Alger a «très mal négocié» le démantèlement tarifaire

Publié le par le blog de Sassia

 

El Watan 30/3/2011

    

C’est le constat dressé par des experts algériens à l’occasion de la tenue d’une journée parlementaire consacrée à «L’impact de la mise en œuvre de l’Accord d’association sur l’économie algérienne», au siège de l’APN, hier à Alger. «L’Algérie a fait un effort en matière de réduction des droits de douanes qui a même étonné l’OMC qui prône le libre-échange», estime l’expert Benyoucef Abdellah, cité par l’APS. Avant même la conclusion de cet accord, l’Algérie avait procédé à une réduction unilatérale de 30% des tarifs douaniers avec l’UE, a ajouté M. Benyoucef, pour qui ladite décision demeure «incompréhensible».

En matière de protection de l’industrie par des barrières douanières, l’Algérie est classée au bas du tableau. L’Egypte, à titre d’exemple, a conservé 45% des produits importés de cet espace économique au-dessus de 25%, selon cet économiste, qui suggère que l’Algérie n’a pas évalué exhaustivement l’impact dudit démantèlement sur l’économie nationale. «Il fallait, avant la conclusion de l’accord, faire une évaluation de l’impact de ce démantèlement sur l’économie nationale», affirme M. Benyoucef, précisant que «l’évaluation qui a été faite était globale et a concerné seulement les pertes budgétaires». En vigueur depuis 2005, l’Accord d’association prévoit un démantèlement tarifaire graduel pour aboutir, en 2017, à la création d’une zone de libre-échange entre l’Algérie et l’UE. Fin décembre 2010, l’Algérie avait demandé une révision du rythme de démantèlement des dispositions tarifaires et douanières relatives à l’Accord d’association avec l’UE. Cette demande porte essentiellement sur le report à 2020 du délai de démantèlement total des barrières au lieu de 2017.


La demande algérienne a été motivée, officiellement, par le temps nécessaire à la préparation des entreprises algériennes à la concurrence. Cette phase de transition, aux yeux de M. Serraï, n’est pas suffisante pour protéger l’industrie algérienne, d’ailleurs en difficulté. Il rappelle que l’Algérie a été contrainte de conclure cet accord pour sortir de l’isolement politique et diplomatique, dans les années 1990. Si la conclusion de l’Accord d’association, dit-il, est «un succès politique», l’échec est criant sur le plan économique. «On a donné le marché algérien sans contrepartie», soutient cet expert. Pour le Trésor, le manque à gagner induit par le démantèlement tarifaire s’élève à 2,5 milliards de dollars par an. Il a été décidé sans prendre en considération «les fourchettes de production des secteurs de l’industrie et de l’agriculture», déplore encore M. Serraï.


 

 

Les experts unanimes: L'Algérie doit réviser son accord avec l'Union européenne

 

Des experts nationaux, des chefs de partis politiques, des parlementaires et des représentants du patronat ayant pris part, hier, à la journée parlementaire sur «l'accord d'association entre l'Algérie et l'Union européenne et son impact sur l'économie algérienne», étaient tous unanimes pour affirmer que cet accord a été très bénéfique uniquement pour la partie européenne. Ils ont été unanimes sur le fait que l'accord a été très mal négocié et sans concertation avec les véritables acteurs de l'économie et du commerce. Ces erreurs, a affirmé l'expert M. Seraï, sont à l'origine d'importantes pertes pour notre pays. «Nous avons un manque à gagner de 2,2 milliards de dollars par an, sans parler des pertes en matière de transfert de services», a-t-il affirmé, tout en ajoutant que «et si on ne révise pas rapidement cet accord, nous perdrions 7 milliards de dollars par an dans les années à venir», a-t-il prévenu. Il explique : «Nous n'avons rien gagné, des investissements étrangers directs hors hydrocarbures insignifiants, des entraves à l'accès de nos produits aux marchés européens, le refus de centaines de milliers de bourses pour des étudiants et l'inondation de notre marché de produits européens». Selon cet expert, «les importations algériennes en provenance de l'UE sont passées de 12 milliards de dollars en 2005 à 40 milliards de dollars en 2009». Et de plaider pour une halte afin de réviser tous les documents en concertation avec des experts indépendants, des partis politiques et des représentants des opérateurs économiques.


Seraï va plus loin en déclarant «qu'il y a un texte dans cet accord qui touche directement à notre souveraineté nationale, et qui stipule que l'Algérie doit consulter l'Union européenne avant d'engager des changements». M. Seraï reste persuadé que «le gouvernement ne doit pas négocier seul l'accord, notamment dans ses aspect techniques».

Le consultant en économie Réda Amrani dira pour sa part que le bilan des échanges avec l'Union européenne fait ressortir une croissance excessive des importations, sans un véritable avantage pour l'économie nationale et pour les exportations algériennes. Il explique que les exportations algériennes vers l'Union européenne n'ont pas évolué depuis la signature de l'accord. Selon lui, «ces exportations étaient de 601,5 millions de dollars en 2005, elles ont atteint 1,06 milliard de dollars en 2010, alors que les importations de l'Algérie sont dominées à près de 60 % par l'Europe».

Amrani précise que «l'Algérie a fait d'énormes concessions en matière de démantèlement tarifaire, sans rien obtenir en contrepartie». Pour le consultant, le report du démantèlement tarifaire total au-delà de 2017 est inéluctable afin de permettre aux futurs investissements industriels de se mettre à niveau et de s'installer sur le marché interne. L'expert a également soutenu l'idée d'obtenir de l'UE l'agrément des laboratoires et centres de contrôle algérien afin que les PMI et les autres entreprises algériennes puissent certifier et agréer leurs produits exportables vers l'Europe.

Réda Amrani a estimé, en outre, qu'il est grand temps pour l'Algérie de prendre contact avec les autres entités politico-économiques, comme par exemple le Mexique et le Canada, ou encore la Chine, l'Inde, le Japon et la Russie. La secrétaire générale du PT, Louisa Hanoune, a demandé elle aussi la révision de tout le document. «L'Algérie a négocié l'accord en position de faiblesse.

Aujourd'hui, notre pays est plus à l'aise, d'où la nécessité de réviser cet accord en position de force, sachant que les Européens sont en pleine crise», a-t-elle déclaré.

Elle a saisi l'occasion pour critiquer l'excès de zèle de certains ministres qui n'ont pas trouvé mieux que d'offrir à l'Union européenne un démantèlement tarifaire total comme cadeau, «pour que l'Algérie obtienne seulement le droit d'exporter des poils de sanglier et des pastèques au mois de décembre vers l'Europe», dit-elle. «Un véritable mépris à notre égard», a-t-elle conclu. 

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