El Harga par internet

Publié le par le blog de Sassia

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bouzedjar84 

14 Avril 2009,   Le Soir d'Algérie

 

D'autres, qui souffrent du vide et de l'ennui, y trouvent un bon moyen de tuer le temps, mais la majorité escompte, au gré d'une rencontre amoureuse virtuelle, un visa à la place d'une embarcation hasardeuse et suicidaire. Ce sont les «haraga» d'un autre type qui ont choisi le net comme «zone de transit» avant de passer du côté de la rive nord.

Peut-on définir le malaise social des Algériens ? Qu'est-ce qui fait que des milliers d'Algériens cherchent à fuir leur terre natale pour d'autres cieux ? Comment lutter contre la sinistrose à laquelle personne n'échappe y compris ceux qui ont une situation aisée ? Qu'est-ce qui a fait que le mot «visa» soit ainsi nimbé d'espoir et de plénitude comme si au bout du voyage, le bonheur attendait cet Algérien désespéré de son pays et de ses dirigeants ? Des questions auxquelles nous avons essayé de répondre même de manière timide.

Il faut reconnaître, néanmoins, qu'une simple enquête journalistique ne suffirait pas à lever le voile sur la situation sociale alambiquée que vivent notamment les jeunes et qui constituent plus de 70% des habitants. Si on part du postulat que la pauvreté est la cause essentielle de cette «fuite massive», on emprunte une mauvaise piste car le mal est plus profond.

Il touche même les classes moyennes. Si les plus téméraires ou ceux qui pensent que leur vie «ne vaut rien» dans leur pays confient leur sort aux passeurs en risquant d'être engloutis par la mer, ne reculent devant rien, ni le trépas, ni la prison qui les attend s'ils survivent, ceux plus conscients calculent le risque.

Ceux qui n'ont pas suffisamment d'argent pour constituer des dossiers aux frais onéreux que requiert un exil au Canada ou aux Etats-Unis, utilisent des moyens détournés comme les sites de rencontres sur Internet pour un mariage avec des étrangères, étrangers (les deux sexes sont concernés) pour accéder directement à la nationalité du pays du conjoint et surprise ça marche !

En tout cas comme nous l'avons constaté durant notre travail d'investigation, beaucoup ont réussi et il faut s'attendre à ce que ce phénomène se développe davantage, en attendant de trouver d'autres moyens de «harga» sans danger de mort.

 

Un mariage mixte à tout prix !

Ils sont nombreux à rêver de la belle blonde élancée «gratuite» qui leur ouvrira grands ses bras et avec qui ils pourront couler des jours heureux. Le fantasme de l'Occidentale libre et généreuse tout comme celui du bel oriental, brun ténébreux, viril et exotique fait recette dans l'imaginaire collectif et on voit de plus en plus de jeunes intéressés par un mariage mixte avec une Occidentale.

Pour les femmes, certaines dont la culture est plutôt francophone, rêvent de ce bel étranger aux yeux bleu azur, cool, romantique et tolérant qui viendra les délivrer du joug traditionnel familial. Cependant, elles butent sur la religion qui interdit à la musulmane d'épouser un non musulman, contrairement aux hommes qui ont ce droit.

Leur union n'est possible qu'après la délivrance par les autorités religieuses d'un certificat de conversion à l'Islam que doit, bien entendu, présenter le prétendant étranger avant la consommation du mariage.

Si certaines n'hésitent pas à franchir le rubicond en épousant des étrangers sans ce fameux sésame, beaucoup, par peur d'être reniées par leurs familles, se tournent vers l'Orient où il est plus facile de dénicher un musulman plein aux as quitte à le partager avec d'autres épouses.

«Et là, il y a beaucoup de demandes. Les Algériennes ont apparemment la cote !», c'est ce que nous a confié Iméne, étudiante en droit, que nous avons rencontrée dans l'un des cybercafés de la capitale. «Je suis en contact avec plusieurs «candidats», dit-elle, avec un rire léger, j’attends la meilleure offre avant de m'engager.»

A la question de savoir pourquoi elle se connecte, pour trouver un mari, estce qu'il n y a pas d'hommes en Algérie ? Elle prend un air sérieux en expliquant que les Algériens ne sont pas intéressants. «Si tu tombes amoureuse d'un jeune, tu passeras ton temps à te balader avec lui au parc de Ben Aknoun où à le retrouver dans un salon de thé tous les jeudis.

Et ça peut durer très longtemps. Quant au mariage, c'est du domaine de l'impossible sans logement et sans stabilité. Moi, sincèrement je n'ai pas envie d'habiter avec les beaux-parents, je sais, rien qu'en regardant ceux qui l'ont fait je vais souffrir. Le mariage en Algérie dans ces conditions est synonyme de problèmes.

Il n’y a que les hommes mariés d'âge mûr qui peuvent t'offrir un certain confort et encore !» Elle cite le cas d'une copine à elle qui sort avec un homme marié depuis deux ans et qui ne l'a pas encore épousée. Et de poursuivre : «Je n'ai pas envie de me retrouver avec un vieux qui n'est intéressé que par le sexe.

C'est la vérité en Algérie, vous voyez où nous en sommes arrivés, la perspective de rester vieille fille fait peur alors la solution, c'est de chercher ailleurs, ce qu'on ne peut pas trouver ici.» Les jeunes filles qui réfléchissent comme Imène sont légion.

Elles rêvent, elles aussi, d'une vie meilleure, même si le prince charmant a changé de look dans leur esprit et s'il porte un turban et les poches de la djellaba pleines de billets !

La cybermania est le terme juste pour désigner ce commerce juteux qui est en train de détrôner les fast-foods à tel point qu'on peut retrouver plusieurs cybercafés côte à côte dans une même ruelle comme c'est le cas à la rue Hassiba-Ben-Bouali où ces espaces connaissent un va-et-vient incessant.

Dans plusieurs de ces lieux, on a accroché des écriteaux du genre «la maison ne fait pas de crédit ». A la question de savoir pourquoi une telle condition, l'un des employés nous explique que «des jeunes passent plus de temps dans les cybers à tchater que chez eux et quand ils s'oublient, la note explose et souvent, ils n'ont pas de quoi payer.

Si on laisse faire, c'est la ruine !» s'exclame-t-il. La connexion, même si souvent elle est mauvaise ou lente, ne dissuade pas les internautes. Le mois passé qui a vu une coupure dans la connexion à Internet a été infernal pour eux. Ils avaient ainsi des difficultés à contacter leurs dulcinées.

Pour Hakim qui gère un cybercafé à Alger, le site le plus visité est le tchat. Il affirme que plus de 90% des personnes jeunes et moins jeunes qui s'y connectent, c'est pour faire la rencontre de leur vie. «Ils veulent tous partir et ils savent qu'ils sont condamnés à moisir au bled sans travail et sans logement alors ils tablent sur un mariage mixte grâce à Internet. Vous savez, c'est pour avoir des papiers pour vivre en toute légalité.»

On passe des heures devant son écran avec l'idée fixe de trouver la perle rare. Il y a également ceux qui cherchent juste un certificat d'hébergement, histoire de voir comment se présentent les choses et s'ils peuvent émigrer sans passer devant monsieur le maire.

Ceux-là sont peu nombreux car la plupart ne s'embarrassent pas de sentiments pour se marier. L'amour, même si au fond c'est la quête de tout le monde ne semble pas être une nécessité absolue. Pour éviter des déceptions sur le plan physique, beaucoup d'internautes utilisent la web caméra qui permet de voir leur vis-à-vis et aussi de se mettre en valeur et de mettre en avant leurs atouts de charme.

Pour Tahar, comptable de trente-deux ans, un féru du tchat, «l'essentiel, c'est de se tailler d'ici, on n'a aucun avenir ici, affirme- t-il. A mon âge, je ne peux pas prétendre à un appartement et même les soi-disant dispositifs que le gouvernement a mis en place pour l'acquisition d'un logement, c'est de la poudre aux yeux. Il faut beaucoup d'argent. Les mariages en Algérie coûtent cher et les filles sont trop exigeantes».

Il nous confie qu'il correspond avec une Suissesse qui va venir lui rendre visite au mois de juillet. Elle le dépasse de dix ans mais il s'en fout. Pour lui, c'est clair, il se mariera avec elle. D'ailleurs, son frère, parti à Lyon en France pour étudier y est resté et a épousé une Française de 45 ans, divorcée avec un enfant.

Lui, il en a 29 «Il a eu ses papiers et il vit bien», nous dit-il. A l'étranger, poursuit-il, «il y a la justice, la liberté. Ici, tout le monde t'insulte, du planton au policier, ce qui nous manque, ce sont le respect et la considération». Certains internautes se sont mis à apprendre des langues étrangères pour avoir plus de choix comme l'anglais, l'italien ou encore l'espagnol.

C'est le cas de Ramzi, un jeune étudiant en sciences commerciales, plutôt beau gosse «moi, j'aime les Italiennes, dit-il avec désinvolture, je suis en contact avec deux «bombes». Je n'ai pas encore fait mon choix, j'irai peut-être cette année, je verrai sur place». Pour communiquer avec elles, il a appris l'italien qu'il peaufine de jour en jour.

C'est dire que les Algériens prennent très au sérieux leur entreprise de départ. D'un autre côté, ces derniers temps, on voit de plus en plus d'Occidentales se rendre en Algérie pour rencontrer leurs amis de l'Internet.

Des centaines de jeunes sont ainsi «embarqués» par elles et vu la difficulté à obtenir un visa, cela est perçu comme un miracle qui se réalise. La presse nationale fait état, chaque jour que Dieu fait, d'Occidentaux qui se convertissent à l'Islam et épousent des Algériennes.

D'ailleurs, des cas de mariages mixtes ont eu lieu grâce à l'internet dans différentes régions du pays mais Oran et Tizi-Ouzou semblent être les deux villes qui détiennent les premières places, nous dit-on.

 

«Les Algériens vivent une sexualité virtuelle»

Les cybercafés des grandes villes et même des petits villages, qui sont devenus tout aussi coutumiers, affichent constamment complets. Il y a même des formules d'inscription et d'abonnement forts intéressantes et juteuses vu l'engouement que suscite l'Internet auprès d'un public avide de départ et d'aventure.

De jour comme de nuit, ces espaces virtuels ne désemplissent pas. A 60 DA l'heure, on tchate et on surfe sans complexe aucun. Mais ce qui nous a frappé, c’est cette tendance qu'ont des internautes à consulter des sites pornographiques. Il y a la formule de nuit qui intéresse exclusivement les hommes qui ont droit à un tarif spécial nuit blanche. Comme les femmes ne peuvent pas sortir la nuit, il n’y a aucun risque d'en voir une venir déranger leur quiétude.

On l'appelle la connexion non-stop. Cette formule est alléchante car elle permet aux internautes de s'en donner à cœur joie. Ils laissent libre cours à leurs fantasmes sexuels. Ce sont surtout les sites érotiques qui sont les plus visités durant ces nuits de délires... Cela ne veut pas dire que dans la journée, les jeunes hommes ne s'adonnent pas à ce genre de curiosité.

D'ailleurs, lors de notre enquête, nous avons surpris, une matinée, un gérant d'un cybercafé à la rue Larbi Ben-M'hidi demandant à un jeune homme, d'une trentaine d'années, de quitter les lieux après que ce dernier eut malencontreusement laissé échapper des gémissements de plaisir de son ordinateur. Des jeunes filles, qui avaient alerté le gérant, avaient compris que le jeune en question était en train de mater une scène pornographique.

Le jeune homme embarrassé, s'exécuta et tête baissée, paya sa note et partit les jambes à son cou. Les mœurs ont changé et des phénomènes qui étaient étrangers à la société algérienne apparaissent, de façon inquiétante. Le Dr Boulbina compte organiser un séminaire à Timimoun au courant de ce mois, ayant pour thème «La santé et la sexualité des Algériens».

Cette rencontre, qui regroupera, selon notre interlocuteur, des chercheurs dans le domaine, des médecins, des sociologues et des historiens, a fait l'objet d'un travail de fond depuis plusieurs mois avec la campagne médiatique lancée pour établir une étude exhaustive sur la question.

Pour lui, «les Algériens vivent une sexualité virtuelle. D'abord, la parabole qui montre des images complètement en décalage avec ce qu'ils vivent, le téléphone portable qui est également un outil qui réunit de multiples fonctions.

Avec les nouveaux appareils équipés de caméras, les gens s'échangent des images et des vidéos suggestives et même érotiques, il y a bien entendu l'internet qui présente une liberté totale et absolue.

Le grand problème est que les frustrations sexuelles notamment des jeunes, ne sont pas prises au sérieux. Ils sont ainsi à l'affût de la moindre ouverture qui leur permet de s'exprimer et le phénomène de la harga est accentué par ces frustrations. Les canaux d'expression comme la télévision ne jouent pas leur rôle dans l'analyse des maux sociaux. Il y a beaucoup d'hypocrisie. La censure est omniprésente et même le cinéma a été atteint par cette censure.

Je vous citerai le cas d'un film qui s'appelle le Diable au corps, l'affiche de ce film montrait une femme avec des seins nus, l'Office national du film n'a pas trouvé mieux que de couper l'affiche en ne gardant que la tête de la femme». Il ajoute : «Pourtant, l'Islam est très clair, il n’y a pas de honte dans la religion. J'irai plus loin, aucun livre sacré ne parle de sexualité que le Coran. C'est ainsi que le mariage lui-même est assimilé à l'acte sexuel.»

Et de conclure : «Tant qu'on s'obstine à éluder les véritables problèmes liés au logement, au travail, à la dignité, à la liberté d'expression, on verra des phénomènes dangereux prendre de l'ampleur. »

 

Publié dans Think Global

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