Ce que «faire de la politique» veut dire

Publié le par algerie123.over-blog.com

par Kamel Daoud Le Quotidien d'Oran

 

Le FFS s'est opposé à l'opposition selon le RCD. Du coup, soucieux de luimême, le PT de Louïza Hanoun a expliqué qu'il ne veut pas faire la Révolution puisqu'elle se fait d'elle-même à petits pas. Restait le reste : deux dizaines de partis composés de deux personnes, les syndicats autonomes, les patrons privés qui, par définition, n'aiment pas les révolutions mais seulement les réformes, le peuple qui n'a pas de tête et l'huile, le sucre et l'immolation. On a cru, un moment, que la Révolution tunisienne et celle en cours en Egypte allaient imposer une réforme au régime, une ouverture, des ouvertures ou une redéfinition mise à jour de l'autoritarisme, il n'en est rien. Ce sont les enfants terribles des années 90 que l'on découvre, aussi, trop vieux, vieillissant dans la jérémiade, incapables de tenir une pierre à la main ou de concevoir autre chose qu'une analyse paranoïaque. Presque à l'imitation du vieux FLN qui, après avoir chassé la France, s'est déchiré dans les guerres des wilayas dès la première semaine de liberté. Donc, et sur le même mode, aujourd'hui, l'opposition se révèle incapable de partager le butin des émeutes du sucre et d'en faire une révolution de l'olivier contre la botte. Cela est dur à admettre car cela sert encore une fois le fameux jeu concasseur du régime qui s'amuse à montrer du menton cette bataille de chaussures entre démocrates.

 C'est dire combien la Révolution de Tunis impose une fin d'époque et celle de l'Egypte une fin d'illusion. Autant pour les dictatures que pour leurs opposants traditionnels. Aujourd'hui, il semble qu'une souris de clavier est plus utile d'un siège de parti et que Facebook fait mieux qu'un paragraphe de la Déclaration de Novembre. Qui va changer le monde en monde algérien ? Désormais vous, lui, elle, celui-là et même l'autre. Comme en Tunisie ou en Egypte contre l'ex-Egypte, une génération est née et ne veut pas mourir avant d'avoir vécu une histoire avec chaque fleur possible. Dans une dictature, on n'a pas besoin de faire de la politique pour faire de la politique : l'envie de respirer vous impose de devenir militant et la date de naissance vous donne le contrôle de la plus grande kasma nationale.

 Sortez dans la rue, regardez ce que le pays est devenu, le trou de la route, le poteau qui penche et le wali désigné qui est assis sur votre dos et l'élu du peuple qui représente ses maîtres et pas vous, pour que vous ressentiez un fourmillement dans les mains, du désir dans la chaussure et l'envie de refaire le monde avec vos doigts et selon la conception de votre verbe. Rassurez-vous : ce n'est pas un rhume mais de la politique. Cela est sain, vivant, prouve que la respiration se fait dans le bon sens, du poumon vers les ailes, et que vous êtes un être de rêve et pas de sucre et de semelles. Rassurez-vous donc, malgré ce que l'on vous dit sur le chaos, votre immaturité, la peur du casseur et l'inutilité de changer le monde, cela est en vous : votre siège, votre Kasma, votre sigle, votre communiqué N° 1 et vos armes. Tout cela est en vous, dans la poitrine et malgré vous.


Commenter cet article