Tunisie

Publié le par algerie123.over-blog.com

 

 

La Tunisie : l’ancrage à l’Europe privilégié…
Kassim BOUHOU
- 2010

 

En 2008 la Tunisie occupe le 93e rang du classement des

marchés les plus rentables pour les produits et services

américains

 

À Washington, la réussite économique tunisienne va devenir la vitrine de ceux qui font la promotion des aides comme outil d’ouverture des marchés étrangers et du libéralisme comme moyen d’obtenir des progrès démocratiques. À la chambre des représentants, Robert H. Pelletreau va beaucoup plus loin. Selon lui, les Tunisiens prospèrent aujourd’hui grâce à l’aide américaine d’hier :

« Tunisia is a testament to the success that assistance

programs can achieve. After 40 years and some $1.5

billion in funding for economic and social programs,

Tunisia has in a sense graduated from US assistance

and is now in the enviable position of being able to offer

assistance and training to lesser developed countries. »

Il faut donc retenir l’aide comme formidable levier vers la stabilité et les États-Unis envisagent de reconsidérer la Tunisie non plus comme un simple réceptacle des financements américains mais comme un partenaire à part entière. Une chambre de commerce américano-tunisienne implantée à Tunis a d’ores et déjà gagné eneffectifs et en efficacité et on ne doute pas, au Département d’État, des avantages que tireront les investisseurs américains de la compétence et de l’essor des acteurs privés tunisiens. La libéralisation n’est pas achevée pour autant et les États-Unis doivent renforcer leur influence dans ce processus :

« We will remain supportive of Tunisian’s commitment to

enlarge the private sector’s role in its economic

modernization program. Our housing loan guarantee

reflects the maturity of our bilateral economic relationship

Or, la Tunisie regarde davantage vers l’Europe pour dynamiser son secteur privé et donner un coup de pouce à ses exportations. La signature d’un accord d’association avec l’UE le 17 juillet 1995 et la conférence euro-méditerranéenne à Barcelone de novembre 1995 sont des événements importants de la vie économique tunisienne. La Méditerranée devient progressivement l’axe principal de sa diplomatie dont l’objectif est très important : remplacer le système d’aide par des investissements européens, notamment français, pour permettre un meilleur développement des exportations tunisiennes.

Le choix de l’internationalisation confère à la Tunisie une image très positive auprès de ses partenaires occidentaux, que la fermeture politique sur le plan national opérée par Ben Ali ne vient pas remettre en cause. Les Occidentaux jettent un voile sur la politique du tout sécuritaire adoptée par le gouvernement tunisien pour ne pas tenter de fragiliser cette terre de stabilité dans un environnement fortement crisogène. À Washington non plus on ne tient pas à remettre en cause le fulgurant développement économique que connaît le pays en le mettant sous pression sur la question des droits de l’homme. À l’évidence, les Américains sont convaincus que la prospérité économique est porteuse de démocratie ; le gouvernement tunisien sera tôt ou tard amené à trouver des compromis avec son opposition et à accepter les principes démocratiques :

« We believe that Tunisians want and deserve the kind of

open political system that goes hand-in-hand with the

stability and prosperity so evident in the country today.

We also believe it should be possible to handle

challenges from the extremes even in this part of the

world without compromising these principles. This is the

basis of our ongoing dialogue with Tunisia. »

La Tunisie bénéficie de bons soutiens non seulement au Congrès mais surtout au Pentagone qui joue le rôle de lobby auprès du Département d’État et de la Maison-Blanche pour atténuer les critiques envers le régime autoritaire de Ben Ali. Ce soutien des États-Unis a été réitéré par le secrétaire à la Défense américain, Donald Rumsfeld, en février 2006. Il a rendu hommage au « rôle clé » de la Tunisie dans la lutte contre l’islamisme radical, salué la modération de ce pays et loué les progrès socio-économiques réalisés en Tunisie. Même s’il a fait allusion aux « libertés politique et économique qui doivent aller de pair, l’une dépendant de l’autre pour la stabilité à long terme »35. Trois ans plus tôt, le discours du secrétaire d’État Colin Powell était moins nuancé lorsqu’il a ouvertement critiqué les violations des droits de l’Homme lors de son arrivée à l’aéroport. Entre-temps, Ben Ali a joué l’apaisement en invitant Ariel Sharon pour une visite officielle en Tunisie. Malgré une ressource humaine plus formée et plus éduquée qu’au Maroc ou en Algérie, les IDE américains en Tunisie sont quasi exclusivement tournés vers le secteur énergétique et restent assez marginaux dans l’ensemble. Compte tenu de la petitesse des zones à explorer et des coûts assez bas des permis distribués par le gouvernement tunisien, ce sont les PME américaines qui retirent leur épingle du jeu au point de multiplier par quatre leurs exportations en quatre ans, malgré la non-signature d’un ALE maintes fois annoncé. Ainsi, en 2004 un permis d’un montant de 1 m$ de prospection est accordé à l’américain Rigo Oil Company Ltd, 4 380 km² au sud de Tozeur. La Tunisie accorde également un permis à la société Pascal International Petroleum Company pour la recherche d’hydrocarbures dans la région de « Borj el Khadra-sud » qui couvre une superficie de 2 096 km². En 2008, c’est le groupe gazier et pétrolier Pioneer Natural Resources qui obtient la concession onshore Cherouk, qui comprend huit champs dans le bassin de Ghadames, au sud de la Tunisie. À l’instar du Maroc, la Tunisie est également un point d’ancrage pour certaines sociétés américaines souhaitant approcher de nouveaux marchés. Ainsi en 2008, la société Micros/Fidelio spécialiste de logiciels de gestion pour l’industrie du tourisme crée une filiale à Tunis afin de se développer en Afrique.

 

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