Elections en Tunisie

Publié le par Sassia

Succés d'Ennahda (37% des voix) accentué par les dispositions de la nouvelle loi électorale. 

Une inconnue : le taux d'abstention serait calculé sur la base du nombre d'inscrits. Info sur le tableau à réactualiser.

 

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 Quel système politique et quelle loi électorale adoptera une Constituante dominée par Ennahdha ?

 

Au fur et à mesure que la journée du dimanche 23 octobre avançait, l’optimisme, voire l’euphorie, gagnait les esprits du peuple tunisien. Tout laissait entendre une grande réussite de la transition : l’affluence massive des électeurs aux urnes, l’ambiance bon enfant et l’absence de tout incident ou de toute autre forme de violence.
Et puis, la neutralité, la compétence, le dévouement et l’esprit méticuleux ayant marqué le travail de l’Instance supérieure laissaient prévoir un après-scrutin sans tache et sans nuage et que le verdict allait être accepté par tous avec une attitude zen et fair play.

Mais voilà que cinq jours après les élections et simultanément avec l’annonce des résultats officiels par Kamel Jendoubi en personne, ce dernier choisit ce moment précis pour révéler la chute de six listes d’El Aridha et l’annulation de huit de ses sièges.
Il ne fallait pas plus que cela pour Hachemi El Hamdi, d’abord, puis pour une partie de la population de Sidi Bouzid de mettre le feu aux poudres, ce qui a conduit à l’instauration du couvre-feu dans ce gouvernorat suite aux actes de vandalisme, d’agressions et d’incendies de plusieurs sièges officiels publics et autres privés.
Les appels à la raison et à la retenue se multiplient de la part des différentes formations politiques, mais un communiqué de l’ISIE expliquant les raisons de la chute des listes, preuves à l’appui, serait le bienvenu pour tempérer les ardeurs et convaincre l’opinion publique du bien fondé des décisions de l’Instance qui a fait preuve, jusque-là, de neutralité exemplaire.

En attendant que la situation se décante et s’apaise dans cet épisode que personne ne prévoyait, les temps sont à la lecture des résultats du scrutin et des enseignements à tirer pour les uns et les autres en prévision de la nouvelle étape transitoire d’un an qui nous attend et, probablement, même après.
Tout d’abord, il est important de mettre en relief la mobilisation et la discipline démontrées par le Parti Ennahdha tout le long de la campagne électorale avec des meetings et une présence systématique partout sur le terrain et le jour du scrutin avec une présence dans chaque bureau de vote d’un contrôleur de ce parti.
En ce même moment les autres partis se contentaient de réunions de salles de 200 à 300 personnes et de certaines pages de fans sur facebook, ce réseau communautaire qui a démontré ses limites criardes face à la réalité du terrain.

Les membres d’Ennahdha se sont adressés et ont récolté des voix chez toutes les franges de la société tunisienne aussi bien intellectuelles qu’au sein des classes moyennes et faibles, prouvant ainsi que la Tunisie est un tout : ce n’est pas uniquement la classe intellectuelle ou celle des Manazeh et de la banlieue nord, mais c’est aussi et surtout les quartiers populaires et les zones rurales et déshéritées.

L’autre leçon à tirer est celle de la dispersion des voix. D’abord, il y a le refus de d’opter pour des alliances pré-électorales. Ceci est expliqué, plausiblement, par le fait que chaque formation tient à connaître la réalité de son poids sur l’échiquier politique.
Mais là où le bât blesse, c’est dans la perte sèche de centaines de milliers de voix sans qu’aucun parti n’en profite. En effet, des dizaines de partis ont récolté bon nombre de voix dans les différentes circonscriptions sans que cela ne soit suffisant pour obtenir le moindre siège. A qui la faute ? A ces partis qui ont présenté des listes alors qu’ils étaient certains d’obtenir des miettes et à cette manie d’accorder des visas à des partis qui n’existent que sur le papier ! Ces voix « perdues » ont été grignotées, logiquement, aux dépens des partis démocratiques.

Les choses, étant ce qu’elles sont, l’heure n’est plus aux lamentations, mais au travail et l’imagination et la mise en place de nouvelles approches et visions pour ne plus refaire les mêmes erreurs. Car le prochain scrutin, c’est dans un an. C’est-à-dire, demain !

En ce laps de temps où la Constituante sera occupée par la rédaction du texte de la Constitution et où le prochain gouvernement sera pris par gestion des affaires du pays, les partis politiques sont amenés à mettre au point une stratégie qui tienne compte des défaillances enregistrées afin de retrouver leurs places sur la scène publique. Il y va de l’équilibre des forces en présence et d’éviter une domination, encore plus hégémonique. Car, les vainqueurs des prochaines élections, dans un an, seront installés sur le haut du « podium » pour cinq ans.
Ceci nous amène à poser des points d’interrogations quant à la nature du système politique à instaurer et à la nature de la loi électorale.

En effet, si pour cette fois-ci, les vainqueurs sont tenus, moralement, par un pacte signé par 12 partis à l’Instance de Ben Achour, qui les astreint à une durée limitée à un an et à composer avec les autres dans un gouvernement d’union nationale, il n’en sera pas ainsi après le futur scrutin.
Mais si les rédacteurs de la constitution auront, heureusement, les mains liées par certains principes qui les empêcheront de toucher aux acquis « sacrés » de modernisme, il n’en sera pas de même pour le choix du système politique.
D’ores et déjà, Ennahdha donne le ton en annonçant ses préférences pour un régime parlementaire pur, partant du fait que ce parti demeure, dans tous les cas de figure, super favori des prochaines élections législatives. Autrement, il aurait les coudées franches pour gouverner et légiférer.

Concernant la loi électorale, tout le monde sait que la loi ayant régi le dernier scrutin a été confectionnée au sein de l’Instance de Ben Achour sous l’impulsion des petits partis et des indépendants dans le dessein d’aboutir à une mosaïque à l’intérieur de la Constituante.
Or, tout le monde a constaté qu’avec un autre système électoral, même tels ceux appliqués dans les pays les plus démocratiques, Ennahdha aurait obtenu à lui seul, selon ses scores, une majorité de sièges plus que confortable.
Nous sommes curieux de voir, maintenant qu’Ennahdha est le premier parti, relativement majoritaire au sein de la Constituante, quelle loi électorale va être adoptée pour être appliquée lors des élections définitives ?!

C’est dire que, finalement, l’option pour une Constituante, est plus que bénéfique dans la mesure où elle offre un délai supplémentaire aux uns pour affiner leurs plans et aux autres pour rectifier le tir repartir du bon pied.
Mais il faudra, d’abord, désamorcer cette bombe et élucider l’énigme que constitue El Aridha pour le paysage politique et, surtout, pour la sécurité et la paix sociales.


Noureddine HLAOUI - Businessnews - 28/10/2011


Source : http://www.businessnews.com.tn/details_article.php?t=519&a=27378&temp=1&lang=

 

 

Proportionnelle mode d'emploi : http://www.jeuneafrique.com/Articles/Dossier/ARTJAJA2648p028-029.xml1/elections-tunisie-islamisme-electionconstituante-tunisienne-proportionnelle-mode-d-emploi.html

 

 

 


 

On est loin de la mobilisation massive. Des précisions...

 

Bilan des élections de la constituante

 

"Si nous rapportons le nombre de votants au nombre total d’électeurs, nous obtenons un taux de participation de 48.96% et une abstention supérieure à 50 %."

 

Oumma - 30/10/2011

http://oumma.com/Bilan-des-elections-de-la

 

 

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