Autorité politique et droits de l'homme

Publié le par le blog de Sassia

l'Américan Way of Life selon l' IRIB - 26 janvier 2011

 

Mais où en est l’éthique politique aux Etats-Unis ? Pour en donner un aperçu, commençons par jauger le système politique US à l’aune d’une justice qui se dit intègre.

Selon le journal "New York Times", deux juges américains, accusés d’avoir touché plus de 2,6 millions de dollars d’un centre privé de détention pour jeunes délinquants, en Pennsylvanie, ont plaidé coupables, dans leur procès. En échange de ces pots-de-vin, les deux magistrats, qui officiaient, dans le comté de Luzerne, ont condamné, entre 2003 et 2006, des centaines d’enfants et d’adolescents à des peines excessives. L’affaire concernait deux entreprises. En échange de chaque jeune envoyé au centre de détention, les deux entreprises "PA Childcare" et "Western PA Childcare" qui géraient l’établissement, touchaient des fonds, de la part du comté, pour couvrir les frais d’incarcération. Ainsi, plus un grand nombre d’enfants étaient condamnés, et plus les fonds reçus par les deux entreprises étaient abondants. De nombreux jeunes qui comparaissaient devant l’un des deux juges se voyaient condamner, même si l’infraction n’exigeait pas, par sa gravité, un internement. Un adolescent, âgé de 17 ans, a passé trois mois en détention, parce qu’il se trouvait en compagnie d’un autre mineur coupable de vol à l’étalage. Au total, quelque 5.000 jeunes gens ont comparu, devant l’un des juges, entre 2003 et 2006, et entre 1.000 et 2.000 ont reçu des sanctions excessivement sévères. Mais ce n’est pas tout. Les deux magistrats avaient, également, imaginé un système de déguisement extrajudiciaire censé occulter la provenance de leurs revenus supplémentaires illégaux. Dans ce contexte, peut-on attendre de l’intégrité des policiers ?

 

Mais la corruption financière de la police américaine a de plus profondes racines. Le «Washington Post» rapporte, ainsi, le cas de deux anciens policiers décorés qui ont travaillé au noir, comme tueurs à gage, pour la mafia new yorkaise. Les deux anciens partenaires ont été jugés coupables, en avril 2006, d’avoir participé à huit meurtres, entre 1986 et 1990, pour le compte d’une famille mafieuse (Luchese), alors qu’ils servaient dans la police. Selon les procureurs, les ex-policiers avaient commis, eux-mêmes, certains des meurtres. Louis Eppolito, 57 ans, et Stephen Caracappa, 64 ans, recevaient 4.000 dollars, par mois, de la part du numéro deux de la famille Luchese, à qui ils ont, également, procuré des renseignements confidentiels de la police. Pour les meurtres, les deux policiers ont reçu 65.000 dollars, chacun. Devant une aussi odieuse insulte à l’insigne de gardien de la loi qu’est celui de la police, le Procureur fédéral ne savait quoi dire. Il a, toutefois, décrit l’affaire, comme "la plus sanglante, la plus violente trahison, envers la loi que la ville ait jamais connue".

Mais comment attendre du FBI de rester intègre, alors que la classe politique américaine est elle-même corrompue ? Le cas du gouverneur de l’Etat de l’Illinois, Rod Blagojevich, est éloquent. Accusé d’avoir proposé le siège de sénateur de Barack Obama au plus offrant, il a fini par être irradié de ses fonctions, en janvier 2009, par les sénateurs de son Etat, qui, dans la foulée du scandale, ont choisi de dire oui, par 59 voix à 0, en réponse à la question de savoir si M. Blagojevich avait abusé de son pouvoir et devait être destitué. Mais le gouvernement d’Obama n’en est pas à son premier scandale. Cinq gouverneurs de l’Illinois ont déjà été inculpés ou arrêtés, pour des fraudes ou des pots-de-vin, et le prédécesseur de Rod Blagiojevich, le Républicain, George Ryan, purge, actuellement, une peine de six ans et demie de prison, pour fraudes. Cependant, le Démocrate Rod Blagojevich a été le premier gouverneur de l’Illinois à être limogé. Des rumeurs de corruption ont entouré, dès le début de son mandat, en 2002, M. Blagojevich, qui a, d’ailleurs, été confondu par des écoutes du FBI. Les écoutes révélaient qu’il avait cherché à tirer profit de la nomination au Sénat des Etats-Unis du successeur d’Obama.

A une plus vaste échelle, la déontologie politique est loin d’être reluisante. D’ordinaire, les informations du bureau d’éthique du Congrès américain restent secrètes et strictement confidentielles. S’il leur arrive d’assigner certains parlementaires en justice, les membres dudit bureau, chargés d’enquêter sur l’activité des représentants, des sénateurs et de leurs puissants états-majors, prêtent, d’ailleurs, serment de ne jamais révéler leurs enquêtes en cours, ni celles du passé. Mais, en octobre 2009, un rapport de 22 pages s’est brusquement retrouvé sur un réseau informatique accessible au public, par la faute d’un collaborateur inattentif, voire, malicieux, levant le voile sur certaines des sulfureuses connexions qui lient souvent, aux Etats-Unis, le puissant pouvoir législatif aux intérêts privés et leurs non moins puissants lobbies

Le lecteur y découvre, notamment, que les dossiers de quelque 30 législateurs et membres de leurs équipes sont, actuellement, scrutés, avec attention, par le bureau d’éthique du Congrès, pour mille et une raisons, au nombre desquelles, figurent : la préférence donnée par certains parlementaires à des compagnies, dont leurs parents sont actionnaires, la participation à des séminaires de trois jours aux frais de compagnies privées cherchant à promouvoir leurs intérêts...Mais la révélation la plus intéressante concerne le très puissant sous-comité d’affectation des fonds de la défense de la Chambre des représentants, qui contrôle les dépenses du Pentagone. Sept de ses membres sont dans le collimateur des enquêteurs. Ceux-ci tentent de déterminer quelle a été la nature de leurs relations avec l’influente firme de lobbying PMA, active dans le secteur des industries d’armement. Le Président du sous-comité, John Murtha, représentant démocrate de Pennsylvanie, est sur la sellette, de même que quatre autres membres de son parti et deux députés républicains. En 2008, la police avait saisi de nombreux documents sur les contributions financières de cette compagnie aux campagnes électorales de plusieurs législateurs, déclenchant une enquête judiciaire. Le 29 octobre 2009, selon le quotidien américain "Washington Post", près de 200 millions de dollars auraient été affectés, par les sept parlementaires en cause, à des commandes passées à des fabricants d’armements liés à "PMA". Les représentants du peuple auraient, ainsi, touché, en retour, près de 6,2 millions de dollars de fonds de campagne, au cours de la dernière décennie.

Mais les annales du Congrès sont remplies de telles affaires. En maintenant le système de financement privé des campagnes électorales, l’Amérique condamne sa classe politique à ces délits d’initiés récurrents. Ce va-et-vient permanent sur les passerelles dorées qui relient les mondes de la politique, du gouvernement et des affaires, est devenu un véritable manège, depuis les années 1980. Les commandes du Pentagone à ces industries se montent, chaque année, à plus de 300 milliards de dollars, et ceci est une véritable ruée vers ce nouvel or noir de Washington, qui lance des milliers de compagnies privées à l’assaut des centres de pouvoir.

Le rapport, sorti, le 29 octobre 2009, montre que, l’Administration Obama n’a pas réussi à «nettoyer» le système. Ainsi, selon le "Washington Post", le patron de "PMA", Paul Magliochetti, n’a-t-il cessé, depuis dix ans, d’alimenter les caisses électorales démocrates. En 2008, il avait organisé, dans sa demeure, en Virginie, une soirée de levée de fonds, pour le comité de campagne démocrate du Congrès, dont l’hôte d’honneur avait été Nancy Pelosi, futur Présidente de la Chambre. Chaque firme invitée avait payé 28.500 dollars, pour y participer. D'ailleurs, la décision des cours va dans ce sens. La Cour suprême a décidé, le jeudi 21 janvier 2010, par cinq voix contre quatre, que le plafonnement des dons des entreprises, dans les campagnes électorales, était contraire à la Constitution américaine et, notamment, à la liberté d’expression des entreprises. Or, cet arrêt ouvre les vannes à l’injection, dans la prétendue démocratie américaine, de montants illimités, issus d’intérêts privés, ce qui donne aux lobbyistes et à leurs intérêts privés un nouveau levier, pour dépenser des millions de dollars en publicité, afin de persuader les élus d’aller dans leur sens ou pour sanctionner ceux qui ne le font pas. Mais est-ce étonnant venant d’un Etat pour qui l’exclusivisme est la principale ligne de politique intérieure et extérieure ?

 

 

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