Ce matin sur France Inter

Publié le par Sassia

 

 Eric Maurin 

 

Qui sont donc les classes moyennes ?

 

 
le 25 janvier 2012


 Les classes moyennes occupent le débat public. Mais de qui parle-t-on exactement ? Le concept est plus que flou. Quelques éléments pour tenter d’y voir plus clair.

 

Par Valérie Schneider et Louis Maurin de l’ Observatoire des inégalités.

 

Le concept de classes moyennes est vague. Les "classes moyennes supérieures" sont le plus souvent des couches aisées rebaptisées moyennes pour justifier les politiques de réduction d’impôts sur le revenu. On a ainsi intégré dans les "classes moyennes", des personnes seules ayant un revenu mensuel de 4 000 €, faisant partie des 5 % les mieux rémunérés.

Comme pour la pauvreté, il n’existe pas de définition objective des classes moyennes. Libre à chacun de placer la barre où il l’entend. Jusqu’où aller ? Parler de "moyennes", pour des catégories situées parmi les 10 %, voire les 5 % les plus aisées, n’a pas grand sens. Quasiment toute la société devient moyenne, vidant de tout intérêt la hiérarchie sociale ainsi constituée.

Pour clarifier le débat, l’Observatoire des inégalités reprend le découpage suivant, identique à celui utilisé par le Crédoc [1].

- Les 30 % les plus démunis composent les catégories "modestes".

- Les 20 % les plus riches composent les catégories "aisées".

- Les classes "moyennes" se situent entre les 30 % les plus démunis et les 20 % les mieux rémunérés. Elles représentent 50 % de la population.



A quelle catégorie appartient-on selon son niveau de vie ?



Si l’on considère les revenus après impôts et prestations sociales (données 2008), on obtient les seuils suivants :



 

Les limites de cette définition



- Les bornes utilisées sont subjectives, mais c’est le cas de toute définition. Elle n’est ni plus ni moins subjective que la définition que donne l’Insee de la pauvreté, pourtant largement reprise. [2]. Dans le tableau ci-dessous nous donnons les éléments les plus fins disponibles. Malheureusement, l’Insee ne diffuse pas de données sur les niveaux de vie par tranche de 1 % ou 5 %. Notre découpage est très rudimentaire. Nous pourrions par exemple sans doute élargir l’ensemble des catégories modestes et restreindre la partie des catégories aisées aux 15 % les plus riches. Nous n’utilisons pas ici la notion de "richesse". Nous aurions pu, par exemple, choisir comme seuil de richesse le double du revenu médian [3], soit 3 000 € pour une personne seule.



- Il ne s’agit pas d’une définition "sociologique" des groupes sociaux, elle ne tient aucunement compte d’autres éléments, comme le niveau de diplôme, le statut de l’emploi, etc.., qui peuvent influencer la position sociale. Il ne s’agit que d’une vision "monétaire" de la hiérarchie sociale.



- Cette définition utilise des données après impôts. Elle est plus proche des véritables niveaux de vie, mais s’éloigne des revenus perçus effectivement, notamment pour les plus aisés.

- Nous ne tenons pas compte du coût du logement. Le locataire d’un appartement à Paris aura, après loyer, un niveau de vie très inférieur à celui d’une ville moyenne de province. Un studio de 20 m2 par exemple coûte au minimum 500 € mensuel à Paris, contre moitié moins dans d’autres villes.



- Les écarts sont considérables au sein des catégories "aisées", entre le cadre moyen dont le niveau de vie équivaut à 2 200 € mensuel (surtout s’il vit à Paris) et les dizaines de milliers d’euros que peuvent toucher quelques cadres dirigeants.

 

Lire aussi :



- "Les classes moyennes font du surplace", entretien avec Régis Bigot

- "Les classes moyennes se sentent menacées par le chômage", entretien avec Régis Bigot, du Crédoc.

- Les classes moyennes en quête de définition



Source : Observatoire des inégalités - 25/01/2012




 

En marge : Hollande en visite dans l'Ariège, Sarkosy aussi...



http://lci.tf1.fr/economie/social/incidents-en-marge-d-un-deplacement-de-sarkozy-en-ariege-6938026.htmlhttp://www.michelteychenne.net/article-billet-d-humeur-fran-ois-l-ours-l-ariege-et-les-autres-83243602.html

 

 RIRE

Les catégories sociales dans les régions et les départements

 

 

La région Île-de-France compte 25,7 % de cadres supérieurs, la Basse-Normandie 9,3 %. Le paysage social des territoires français n’est pas homogène.

Le paysage social de la France est aussi varié que son environnement naturel. Certaines régions sont marquées par la tradition industrielle : la part des ouvriers y est plus importante qu’ailleurs. C’est le cas par exemple en Franche-Comté (32,5 %), en Champagne-Ardenne (31,2 %), en Alsace (30,2 %) ou en Lorraine (29,8 %).

La centralisation française persiste : l’Île-de-France attire toujours les centres de décisions. Elle comprend près de 26 % de cadres supérieurs contre moins de 10 % en Basse-Normandie, par exemple. Par contre, les services sont relativement bien répartis sur le territoire : la part des employés et des professions intermédiaires, qui en constituent les gros bataillons, diffère peu selon les régions (de 27,1 % en Franche-Comté à 30,9 % en Poitou-Charentes pour les employés, de 21,2 % en Champagne-Ardenne à 26,1 % en Île-de-France pour les professions intermédiaires).

Dans certaines zones, l’emploi agricole a quasiment disparu : l’Île-de-France (0,2 % d’agriculteurs exploitants) mais aussi l’Alsace (0,8 %) ou le Nord-Pas-de-Calais (0,9 %).

Les départements d’Outre-mer présentent un paysage social différent de celui de la métropole. Si le taux d’ouvriers est plus important à la Réunion (27,7 %), il est quasiment équivalent à la moyenne nationale en Guadeloupe (21,6 %) ou à la Martinique (23,8 %), par exemple. La part d’employés est quant à elle supérieure dans ces territoires, de 33 % en Guyane à 38,2 % à la Guadeloupe. Les cadres supérieurs sont par contre moins nombreux : de 7,6 % à la Réunion à 9,5 % en Guyane, contre 14 % sur l’ensemble de la France.

Ces données méritent d’être analysées de façon plus fine au niveau local pour faire apparaître encore d’autres variations de la composition sociale. Si l’on considère l’échelle des départements, Paris, les Hauts-de-Seine, les Yvelines, le Val-de-Marne, par exemple, concentrent un très grand nombre d’activités tertiaires. La proportion de cadres supérieurs y est plus importante qu’ailleurs, respectivement de 22,8 %, 17,9 %, 13,8 % et 11,1 %. Ces départements, peu ou plus industrialisés, ont les taux d’ouvriers dans la population les plus bas.

A l’inverse les ouvriers sont davantage présents en Haute-Saône (15,7 %) où le secteur industriel occupe un poids important dans l’économie, dans les Vosges (15,6 %), avec la présence d’industries de la mécanique, des métaux, de l’équipement automobile mais aussi de matériel électronique, en Vendée (15,4 %) avec des activités diversifiées comme l’agroalimentaire, la production de biens d’équipement, la construction navale.

 

Source : Observatoire des inégalités - 17/01/2012






 

 

 

Quel revenu pour quelle catégorie selon le type de ménage ?
   
Pour une personne seule Seuils
Les catégories modestes de 0 à 1 163 €
Les classes moyennes de 1 163 à 2 127 €
Les catégories aisées 2 127 € et plus
   
Pour un couple sans enfant Seuils
Les catégories modestes de 0 à 2 174 €
Les classes moyennes de 2 174 à 4 068€
Les catégories aisées 4 068 € et plus
   
Pour un couple avec deux enfants Seuils
Les catégories modestes de 0 à 3 057 €
Les classes moyennes de 3 057 à 5 174 €
Les catégories aisées 5 174 € et plus
   
Source : Observatoire des inégalités, d’après l’Insee - données 2008

 

 

Les revenus* mensuels par type de ménage
Unité : euros
   
Personnes seules
Couples sans enfant
Couples avec deux enfants
Catégories modestes De 0 à 10 %, touchent moins de ... 798 1 587 2 197
  De 10 à 20 %, touchent moins de ... 999 1 917 2 686
  De 20 à 30 %, touchent moins de... 1 163 2 174 3 057
 
Catégories moyennes De 30 à 40 %, touchent moins de ... 1 295 2 432 3 352
  De 40 à 50 %, touchent moins de ... 1 431 2 721 3 638
  De 50 à 60 %, touchent moins de ... 1 598 3 039 4 002
  De 60 à 70 %, touchent moins de ... 1 810 3 433 4 458
  De 70 à 80 %, touchent moins de ... 2 127 4 068 5 174
 
Catégories aisées De 80 à 90 %, touchent moins de ... 2 686 5 121 6 637
  De 90 à 95 % touchent moins de... 3 373 6 564 8 019
* après impôts et prestations sociales
Source : Insee. Année des données : 2008
Et les autres types de familles ?

Nous n’avons pas présenté l’ensemble des configurations familiales, notamment les familles monoparentales et les familles nombreuses. Pour calculer les seuils, il suffit de prendre les valeurs pour une personne seule, de multiplier par 1 + 0,5 par personne de plus de 14 ans et 0,3 pour les moins de 14 ans [4]. Par exemple, pour un couple et trois enfants de moins de 14 ans, le seuil qui sépare les catégories modestes et les classes moyennes est de 1 163 € x (1+0,5+0,3+0,3+0,3)= 1 163 € x 2,4 = 2 791 €

 

La composition sociale des territoires et les inégalités
Comment expliquer les inégalités territoriales ? Une partie des écarts qui existent entre les régions n’ont rien de spécifiquement régionaux mais sont liés à la composition démographique et sociale du territoire : l’âge ou le milieu social. Ainsi par exemple, les inégalités d’éducation dépendent bien moins de traits culturels régionaux que de la part d’ouvriers ou d’employés dans la population.
Répartition des catégories sociales par région
Unité : % 
  Agriculteurs exploitants
Artisans, commerçants et chefs d'entreprise
Cadres, professions intellectuelles supérieures
Professions intermédiaires
Employés
Ouvriers
Alsace 0,8 4,5 12,9 23,8 27,7 30,2
Aquitaine 2,9 6,8 12,1 23,5 30,5 24,3
Auvergne 4,6 6,6 9,9 22,3 29,6 26,9
Basse-Normandie 3,8 6,2 9,3 21,8 29,8 29,1
Bourgogne 3,1 6,0 10,0 22,1 29,6 29,2
Bretagne 3,6 6,0 12,0 23,3 28,4 26,7
Centre 2,2 5,4 11,5 23,2 29,7 28,1
Champagne-Ardenne 3,7 4,8 9,6 21,2 29,5 31,2
Corse 2,3 9,6 9,8 21,2 35,9 21,2
Franche-Comté 2,2 5,2 10,5 22,6 27,1 32,5
Haute-Normandie 1,3 5,0 10,9 23,5 29,3 30,0
Languedoc-Roussillon 2,6 8,0 12,0 23,8 31,8 21,9
Limousin 5,0 6,6 9,8 22,6 30,4 25,6
Lorraine 1,3 4,4 10,7 22,7 31,2 29,8
Midi-Pyrénées 3,7 6,7 14,8 24,6 28,9 21,3
Nord-Pas-de-Calais 0,9 4,2 11,1 23,6 30,1 30,1
Pays de la Loire 3,0 5,4 11,2 23,0 28,2 29,2
Picardie 1,7 4,6 10,2 22,7 29,6 31,2
Poitou-Charentes 3,8 6,5 9,8 21,7 30,9 27,3
Provence-Alpes-Côte d'Azur 0,9 7,6 14,0 24,7 32,5 20,4
Rhône-Alpes 1,5 6,3 14,5 25,7 27,6 24,4
 
Province 2,2 5,9 11,9 23,6 29,7 26,7
 
Ile-de-France 0,2 4,5 25,7 26,1 28,1 15,3
 
France métropolitaine 1,9 5,6 14,8 24,1 29,2 24,3
 
Guadeloupe 2,2 9,2 7,9 20,8 38,2 21,6
Guyane 1,9 10,8 9,5 22,2 33,0 22,5
Martinique 1,7 7,5 8,5 21,2 37,3 23,8
Réunion 2,0 5,8 7,6 19,3 37,6 27,7
 
France 1,9 5,6 14,7 23,9 29,5 24,4
 
Source : Insee. Année des données : 2007
Taux de cadres supérieurs par département dans la population totale
Unité : %
 
Les dix départements où la proportion de cadres supérieurs est la plus élevée
Paris 22,8
Hauts-de-Seine 17,9
Yvelines 13,8
Val-de-Marne 11,1
Haute-Garonne 10,5
Essonne 10,3
Rhône 9,1
Val-d'Oise 8,2
Isère 7,9
Les dix départements où la proportion de cadres supérieurs est la moins élevée
Meuse 3,4
Haute-Loire 3,4
Indre 3,3
Haute-Marne 3,3
Orne 3,2
Guadeloupe 3,2
Cantal 3,0
La Réunion 3,0
Guyane 3,0
Creuse 2,9
France métropolitaine 6,9
France 6,8
Source : Insee. Année des données : 2007, ensemble de la population, retraités et autres inactifs compris
Taux d'ouvriers par département dans la population totale
Unité : % 
 
Les dix départements où la proportion d'ouvriers est la plus élevée
Haute-Saône 15,7
Vosges 15,6
Vendée 15,4
Jura 15,4
Haut-Rhin 15,3
Haute-Marne 15,3
Mayenne 15,3
Eure 15,2
Ardennes 15,2
Doubs 15,0
Les dix départements où la proportion d'ouvriers est la moins élevée
Haute-Garonne 8,5
Essonne 8,5
Var 8,4
Hérault 8,3
Alpes-Maritimes 8,1
Val-de-Marne 8,0
Guyane 7,1
Yvelines 6,9
Hauts-de-Seine 5,5
Paris 4,5
 
France métropolitaine 11,3
France 11,3
 
Source : Insee. Année des données : 2007, ensemble de la population, retraités et autres inactifs compris

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