la construction de routes, de barrages, d’écoles, d’hôpitaux… L’idée consiste à développer des mariages à trois qui nous permettraient d’acquérir les savoir-faire. Les entreprises algériennes apporteraient leur relationnel et le financement ; les entreprises européennes, notamment françaises, leur savoir-faire ; et les entreprises des pays émergents, Chine ou Turquie, qui cassent les prix avec leurs monnaies et leurs salaires faibles, leur capacité concurrentielle.



Jeuneafrique.com : Réda Hamiani : "Le potentiel financier de l'Algérie peut apaiser la contestation" |

 

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22/05/2012

 

Rédha Hamiani poursuit sa croisade. Inlassable lobbyiste, le président du Forum des Chefs d’entreprises (FCE) répète, encore et encore, les mêmes arguments pour défendre les entreprises privées algériennes, ne ratant aucune opportunité de rappeler les revendications des patrons algériens : améliorer le climat des affaires, faciliter l’acte d’investissement, réviser ou, à défaut, moduler la règle des 51/49.

http://maghrebemergent.com/entreprises/60-algerie/12425-redha-hamiani-inlassable-lobbyiste-du-patronat-algerien.html

 

 

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25/08/2012

 


Une enquête récente, portant sur 10.000 entreprises et menée à l'échelle mondiale, en 1999 et 2000, sous l'égide du Groupe de la Banque mondiale, identifie les principaux obstacles à la conduite des affaires mentionnés par les chefs d'entreprise dans les pays en développement. Les obstacles ont été classés en fonction de leur importance perçue sur une échelle comprise entre :

(«Pas d'obstacle») et («obstacle majeur»).On constate sans surprise qu'en moyenne les obstacles perçus sont plus importants dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Quatre éléments figurent en tête de la liste établie pour les pays en développement, avec une moyenne de 2,9: impôts et réglementations, difficultés de financement, inflation et instabilité ou incertitude politiques. Suivent la corruption, les problèmes relatifs aux taux de change et «la délinquance, les troubles et le vol», avec une moyenne de 2,6.

L'analyse de ces données pour tous les pays semble indiquer que l'investissement et la croissance économique sont liés à certains indicateurs essentiels de la qualité du climat de l'investissement.

On constate, par exemple, que les flux d'investissement direct étranger augmentent avec la prévisibilité du contexte économique et juridique, et diminuent en fonction des contraintes fiscales et réglementaires et de l'instabilité des taux de change. De même, la croissance du PIB dans les différents de pays présente une corrélation négative avec les contraintes fiscales et réglementaires en général, notamment les taux d'imposition élevés, l'administration de l'impôt et les procédures d'inscription au registre du commerce.

Plus généralement, le rythme de la croissance économique à long terme est étroitement lié aux coûts. Les petites entreprises — les jeunes entreprises notamment —, qui sont un élément essentiel du développement économique et social à long terme, sont particulièrement vulnérables à une mauvaise gestion publique .Elles souffrent plus que d'autres de politiques inadaptées et d'institutions inefficaces. Les sociétés plus importantes peuvent mieux se protéger, même si cette protection est onéreuse. Les petites entreprises n'ont souvent pas d'autre choix que de se réfugier dans l'économie informelle. Ainsi, les gouvernements qui découragent la création d'entreprises et obligent les PME à entrer dans la clandestinité économique freinent la création d'emplois et la mobilité sociale. Par ailleurs, les jeunes entreprises et les petites sociétés sont le vivier des classes moyennes; la fragilité de ces classes, dans la plupart des pays à faible revenu, est une entrave au progrès économique et social.

Curieusement, les gouvernements et les organisations internationales n'ont commencé que récemment à recourir systématiquement aux enquêtes sur l'environnement commercial qui, pourtant, donnent un diagnostic détaillé des problèmes et montrent clairement quelles mesures permettraient de renforcer l'effet favorable des entreprises privées sur le développement et la réduction de la pauvreté. Les institutions internationales qui apportent une assistance financière aux pays en développement pourraient utiliser des prêts à l'ajustement sectoriels conçus de manière à améliorer la conjoncture commerciale pour combattre la pauvreté. Ces prêts aideraient les gouvernements désireux et capables d'insuffler une vigueur nouvelle à leurs économies en s'attaquant aux intérêts catégoriels et en offrant ainsi aux gens davantage de possibilités de sortir de la pauvreté. Les mesures nécessaires à l'amélioration du contexte commercial offrent un cadre pratique à l'étude des problèmes de développement qu'affronte chaque pays. Elles constituent donc une composante essentielle d'une approche intégrale du développement, parallèlement aux programmes macroéconomiques et sociaux.

En tout état de cause, la relance de l'économie passe en priorité par la réhabilitation du travail comme valeur, comme outil d'amélioration du pouvoir d'achat et comme instrument de lutte contre le chômage et la pauvreté. Cet objectif suppose de lutter contre la pauvreté au travail. Il nécessite également une adaptation du système des prélèvements obligatoires, afin de le rendre plus incitatif et plus équitable et de l'adapter aux nécessités d'une économie ouverte et aux besoins des Algériens, qui doivent pouvoir transmettre le fruit de leur travail et souhaitent légitimement que celui-ci ait pour contrepartie une amélioration de leur pouvoir d'achat, y compris dans le domaine du logement. Telle est l'ambition de toute une population qui vise à donner corps aux engagements clairs pris devant elle par tous nos responsables.

 

Mohammed Toufik Hamiani : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5171996

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