Le goût des autres

Publié le par le blog de Sassia

 Un cannibale, une cannibale, des cannibaux....

 

 

Les alligators mangent leurs enfants pour contrôler leur population

 

 

Une étude montre que le cannibalisme enfantin est répandu chez les alligators, et peut-être même utilisé pour réguler la population.

6 à 7 % des jeunes alligators sont dévorés par leurs congénères chaque année. Ce cannibalisme a été mis en évidence dans le lac Orange, en Floride, et publié dans la revue Herpetology.

Comment sait-on qui mange qui dans une population alligator ? Difficile, car un alligator ne laisse vraiment rien après avoir dévoré quelque chose, et mange trop pour qu’on puisse faire le tri dans son estomac. La technique des chercheurs est de marquer la patte arrière-droite des alligators à l’aide d’une balise, que l’on peut détecter ensuite aux rayons X. Si l’individu est dévoré, la balise se retrouve dans le ventre du cannibale. Qui les accumule s’il récidive.

Ces données ont été prélevées entre 1981 et 1987 sur des alligators abattus par des chasseurs. Mais pour les exploiter, il fallait comprendre un peu mieux leur ingestion. C’est ce que l’équipe de Michael Delany a fait : après 588 jours, sur un groupe-test de 10 alligators qui avaient dévorés 5 balises chacun, ils ont constaté que 76% des balises étaient encore présentes dans leur estomac. Cette perte très faible permet de repenser les résultats des années 80.

Dans le lac Orange, 56 balises ont été retrouvées dans l’estomac de 33 alligators sauvages. L’un avait 14 balises à lui tout seul ! 28 autres des alligators n’en avaient qu’une, et n’avaient donc mangé qu’un seul de ses camarades. L’identification des balises a permis de remonter à leur précédent propriétaire… qui s’avère dans 91% des cas avoir moins de 3 ans. De très jeunes enfants, pour cette espèce qui vit en moyenne une cinquantaine d’années.

Le cannibalisme est du coup une source importante de mortalité chez les jeunes alligators. Il est possible que ce soit un mécanisme de régulation de la population. L’intensité du cannibalisme dépendrait alors de la démographie et des conditions environnementales locales. Un paramètre à prendre en compte lorsque le lac est pollué, où au contraire que l’on veut repeupler un espace.

Le cannibalisme est un terme issu d’une déformation linguistique, par Christophe Colomb, de la terminologie Arawak (Amérindiens des Antilles) « caribal » qui signifie « courageux ». Chez les animaux  c’est est une pratique commune. Le cannibalisme se développe dans divers contextes incluant l’infanticide, l’accouplement et les parades nuptiales, l’oophagie (consommation d’œufs), les interactions compétitives, la conquête d’un nouvel environnement et, chez les humains, dans le cadre de rituels.

Fabien Nicolas
Sciences et Avenir.fr
08/06/11

 

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