De la hiérarchie des compétences en compagnie spécifique

Publié le par le blog de Sassia

 
par M. Saadoune - Le Quotidien d'Oran

 

Pour la plupart des Algériens, le droit de grève ne se discute pas. Ils l'ont montré en exprimant leur sympathie aux mouvements de grève lancés par des syndicats autonomes. Mais pour la plupart des Algériens, les hôtesses de l'air et les stewards ont été très mal avisés de lancer leur seconde grève en moins d'un mois en pleine période du grand rush vers le pays des Algériens vivant en Europe et principalement la France.

 Le spectacle de familles entières perdues dans les salles d'aéroports a été dévastateur. C'est l'une des rares fois où l'opinion publique algérienne n'a pas choisi le «travailleur» contre le «patron». Les PNC passent aux yeux des Algériens pour des «privilégiés» aux exigences «extravagantes» qui prennent de paisibles voyageurs algériens en otages. Même si l'on est dans un pays où l'opinion ne pèse pas beaucoup, les PNC ont perdu, très rapidement, la bataille de la sympathie. Et selon nos informations, le jugement des autres catégories de personnels de la compagnie vis-à-vis des PNC est encore plus sévère.

 Il y a en effet des informations essentielles à connaître pour se faire une idée juste de la portée de la revendication d'une hausse de 106%. Selon nos sources au sein de la compagnie, les PNC ont, suivant le nombre d'heures de vol, des salaires situés entre 50.000 et 100.000 dinars, avec en sus une prime mensuelle de 200 euros.

 Les personnels navigants commerciaux réclament par ailleurs un même «traitement» que les pilotes en termes de temps de récupération et de programme de travail. Des hôtesses et des stewards peuvent-ils réclamer un alignement sur les pilotes ? Sans porter de jugement moral où faire appel au bon sens, ni invoquer les diplômes, la formation et le poids des responsabilités, il faut établir un constat de marché : les pilotes algériens peuvent trouver de l'emploi ailleurs qu'en Algérie, on ne peut pas en dire autant des stewards et des hôtesses algériens.

 Ces éléments, inconnus du grand public, sont, à l'inverse, bien connus au sein de la compagnie. Les personnels techniques ont, selon nos informations, signifié à la direction de la compagnie et à qui voulait bien les entendre, qu'ils n'ont pas de revendications salariales immédiates mais qu'ils réagiraient à une éventuelle augmentation accordée aux PNC. On imagine clairement la difficulté pour la direction d'Air Algérie : satisfaire les demandes des personnels navigants commerciaux risque d'alimenter à haut débit le tonneau des Danaïdes des exigences salariales.

 Il est clair qu'au sein d'une entreprise qui a été très longtemps «spécifique» et qui semble le demeurer, la question du respect des hiérarchies des compétences ne peut plus être différée. La grève des PNC et leurs exigences choquent, le mot n'est pas trop fort, ceux qui estiment avoir plus de bagage technique, être d'un apport déterminant à la vie de la compagnie et porter sur leurs épaules d'autres responsabilités.

 En décidant de reprendre le travail contre l'engagement d'une levée des mesures de licenciements, les PNC sauvent peut-être la face, mais ils sont très mal vus par les autres catégories de personnels de la compagnie.

 Air Algérie, qui souffrait déjà d'une image détériorée, le respect élastique des horaires figurant en bonne place dans les légitimes récriminations des usagers, vient de vivre quatre jours des plus désastreux pour son image. Ils sont nombreux parmi les milliers de voyageurs qui se sont retrouvés dans le désarroi le plus total durant ces quatre jours de grève à se promettre de ne plus prendre de «risque» avec Air Algérie.

 Même si tous ces voyageurs en colère ne mettent pas à exécution cette «promesse», la compagnie publique a terriblement dégradé une réputation déjà peu reluisante. Et c'est bien l'enseignement majeur de ces journées de crise : Air Algérie ne peut sortir du marasme que si elle cesse d'être une compagnie «spécifique».

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