Benbouzid enfin dégagé

Publié le par Sassia

 

 

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Le doyen des ministres, Benbouzid, quitte l'exécutif

Baba Ahmed sauvera-t-il l’école du naufrage ?

Après vingt ans passés au gouvernement, Boubekeur Benbouzid, l’homme que l’on qualifiait de l’«inamovible» ministre de l’Education nationale a fini par quitter l’Exécutif.

 

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Hamid Grine - Liberté 09/09/2012

Portrait - Henni Abdelkader

 


Il a gardé du Sud dont il est originaire cette pudeur qu’on pourrait prendre pour de la méfiance, alors qu’elle n’est que de la timidité qui est l’un des signes distinctifs de la bonne éducation. Dans cette Algérie où les forts en thème, les forts en gueule, font la loi, il est heureux qu’on retrouve encore des gens d’aujourd’hui avec les caractéristiques de ceux d’hier. Quand l’Algérie était l’Algérie qui riait souvent avant de se transformer-décennie noire aidant- en Algiré. Et dans cette Algiré où tout le monde est khou, hadj, âmou, kh’ti, il y a encore, et oui, des hommes qui n’ont pas oublié les bonnes manières. Ils disent “monsieur, madame, mademoiselle, monsieur”. Ils sont si rares que notre premier réflexe quand on les entend est de chercher l’ironie ou la moquerie pour éventuellement leur sauter à la gorge, libérant ainsi notre réserve d’agressivité. Mais oui, reconnaissons-le : nous avons perdu une part de notre civisme.
Henni est de ceux qui y mettent la forme. La première fois que je l’ai vu, il était entouré d’une nuée d’étudiants qui piaillaient tous en même temps, signe d’une jeunesse impatiente et désorientée. J’étais avec un ami prof à la fac de Bouzaréah et j’ignorais que cet homme assailli de partout était le recteur, le Dr Henni Abdelkader. J’étais ébahi par le spectacle. Je m’attendais à ce qu’il joue des coudes pour se frayer un chemin, qu’il hurle, qu’il trépigne, qu’il se fâche, qu’il pousse même ses assaillants. Mais non. J’entendais une voix posée répondre à celles, aiguës, des étudiants. Chacun posait une question. Il eut fallu dix, vingt Henni pour y répondre. Pourtant, l’homme débordé de partout, prit tout son temps pour donner à chacun une réponse. ça a pris ce que ça a pris, mais il a réussi quand même à assouvir la soif des étudiants, à les calmer, tel un père. Le beau, c’est qu’il n’était ni familier ni paternaliste avec ses interlocuteurs. Les filles étaient mesdemoiselles, les garçons : messieurs.
Ils n’en revenaient pas ces nouveaux bacheliers infantilisés au lycée et qui découvrent soudainement qu’ils ont droit au même respect qu’ils devaient eux à leurs profs. Mon ami, excédé par le tableau, me murmura : “Henni a beaucoup de patience et de pédagogie. Sans doute doit-il faire du yoga pour rester aussi zen.” J’allais lui répondre que le calme de Henni est l’apanage de ceux du Sud : ils ont appris, à cause de la dureté du climat et de la géographie, l’économie des gestes.
La rareté des hommes dans ces contrées immenses leur a appris la valeur de l’être humain. Chaque rencontre est une richesse, chaque richesse est d’abord humaine. Je n’ai rien dit de tout cela à mon ami, nordiste bon teint. Il n’aurait rien compris. Seuls les gens du Sud me comprendraient. Fatigué, irrité même à la place de Henni, il me poussa du coude en lançant : “On y va kho !”, je lui répondis : “On y va hadji !” Algiré mon amour…

 

 

 

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